La discothèque de Daniel Darc

Sa collection de vinyles est à l'image de son dernier album "La taille de mon âme". Il y est question de rock, de péché, de sacrifice, de sueur et de cœurs brisés.

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Daniel Darc"La taille de mon âme" – 2011

"Mon nouvel album est la meilleure introduction pour celui qui souhaite me connaître un peu plus. Ce disque, c'est ma vie, ma sueur. Je n'ai pas voulu que ce soit propre, que ça pue le savon. C'est moi, maintenant. Et le reste, je m'en fous. Avant, je voulais à chaque fois pondre le chef-d'œuvre ultime. Aujourd'hui, ça ne m'intéresse plus. J'enregistre à l'instinct, dans l'urgence et la spontanéité. Ce n'est qu'en réécoutant le mixage final de "La taille de mon âme" que je me suis rendu compte que je parlais tout le temps de Dieu. Mais attention, quand je suis à genoux, ce n'est pas forcément pour prier. C'est aussi la position de repos de celui qui pratique les arts martiaux."

Christophe"Le beau bizarre" – 1978

"C'est mon disque préféré de Christophe, même si la chanson qui le définit le mieux reste Les paradis perdus. C'est Christophe qui m'a présenté Laurent Marimbert, le réalisateur de mon nouvel album "La taille de mon âme". On dit toujours que Christophe fait attention à son image. C'est faux, il s'en fout. Il vit dans son monde, sans autre logique que la sienne et c'est ça qui le rend beau."

The Rolling Stones"Exile On Main Street" – 1972

"Je place "Exile" un cran au-dessus de tous les autres disques des Stones. La suite de mon top 5 stonien est constitué de "Sticky Fingers", "Beggars Banquet", "Let It Bleed" et "Black And Blue". Comme Keith Richards, comme Mick, Dylan, Nick Cave ou Neil Young, je me considère comme un survivant et comme un guerrier du rock."

Alice Cooper"Welcome To My Nightmare" – 1975

"Encore un survivant du rock. Encore un guerrier. Voici quelques années, je l'ai croisé dans le backstage d'un festival. Je lui ai dit: "Alice, vous rendez-vous compte de l'influence que vous avez eue sur Marilyn Manson et sur tous les autres? Il y a plein de mecs qui ont saigné sur scène grâce à vous". Il était assez dépité. "Ceux qui se réclament de moi n'ont rien pigé, m'a-t-il répondu. Ils ne comprennent pas que je joue un personnage sur scène. Mon vrai nom, c'est Vincent Furnier. Marilyn Manson, il a pris ça au sérieux." C'est ça aussi la force du rock. Tu joues un personnage et puis ce personnage devient plus fort que toi et tu dois vivre avec jusqu'à la fin de tes jours. La moralité de l'histoire, c'est qu'on ne triche pas avec le rock."

Kris Kristofferson"Kristofferson" – 1969

"Kristofferson parle du quotidien sans jamais tomber dans le pathos. Sur son premier album "Kristofferson", il y a l'une de mes chansons préférées de tous les temps, Sunday Morning Coming Down (Daniel Darc se met à la fredonner – NDLR). C'est l'histoire d'un mec qui se lève le matin et se prend une bière au petit-déjeuner. Il est cool. Et comme la bière est bonne, il dit: "Je m'en sers une deuxième pour le dessert". J'adore… Tous les grands chanteurs country l'ont reprise: Johnny Cash, Willie Nelson, Ray Stevens."

John Coltrane"Giant Steps" – 1960

"Le jazz est, avec la country, la musique que j'écoute le plus aujourd'hui. Je suis fan absolu de Coltrane. Le titre de mon avant-dernier album, "Amours suprêmes", est inspiré du classique "Love Supreme" qu'il a enregistré en 1964. Coltrane a été un artiste très prolifique et sa production a toujours été de qualité. Le disque "Giant Steps" a été enregistré en deux jours. Contrairement à moi, il ne perdait pas son temps. Mais les choses vont changer. A l'avenir, j'ai envie de faire comme Coltrane: entrer en studio avec des potes musiciens, jouer en laissant en permanence le micro ouvert et en sortir quelques heures plus tard avec un album."

Elvis Presley"Jailhouse Rock" – 1957 (45 tours)

"C'est le morceau qui m'a introduit au rock and roll. Le rock a sauvé ma vie et Elvis est le dieu qui me guide toujours. Si j'ai un peu de thunes, je fais le pèlerinage Elvis cette année à Memphis avec ma nouvelle amoureuse. On va se marier à la chapelle de Graceland, loger au Heartbreak Hotel et j'essaierai même d'enregistrer un petit truc au Sun Studio. C'est kitsch, je sais, mais je le dois bien à Elvis."

Iggy And The Stooges"Raw Power" – 1973

"Voici deux ans, j'ai balancé tout ce que j'avais dans mon appartement: les livres, les disques, les instruments. Presque tout… J'avais effectué plusieurs retraites au couvent chez les sœurs. Il n'y avait rien dans ma chambre et je ne m'étais jamais senti aussi bien. Depuis, je vis dans le dépouillement. Chez moi, j'ai seulement gardé un ukulélé, un tourne-disque et quelques disques vinyle. "Raw Power" fait partie de ceux-là. Comme "Berlin" de Lou Reed, c'est le disque que j'écoute pour me rappeler qui je suis. Pour la rage, la puissance, la sueur, le nihilisme, le torse nu et le côté destructeur du rock. Je fais partie de la même armée."

Johnny Cash"The Original Sun Sound" – 1964

"Les vrais fans comme moi ont fait une overdose de Johnny Cash car il a été mis à toutes les sauces depuis sa mort. Le film, les rééditions, des disques qui portent son nom alors qu'il n'était même pas présent en studio… Le pire de tout, c'est qu'on essaie de le faire passer pour un génie et un mec cool, alors qu'il se comportait souvent comme un connard. A une époque, il tenait un discours proche de l'extrême droite. J'adore ses disques, j'aime moins l'individu."

Bob Dylan"Blood On The Tracks" – 1975

"Si je sortais de la pièce où nous nous trouvons maintenant, c'est le premier disque que j'écouterais parce qu'il y a sur la face A ma chanson préférée de Dylan, You're A Big Girl Now. J'ai écouté toutes ses chansons et j'ai lu tout ce qui a été écrit sur lui en français et en anglais. Le premier volume de ses Chroniques est remarquable. Dylan se lâche enfin, il raconte d'un jet et sans la moindre structure ce qu'il ressent. C'est très fort."

Luc Lorfèvre
Le 13/5 aux Nuits Botanique.

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