A la merveille (To The Wonder)

Le cinéaste le moins prolifique de Hollywood accélère la cadence. Et après The Tree Of Life, il filme l’amour jusqu’à toucher ses secrets intimes. Chef-d’œuvre!

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Terrence Malick, plus obsédé encore par le contrôle de son image que Stanley Kubrick, a minutieusement joué à l’homme invisible tout au long de sa carrière. Peur des gens? Paranoïa? Ou attitude de diva pour coller à son statut d’auteur véritable du 7e art? Sans doute un peu de tout cela à la fois. Auteur rare (5 films en 40 ans!), il a donc fait de la discrétion un art de vivre.

Il est vrai qu’à l’instar de Kubrick, Malick n’a jamais rien fait comme les autres. C’est ainsi qu’après avoir suivi le "Che" en Bolivie comme journaliste, il enseigne pendant un an la philosophie aux Etats-Unis, puis s’inscrit sans trop de motivation aux cours de l’American Film Institute.

Dans la foulée, il réalise Badlands, balade sanguinaire d’un couple d’ados qui finira dans le mur. Coup d’essai, coup de maître. Le "style Malick" est né. Ce style, ce sont en fait les obsessions du réalisateur: la prégnance de la nature, l’impermanence des choses, la relation quasi mystique des êtres avec leur environnement, la recherche obsessionnelle de l’image pure et son pendant philosophique. Parfois jusqu’au maniérisme pompier (La ligne rouge).

Mais quoi qu’aient pu écrire sur son nouveau film certains journalistes fâchés, nous n’avons rien vu d’"hermétique" dans A la merveille! Pourtant Malick y déploie en quelque sorte une forme de pari de Pascal, faire confiance à la seule force de l’image pour filmer l’invisible, dire l’indicible, exprimer au plus juste au fond ce qu’on ne peut s’acharner qu’à vivre: l’amour. Sans dialogues. Ou quelques bribes d’échanges entre voisins. Un pari fou.

Mais attention, histoire il y a. Fluide et compréhensible, malgré le système mis en place par le réalisateur (images, voix off, un point c’est tout). C’est le récit d’un amour fou commencé au Mont-Saint-Michel entre Marina, jolie brune d’origine ukrainienne et l’Américain Neil. Du déménagement du couple aux Etats-Unis et de ses premières fissures. Jusqu’au départ de Marina pour la France, et à l’écartèlement de Neil entre deux femmes. Histoire classique de couple, magnifiée par le silence, la lumière presque irréelle captée par la caméra ondoyante et caressante.

Tout est sensitif, chuchotements, frôlements, et pourtant pleinement incarné sous ses apparences presque vaporeuses. Débarrassé de ses dernières afféteries de mise en scène, Malick parvient à traquer et débusquer les mystères de l’amour. Dans cette nouvelle urgence à filmer, le cinéaste a désormais atteint la perfection: synthétiser son art pour "dire" au plus juste la vie. Expérience déroutante, certes, mais nous ne connaissons pas d’équivalent à cette merveille de film.

A la merveille (To The Wonder)
Réalisé par Terrence Malick. Avec Ben Affleck, Olga Kurylenko, Rachel McAdams – 112’.

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