La folie généalogie

Science d'un passé à recomposer, la recherche de ses ancêtres passionne de plus en plus de monde. Plus seulement des pensionnés, aussi des jeunes grâce aux possibilités d'Internet, notamment.

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"Si je ne pouvais pas faire de généalogie, je me sentirais mal, c'est certain!" , confie Philippe Quinet, généalogiste amateur et secrétaire du Service de centralisation des études généalogiques et démographiques de Belgique (SCGD). À 67 ans, ce prof de sciences retraité se décrit sans honte comme un "addict": "J'y passe 50 ou 60 heures par semaine". Un hobby tellement prenant que parfois, d’ailleurs, il sème la bisbille dans les couples: "J'en connais qui ont dû arrêter parce que leur femme ou leur mari leur reprochait de ne plus les voir", témoigne-t-il. Heureusement, son épouse est, pour sa part, mordue de recherches historiques.

Des fous d'archives et de registres comme Philippe Quinet, il en existe des milliers en Belgique. Ils seraient même de plus en plus nombreux! Selon Hubert Barnich, vice-président de l'ASBL Wallonia, la généalogie connaîtrait un boom sans précédent depuis le début des années 2000, grâce à la loi sur l'ouverture des registres communaux et, surtout, grâce à la démocratisation d'Internet. Si bien qu'aujourd'hui, cette science d'un passé à recomposer est en pleine mutation. Passionnés ne rime plus uniquement avec pensionnés puisque, grâce au Net, la généalogie attire plus de jeunes. Par ailleurs, les recherches ADN (voir cadre) ouvrent de nouvelles perspectives de recherche. Bref, cette pratique n'a jamais été aussi accessible. Mais les risques de s’égarer ou de se tromper sont aussi, dès lors, plus nombreux.

Quel boom, mes aïeux!

En 2010, le site français genealogie.com a commandé une enquête à l’institut de sondage français Ipsos. Il en ressort qu'une personne sur deux (48 %) est incapable de citer l'état civil d'un seul de ses arrière-grands-parents. Et vous? Essayez un peu, pour voir… Dans le même temps, cette enquête pointe aussi un réel intérêt des répondants pour leur passé familial: 61 % d’entre eux (dont deux tiers des moins de 35 ans) ont déjà fait des recherches, notamment sur Internet, sur leur famille ou sur le nom. On aurait pourtant juré qu'on vivait dans une société qui valorisait plutôt le présent et l'avenir. Mais les sociologues ont leur petite idée sur le sujet. Cet attrait pour nos origines trouverait son fondement dans la perte de sens actuel, dans des repères de plus en plus flous, que l'on cherche à retrouver. Dans notre société du zapping et du "toujours plus vite", la généalogie répondrait en effet à un besoin de permanence, de fixité, d'arrêt.

La suite dans le Moustique du 13 novembre 2013

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