La discothèque de Nicola Sirkis

De passage à Bruxelles pour promouvoir le DVD du "Black City Tour", le leader d'Indochine évoque ses disques coups de cœur et ceux qui l'ont construit.

1251263

Bruxelles, 26 novembre. Nicola Sirkis nous attend aux studios ICP pour assurer le service après-vente du DVD live d'Indochine. La journée, il répond aux questions des journalistes. La nuit, il enregistre des versions anglaises d'une poignée de titres de "Black City Parade". "Nous allons donner quelques concerts en club en Europe au début de l'année prochaine, d'où l'idée d'avoir quelques chansons en anglais dans notre répertoire",explique le leader d'Indochine. "Il n'y a pas d'enjeu commercial, juste le plaisir de se retrouver avec le groupe et d'amorcer un atterrissage en douceur dans une vie "normale" après toutes les émotions vécues lors du "Black City Tour"." Après avoir évoqué la création de son label Indochine Records et les souvenirs du concert du Palais 12 immortalisé sur "Black City Tour" (voir www.moustique.be), Nicola Sirkis a bien volontiers accepté de nous faire partager ses premiers et plus récents émois musicaux.

Perfume Genius

Too Bright – 2014

"Perfume Genius, c'est Mike Hadreas, un artiste originaire de Seattle. Mon gros coup de cœur du moment! J'aime sa fragilité, son côté Bowie maniéré du début des années 80 et la sensibilité qu'il distille dans ses chansons pop. Il me fait un peu penser au Antony & The Johnsons des débuts. Ça ne m'étonne pas qu'en Belgique vous le connaissiez déjà avant tout le monde car vous avez toujours eu bon goût. Quand je l'ai vu en concert à Zurich, il y avait quarante personnes dans la salle. Il mérite d'avoir plus de succès, il faudrait qu'un couturier s'intéresse à lui pour que sa carrière décolle. C'est comme ça que ça marche aujourd'hui…"

Warpaint

Warpaint – 2014

"Mon album de l'année, ex æquo avec celui de Perfume Genius. J'avais assisté au tout premier concert parisien de ces quatre filles californiennes et je me suis encore pris une grosse claque lors de leur prestation au festival Rock en Seine l'été dernier. Leur musique est intellectuelle et bizarre, quelque part entre le rock et le jazz. Quand tu écoutes cet album, tu ne sais jamais où elles vont t'emmener et ça me plaît. Elles sont quatre, elles ont des influences différentes mais aucune d'entre elles n'essaie de se distinguer personnellement. Elles se mettent toutes au service de la musique. Pour moi, c'est l'essence même d'un album réussi."

Deep Purple

Made In Japan – 1972

"Mes parents m'ont offert mon tout premier 45 tours, Poupée de cire, poupée de son de France Gall, mais "Made In Japan" est le premier album que j'ai acheté avec mon propre argent de poche. Je devais avoir 12 ou 13 ans, je venais d'emménager à Paris. Je n'étais pas forcément un fan de hard rock, mais "Made In Japan" était alors le 33 tours qu'il fallait posséder pour être dans la tendance et se démarquer des "autres" qui achetaient Gérard Lenorman ou François Valéry. Je l'ai écouté pendant deux mois et puis je suis passé à Bowie."

 

David Bowie

Diamond Dogs – 1974

"Quand nous entrons en studio avec Indochine pour enregistrer un nouvel album, je prépare toujours un flight case avec des livres, des disques et des photos. J'appelle ça notre "bibliothèque" et je trouve ça plus intéressant que jouer au billard entre deux sessions comme le fait n'importe quel groupe rock. Pour "Black City Parade", j'ai demandé aux membres du groupe d'écouter "Diamond Dogs". Avec "Station To Station", c'est mon album de référence de Bowie. Pour des chansons comme Rebel Rebel, Diamond Dogs ou Rock And Roll With Me,mais aussi pour l'ambivalence sexuelle affichée par Bowie et le concept qui tourne autour de 1984, le roman d'anticipation de George Orwell. C'est un disque qui m'a toujours accompagné et une des influences inconscientes de "Black City Parade"."

 

Soundtrack

Control – 2007

"Ma bande originale de film préférée. On y retrouve tous les artistes qui m'ont poussé à faire de la musique: Joy Division bien sûr (réalisé par Anton Corbijn, le film retrace la vie de Ian Curtis, leader de Joy Division, qui s'est pendu en 1980 – NDLR), mais aussi Iggy Pop, Kraftwerk, Bowie et New Order. Dans le film de Corbijn, il y a une scène remarquable. Lorsque le manager de Joy Division lui apprend qu'il va partir en tournée aux Etats-Unis, Ian Curtis devient complètement hystérique comme s'il était terrifié que sa carrière prenne forme. J'ai ressenti la même chose le jour où j'ai signé mon premier contrat discographique avec Indochine. J'étais effrayé de passer de l'autre côté du miroir, complètement angoissé à l'idée que les choses allaient complètement changer pour moi. Je n'en ai pas dormi de la nuit. Je peux comprendre ce qui est passé dans la tête de Ian Curtis."

 

Indochine

Black City Parade – 2013

"C'est l'album d'Indochine que je conseillerais à celui qui veut découvrir le groupe. Pas parce que c'est notre dernier disque studio, mais parce qu'il abrite des chansons dont je suis très fier, comme College Boy, Memoria ou Le fond de l'air est rouge. C'est exactement là où je voulais emmener Indochine en nous éloignant par la même occasion des clichés des années 80. Avec cet album et la tournée qui a suivi, Indochine a réussi à imposer un univers moins sombre. Avec "Paradize" et "Alice & June", "Black City Parade" est aussi notre disque le plus diversifié."

 

Paul Kalkbrenner

Guten Tag – 2012

"J'aurais pu mettre aussi son frère Fritz ou le Français Gesaffelstein. Je déteste danser mais j'adore regarder les gens danser sur ces musiques électroniques inspirées de l'école berlinoise. Je suis fasciné par le pouvoir mélodique et hypnotique de leurs compositions. Pour moi, ce sont de vrais créateurs qui procèdent à des collages sonores comme le faisaient les artistes se réclamant du cubisme."

 

Black M

Le monde plus gros que mes yeux – 2014

"Ma fille m'a demandé mon mot de passe iTunes et m'a torpillé mon smartphone de will.i.am, Asap Rocky, Maître Gims et autre Black M. Ce n'est pas ma tasse de thé, mais bizarrement, je trouve qu'il y a de belles mélodies sur "Le monde plus gros que mes yeux". C'est plutôt bien foutu et sans prise de tête. En chanson française, j'aime bien aussi Julien Doré, Emilie Simon et Florent Marchet…"

Luc Lorfèvre

 

> Ecoutez la playlist sur www.moustique.be

Sur le même sujet
Plus d'actualité