La jolie genèse de Jaco Van Dormael

Ovationnée de longues minutes hier, toute l’équipe du film Le Tout Nouveau testament (sans Benoît Poelevoorde, mais avec une Catherine Deveuve étincelante), a séduit la Quinzaine des réalisateurs.

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Dès le début le ton, irrévérencieux, est donné : «Dieu existe, il habite à Bruxelles et c’est un salaud ». Dieu, c’est Benoît Poelevoorde, père fouettard sadique qui s’amuse à briser les vies humaines. Et à ériger en règles les « emmerdements » de la vie (que la tartine tombe toujours du côté où il y a la confiture, que la file d’à côté soit toujours la plus rapide…). On pense à Amélie Poulain à travers l’écriture, naïve et poétique (de Thomas Gunzig et Jaco Van Dormael). Aux côtés de Dieu, sa femme (Yolande Moreau, magistrale) dans le rôle d’une femme soumise qui se réfugie dans les collections de stickers d’équipe baseball. Mais surtout, il y a leur fille, Ea (adorable Pili Groyne, vue dans Alleluia de Du Welz et chez les Dardenne), qui ne sait pas pleurer mais qui va décider de reprendre les choses en mains. Et de raconter, sur les conseils de son frère, « JC » (David Murgia), un tout nouveau testament. En changeant le cours des vies humaines (selon un moyen génial qu’on ne révélera pas), Ea rencontre une série de personnages paumés (Larivière, Damiens, Deneuve…), et va tenter de retrouver la petite musique qui donne sens à leur vie. La sienne, c’est celle du festival de Cannes (un thème de Camille Saint-Saëns, Le carnaval des animaux), en guise de clin d’œil à l’histoire d’amour parfois contrariée de Jaco avec le festival.

Fantastique, mélange des Revenants, de réalisme poétique belge et d’insolence douce, le film prend le prétexte de la religion pour tenter de réinventer une autre manière de voir la vie, plus généreuse, plus humaine. Plus que les effets spéciaux en tous genres (de la girafe qui traverse Bruxelles aux ciels kitchs et bariolés de fleurs), c’est cela qui nous a émus chez Jaco Von Dormael. Son goût pour la rencontre, pour l’enfance retrouvée, pour l’inespéré. Clin d’œil à Max mon amour, on ne passera pas sous silence le couple étonnant que Catherine Deneuve, qui n’a décidément peur de rien, forme avec un primate. Magnifique. Existentiel et joyeux, Jaco Van Dormael brasse les références vives de son cinéma (insert au passage un joli clin d’œil à son spectacle pour mains amoureuses, Kiss and Cry), et semble avoir retrouvé le chemin le plus direct pour toucher le cœur des spectateurs.

Il faudra cependant s'armer de patience pour le voir en salles: la sortie est prévue à l'automne 2015.

 

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