La guerre des boutons: Guerre du pognon?

En quinze jours, deux adaptations du chef-d'œuvre de Louis Pergaud sortent sur nos écrans. Pourquoi? Comment? Et laquelle faut-il aller voir?

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Rappelez-vous… La guerre des boutons est un roman français écrit par Louis Pergaud en 1912 qui raconte la guerre sans merci que se livrent deux bandes d'enfants de villages rivaux, les Longeverne et les Velrans. Le gosse tombé entre les mains de l'ennemi se fait voler ses boutons, bretelles et autres lacets, obligé dès lors de rentrer chez lui défroqué, humilié. Très vite, le roman va susciter l'intérêt des cinéastes. Jacques Daroy l'adapte en 1936, Yves Robert en 1962 et en 1995 John Roberts ose même un remake britannique. Parmi ces trois adaptations, c'est le film d'Yves Robert qui a durablement marqué les esprits. Et fait de Petit Gibus un personnage central de l'inconscient enfantin francophone. En effet, qui n'a jamais entonné la fameuse chanson: "Mon pantalon est décousu. Et si ça continue, on verra le trou de…" ou répliqué la phrase culte: "Si j'aurais su, j'aurais pas venu."

Dans le domaine public

Fait rarissime au cinéma, deux adaptations de La guerre des boutons sortent sur nos écrans en moins de quinze jours. La raison de cette ineptie est très simple: Le roman de Louis Pergaud vient de tomber dans le domaine public. N'importe qui peut donc l'adapter sans avoir à payer un seul centime aux ayants droit. À titre d'exemple, l'acquisition des droits d'un roman varie de 1 à 2 % du budget d'un film. Un pourcentage qui fluctue en fonction de la notoriété du livre et de son auteur. Un chiffre vaut mieux qu'un long discours: le premier roman de Marc Levy a été acheté par Steven Spielberg pour la coquette somme de 3 millions de dollars.

Ces deux adaptations de La guerre des boutons s'expliquent donc par le fait que deux producteurs ont flairé en même temps la bonne affaire: Marc du Pontavice, à qui l'on doit Gainsbourg, vie héroïque, et Thomas Langmann (le fils de Claude Berry) qui affiche déjà à son palmarès quelques "chefs-d'œuvre" comme Le boulet, Astérix aux Jeux olympiques ou Le mac. À l'annonce de l'existence des deux projets, l'un d'entre eux aurait pu mettre un genou à terre. Que nenni! Ils se sont tous deux braqués, et en bons coqs, ont décidé de se battre en duel. Ce qui explique les sorties quasi simultanées des deux films.

À en croire certaines voix, le duel ne fut pas toujours élégant. En effet, certains acteurs et techniciens ont évoqué des coups de téléphone menaçant leur avenir professionnel s'ils n'abandonnaient pas l'un ou l'autre projet. De coups bas en gonflement de budget, les deux films se sont donc faits à la hâte, avec tournage à l'arrache et montage à la chaîne. Et le plaisir de l'art dans tout ça?

Qui va gagner la guerre?

La sortie de deux films traitant du même sujet n'est pas une première. On se souvient du Valmont de Milos Forman (qui sortait pourtant du succès d'Amadeus) écrasé par Les liaisons dangereuses de Stephen Frears sorti quelques mois plus tôt en 1989. Citons aussi deux films sur Coco Chanel, Truman Capote, l'affaire Romand (ce faux médecin qui assassina sa famille) ou le tournage en ce moment aux États-Unis de deux adaptations de Blanche-Neige en images réelles. Dans ces batailles, il y eut systématiquement un vainqueur et un humilié. Sur ce terrain, les statistiques sont claires: le premier film à sortir l'emporte toujours. En effet, au prix de la place de cinéma, le public se jette sur une histoire mais n'a pas envie de la voir une deuxième fois, fût-elle avec d'autres acteurs. Plus pragmatiquement, ayant vu les deux films, nous vous recommandons chaudement La guerre des boutons de Yann Samuell. Ça tombe bien, il sort cette semaine. Choisir, c'est bel et bien renoncer.

La version de Yann Samuell

La version de Christophe Barratier

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