La Grande Sophie: « J’ai enfin perdu cette image de chanteuse guillerette »

Entre ultramoderne solitude et quarantaine parfaitement assumée, elle fait l'unanimité avec "La place du fantôme". La Grande Sophie est aussi une grande artiste.

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Alors, heureuse?
La Grande Sophie – Dans ma vie de tous les jours, il y a encore des choses à améliorer, mais je suis ravie de l'accueil réservé à cet album. Ça me fait même rougir lorsque vous me posez la question, mais c'est comme ça. Les avis me concernant ont rarement été aussi unanimes.

Qu'est-ce qui vous touche le plus dans ce que vous lisez à votre propos?
La Grande Sophie – La phrase qui revient le plus souvent dans les chroniques de mon album est: "La Grande Sophie a sorti son album le plus abouti". J'avais déjà entendu ça avec mon disque précédent (rire), mais ici, on ne cesse de le répéter. Ça me touche car, à force de persévérance, j'ai fini par lever certains malentendus me concernant. J'ai perdu cette image de chanteuse guillerette et enjouée qui me collait à la peau. J'ai toujours aimé les mélodies et les gimmicks dans mes morceaux, mais les gens ont eu tendance à ne retenir que ça. Pas les choses plus profondes que j'essayais d'introduire dans mes textes et dans ma musique.

Sans vouloir vous faire de mal, savez-vous que votre tube Du courage nous a beaucoup énervé à l'époque?
La Grande Sophie – Vous n'êtes pas le seul à qui c'est arrivé. Mais je ne vais quand même pas regretter ce qui m'est arrivé. C'est une chance de faire ce métier, de vivre de ce qu'on aime. Avec Du courage, j'ai été en quelque sorte victime de l'engouement. Je n'avais jamais connu ça et ne me posais pas cinquante mille questions. Quand on me demandait d'aller chanter Du courage à la télé, j'y allais. Et, de fait, on a un peu frôlé l'overdose.

Avec "La place du fantôme", vous êtes-vous posé les bonnes questions?
La Grande Sophie – Quand j'ai terminé l'album, je me suis rendu compte que toutes les chansons tournaient autour du même thème: le manque, l'absence, la mort… Ces états d'âme correspondent à une période très précise de ma vie. J'étais à la recherche de quelque chose avec, parfois, la conviction d'être passée à côté et que ça ne reviendrait plus jamais. C'était comme si on avait mis un obstacle sur ma route et que j'essayais de le contourner sans y réussir. En écrivant ce que j'ai ressenti, je suis parvenue à chasser mes vieux démons. C'est la raison pour laquelle l'album s'ouvre par la chanson Bye-bye.

Tu fais ton âge et Peut-être jamais abordent la difficulté pour une femme d'aborder le cap de la quarantaine. Autobiographique?
La Grande Sophie – Toutes les chansons de cet album sont autobiographiques. Je n'ai aucun problème avec mon âge et j'évoque la quarantaine avec finalement beaucoup de tendresse et de détachement. Par contre, je ne sais pas encore si je serai capable d'interpréter Peut-être jamais tous les soirs en concert. Même si les chansons finissent toujours par échapper à leur auteur, celle-ci m'est trop personnelle. J'y évoque le désir quelque peu périmé d'avoir un enfant. Encore une fois, je me suis posé beaucoup de questions à ce sujet, culpabilisant parfois d'avoir consacré trop de temps à mon métier. Mais il n'y a plus de regrets aujourd'hui. Et puis je ne dis pas "jamais" mais "peut-être jamais".

Vous évoquez dans cet album une relation presque érotique avec la radio. De quelle manière consommez-vous ce média?
La Grande Sophie – Pour moi, la radio est le média ultime car elle arrive sans filtre chez vous. On ne peut pas tricher avec les voix qu'on entend, on ne peut pas les déformer comme une image photoshoppée ou une interview maladroitement retranscrite dans la presse. Cette chanson, Ma radio, c'est aussi une parabole pour exprimer la solitude. La radio m'accompagne surtout le matin. Au lit, dans la salle de bains, dans la cuisine… Actualité oblige, je suis fascinée par les interviews politiques données dans le cadre de la campagne des présidentielles en France. Je ne parviens pas à me concentrer sur le fond du discours, je m'intéresse plutôt à la forme et à la manière dont tous les candidats sont coachés. C'est très instructif. Côté chanson, j'aime bien Lana Del Rey. Oui, c'est vrai.

Le 18/5 aux Nuits Botanique.
Le 19/7 aux Francofolies de Spa.

La Grande Sophie
La place du fantôme
Universal

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