La fausse bonne idée: Quand les animateurs télé se prennent pour des artistes

Quand nos animateurs ne squattent pas la télé, ils chantent, écrivent ou font du cinéma. Certains n'étaient vraiment pas obligés…

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Les amis, un conseil. Soyez sages, très sages. Sinon, pour vous punir, le père Noël pourrait débarquer sous huitaine avec une hotte bourrée de bizarreries que même votre sapin regardera d'un drôle d'œil. Imaginez le cauchemar: un CD de Pierre Bellemare. Le premier album (et espérons le dernier) de Christophe Hondelatte. Une sculpture en déchets signée Pascal Vrebos. Ou, pire encore, un DVD du film de Lagaf'. Rigolez pas: tous ces objets existent, nés dans les cerveaux de ces people télé convaincus d'avoir des super-dons qui engendrent des super-projets. Et, parfois, des super-flops!

Il y a quelques semaines, sur le plateau de l'émission On n'est pas couché, la sniper Natacha Polony carbonisait le cas Christophe Hondelatte. Le présentateur de Faites entrer l'accusé a osé faire de la chanson et commettre un album. Difficile à écouter, il est vrai. Et difficile à accepter pour la complice de Ruquier qui assénait: "Si la musique est votre jardin secret, gardez-le pour vous! Mais ne vous éloignez pas de votre compétence de journaliste pour aller vers une compétence que vous n'avez pas. Vous êtes vraiment l'exemple du narcissisme contemporain." La critique virulente s'était, on le sait, poursuivie en clash avec un départ du plateau.

Narcissisme contemporain

Narcissisme, besoin de reconnaissance, développement personnel, jalousie, soif de célébrité… Un psychanalyste s'en donnerait à cœur joie pour diagnostiquer ces animateurs des temps modernes qui, en dehors des plateaux, convoitent une autre forme de gloire. Et les patients ne manqueraient pas. Musique, théâtre, cinéma ou littérature: il n'y a pas un domaine où les people télé prétentieux n'osent mettre les pieds.

Pourtant, dans bien des cas, la déception ou le ridicule sont au bout du couloir. Parce que avant de s'aventurer en terre inconnue, il faut soit être bon copain avec Frédéric Lopez (le succès sera alors au rendez-vous), soit garder à l'esprit que les projecteurs ne sont pas forcément des incubateurs de talent. Ainsi, l'année dernière, lorsque Lagaf' s'est piqué de faire du cinéma et de réaliser une comédie baptisée Le Baltringue, on a vite compris que la marchandise était d'une rare médiocrité. Le film est resté quatre petites semaines en salle avant d'être jeté aux oubliettes. Le bigdil du fiasco? Quatre millions d'euros…

Il y a quelques années, Patrick Sébastien avait aussi tenté sa chance avec le film T'aime, conspué par les critiques et boudé par le public. Parmi les producteurs, il y avait lui-même et… un certain Arthur, devenu lui apprenti humoriste. Mais le grand bluff ne marche pas à tous les coups. Thierry Ardisson ferait bien de s'en souvenir: l'animateur va réaliser un long métrage sur l'univers de la télévision (baptisé Talk Show). Bien entendu, tout le monde en parlera, et on salue le courage de ce Terrien définitivement imprévisible. Mais si le succès du film est aussi confidentiel que celui de son pote Laurent Baffie (Les clés de bagnole de sinistre mémoire), il ne faudra pas forcément s'étonner…

Aux abris, ils chantent!

On a encore envie de sourire lorsqu'on apprend que Pierre Bellemare, à 82 ans, sort un album de reprises intitulé "Les chansons que j'aime". Natacha Polony lui dirait: "Moi aussi, y a plein de chansons que j'aime, mais je me contente de les écouter, et non de les massacrer." Nous, on dira simplement que le journaliste et raconteur d'histoires à la carrière extraordinaire peut bien se permettre cette petite folie tardive. On n'aime pas le disque, mais aucune loi ne nous oblige à l'écouter.

