La fusillade du musée juif de Belgique: « Un racisme violent et universel »

La haine du Juif: un yo-yo au gré des événements internationaux, des idéologies d'exclusion et du racisme "ordinaire".

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Manuel Abramowicz est journaliste du site RésistanceS.be et spécialiste de l'antisémitisme en Belgique.

Que dit l'attentat au Musée juif de Bruxelles sur l'antisémitisme actuel?

Manuel Abramowicz – C'est clairement un acte antisémite. Et un acte raciste de même nature que si on avait jeté une grenade dans une école molenbeekoise à forte population musulmane. Enfin, c'est un attentat terroriste mené avec sang-froid par quelqu'un d'entraîné, exercé et connaissant les  armes. La piste islamiste est la plus plausible.

Perpétré dans quel but?

M.A. – Terroriser tous les Juifs de Belgique par son caractère aveugle. Cet acte délivre le message: tout Juif de Belgique peut être une cible, partout et tout le temps. Donc, cachez-vous et tremblez.

L'antisémitisme n'est donc pas mort dans notre société belge…

M.A. – Non. Malgré la Shoah, l'antisémitisme persiste, cultivé par les milieux où il s'est toujours développé. A commencer par l'extrême droite: du Front National au Vlaams Belang et jusqu'à Debout les Belges. Par la bouche et la littérature d'idéologues comme ceux qui se pressaient récemment au Congrès de la dissidence organisé par Laurent Louis. Il y a aussi les milieux islamistes radicaux maniant des préjugés et stéréotypes anti-Juifs qui peuvent trouver écho dans la population arabo-musulmane. Il y a enfin les intégristes catholiques, comme ceux de la Fraternité Saint-Pie X, où l'antisémitisme d'inspiration maurrassienne est quasiment enseigné!

Sans oublier un antisémitisme populaire…

M.A. – Oui. C'est un antisémitisme banalisé et irrationnel qui se nourrit depuis longtemps de clichés et de préjugés relancés dans les années 30. Cela s'exprime aussi par des insultes stéréotypées du type "sale Juif". Du même ordre que "sale Flamand". Ou "sale pédé" qui relève de l'homophobie larvée dans la société.

L'antisémitisme est-il en hausse en Belgique aujourd'hui?

M.A. – C'est difficilement quantifiable. Notre pays a connu des agressions claires contre des Juifs, comme celle du rabbin Guigui ou, bien avant, les attentats palestiniens meurtriers à Anvers. Chaque année, on répertorie une soixantaine d'actes antisémites… Mais à partir de quand en est-ce un? Taguer une croix gammée, est-ce antisémite? Les poussées d'antisémitisme font du yo-yo, elles sont souvent liées aux soubresauts du dossier israélo-palestinien.

La haine du Juif n'est pas un racisme comme un autre…

M.A. – En effet. Il ne relève pas d'un racisme d'exclusion au quotidien comme celui vécu par les populations arabo-musulmanes, subsahariennes ou roms dans nos sociétés. Non, le racisme antijuif se traduit toujours par des actes violents. C'est aussi un racisme "universel". Partout sur terre vit peu ou prou la haine des Juifs. Même dans des pays où il n'y en a quasiment pas. Comme le Japon. Très antisémite jusque dans ses mangas.

Retrouvez un dossier complet sur les tueries du musée juif de Belgique dans le Moustique du 28 mai 2014.

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