La face cachée de WikiLeaks

Financements opaques, manque de rigueur: pour l'ex-numéro 2 du site, WikiLeaks est passé du côté obscur. Son fondateur aussi.

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On n’est jamais mieux trahi que par les siens. Le procureur le plus sévère du célèbre cyberactiviste Julian Assange, fondateur de WikiLeaks (dont les révélations d’infos top secret font trembler les gouvernements du monde entier – voir ci-contre), a aussi été son meilleur ami. Ce samedi pluvieux, ce grand gaillard nous donne rendez-vous dans un sous-sol de Berlin. Quand il reçoit, Daniel Domscheit-Berg est plongé dans un ouvrage qui décrypte les rouages du MI5, le service de renseignement britannique. Cet Allemand de 32 ans a beau commencer une nouvelle vie, il garde le même appétit pour les secrets de ce monde.

 Sans lui, WikiLeaks n’existerait pas. Cheville ouvrière d’Assange dès leur rencontre, en 2006, au Chaos Computer Club, un salon berlinois de hackers, Domscheit-Berg a accepté de tout quitter pour l’homme aux cheveux d’argent. Son job de consultant informatique, les week-ends avec son fils de 10 ans, et même son identité: durant ses années de clandestinité, Domscheit-Berg est devenu « Schmidt ».

 Ce qui étonne le plus à la lecture de Inside WikiLeaks, l’ouvrage de Domscheit-Berg qui vient de paraître en français, c’est le côté artisanal de l’aventure. Le site a beau avoir changé le cours de l’élection présidentielle au Kenya en 2007 ou encore provoqué l’ire de Sarah Palin après avoir jeté en pâture sa correspondance électronique, il n’est l’œuvre que d’une poignée de militants. « Une demi-douzaine d’individus faisaient les trois quarts du boulot », assure Domscheit-Berg. Un travail sans filet qui s’est soldé par quelques dommages collatéraux.

 Ainsi, l’architecte allemand Ralf Schneider a été mentionné à tort dans une liste d’évadés fiscaux. Son nom ressemblait trop à celui d’un autre architecte, le Suisse Rolf Schneider… « Nous avons voulu aller trop vite sur trop de fronts en même temps », confesse aujourd’hui Domscheit-Berg. Autre « victime »: l’analyste militaire américain Bradley Manning, sous les verrous depuis juillet parce qu’on lui reproche d’avoir donné des informations à WikiLeaks, ne sait pas quand il va sortir. « Assange est, lui, en liberté surveillée depuis la mi-décembre. Il habite dans un château au sud de l’Angleterre. » En attendant, celui-ci a annoncé il y a quinze jours vouloir poursuivre Domscheit-Berg en justice, pour son ouvrage.

Une immense déception

La déception de Domscheit-Berg est à la hauteur du culte qu’il vouait à Assange. C’était joué d’avance: l’inconditionnel australien du dissident soviétique Soljenitsyne allait changer le monde. « Il fallait le voir multiplier les mots de passe sur son clavier pour se jouer des autorités de la planète. Je m’en suis rendu compte trop tard, mais le clavier était son seul ami. » Car, alors que WikiLeaks prend de l’importance, Assange n’est pas tendre avec ses fidèles. Quand l’Allemand interroge l’Australien sur l’argent qui commence enfin à affluer, il se fait rabrouer. « C’est gênant pour un site qui prétend faire la lumière autour de lui. » Affaibli par des accusations de viol, poursuivi par la justice suédoise, Assange n’accepte pas non plus de se mettre temporairement en retrait. Le désaccord s’exprime à travers des échanges de courriels violents. Suspendu des décisions importantes en août, Domscheit-Berg claque la porte en septembre.

 Depuis, il a refait sa vie. Il habite à Berlin et croit encore aux vertus de la transparence. « Il faut réveiller les pays occidentaux, ces démocraties endormies. » Mais le processus de validation doit être renforcé. « Notre conseil de surveillance sera public, tout comme nos finances », explique Domscheit-Berg, qui lance un nouveau site, OpenLeaks. Avec un autre sortant de WikiLeaks, Herbert Snorrason, il promet ses premières révélations avant l’été.

 Au fond, peu importe que WikiLeaks décroche le prix Nobel de la paix (son nom a été évoqué par un député norvégien) ou qu’il affiche un jour un écran noir. D’autres site

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