Pareil pour notre Jean-Charles De Keyser national, ancien journaliste, ex-directeur de RTL-TVI et actuel patron de Belgacom TV. En avril dernier, il accouchait de son premier album, "L'amour mord la vie", dont il a pondu lui-même les textes. Mais sa pathologie est plus ancienne. Depuis une petite dizaine d'années, l'homme consacre la majorité de son temps libre à la chanson et à des spectacles rendant hommage à Brel, Nougaro ou Brassens. Et si on ne suppliera pas le père Noël pour avoir la rondelle sous le sapin, on dit quand même "chapeau": un tel entêtement force le respect.

Mais il ne faut pas non plus tirer à vue sur tout ce qui bouge. Heureusement, à force d'être sous les spotlights, les téléstars peuvent être frappées par des illuminations de bon goût. Comme Hugh Laurie alias Docteur House et son honorable album blues et jazz. Comme Sandrine Quétier qui se permet de jouer la comédie dans la capsule humoristique Fritkot de RTL-TVI. Non seulement l'animatrice française le fait bien, mais en plus, on ne peut pas lui reprocher cette récréation entre deux tournages de 50 mn Inside, l'émission la plus futile et la plus vide de toute la télé (allez, à égalité avec Secret Story). Dans ce Fritkot, la complice régulière de Dechavanne donne la réplique à une certaine Sandrine Dans, autre exemple du double emploi réussi. Non loin de là, Jacques van den Biggelaar et Luc Gilson se lancent sur les planches (la pièce Le Banc) et font mouche. Pas au point de rameuter le jury des molières. Mais c'est mignon tout plein et, surtout, ça cartonne. Même que Lagaf' est super-jaloux.

Alors, doit-on s'offusquer que les animateurs profitent de leur notoriété pour assouvir une passion? Disons surtout qu'on ne peut rien y faire. Parfois, c'est même leur chaîne qui pousse au crime. D'où les détours de Jean-Luc Reichmann et de Christophe Dechavanne dans une poignée de téléfilms. Même si Victor Sauvage, Hubert et le chien ou Braquage en famille n'ont qu'aggravé le cas de la fiction française, ils ont permis à TF1 de faire de l'audience avec des têtes qui ne sont plus à présenter. Dans un même ordre d'idée, en 2007, M6 n'a pas du tout hésité à lâcher Virginie Efira dans la série Off prime, où la belle jouait son propre rôle. Du pain bénit pour l'image de la chaîne. Et, pour notre jolie Virginie, un tremplin en or vers un univers dans lequel elle a aujourd'hui élu domicile: le cinéma. Mais là, on parle carrément de reconversion…

Double déception

La télévision est donc un tremplin comme un autre. Être animateur, comédien ou journaliste ne veut pas dire rester planté devant une caméra toute sa vie. Et quand un top-modèle décide de faire du cinoche, personne ne lui dit rien. Idem pour un acteur qui décide de pousser la chansonnette. La différence? Nos vedettes de la télé sont des gens que l'on croise plus souvent, voire tous les jours. Ils font partie de notre petit écran et, du coup, on leur pardonne moins facilement de nous cocufier. Surtout quand l'infidélité est commise avec une prétention ridicule. Si le résultat est catastrophique, notre déception est alors multipliée par deux.

Maureen Dor qui écrit des livres pour enfants, Marylène Bergmann qui s'adonne à la peinture, Bertrand Renard (l'arbitre des Chiffres et des Lettres) chanteur d'opérettes, Christophe Dechavanne qui fait de la compétition automobile, Julien Lepers qui se prend pour un distingué linguiste avec son dernier livre ou encore Jean-Michel Zecca qui sort des ouvrages sur la cuisine italienne… il y a des dizaines d'exemples. Mais une passion parallèle n'est pas forcément synonyme d'exposition à tout prix ou de narcissisme démesuré. Notre chouchou? Pascal Vrebos qui pratique le "déchettisme", art qui consiste à fabriquer des œuvres avec des déchets. L'idée lui est venue en se promenant un matin au bord de la mer Egée… Vous l'ignoriez? Un bel exemple qui montre que tout n'est pas à jeter… Mais cher père Noël, si tu nous lis, par pitié, essaie quand même de faire le tri.

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