La chronique de Vincent Peiffer: Une grande idée

C’est bien d’avoir de grandes idées. Surtout quand ça se chamaille un peu partout autour. Reynders - champion intergalactique de la chamaillerie - se chamaille avec Vanackere. 

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Donc le CD&V se chamaille avec Reynders, qui est rien qu’un "frustré depuis qu’il n’est plus ministre des Finances", même que quand il l’était, il a fait que "des fautes les unes après les autres", na!

A Namur, Ecolo se chamaille avec le reste du Parlement wallon (ou l’inverse). Et, bien entendu, Bart De Wever se chamaille avec le reste du monde.

Or voilà que, dans cette grande chamaillerie, un homme, un seul, Benoît Lutgen, veut rassembler autour d’une grrrande idée. Pour la lancer, lundi matin, le président du CDH mobilisait Le Soir et la RTBF. Et donc, tatatam!, cette idée du tonnerre du feu de Dieu, c’est: "Il faut taxer la spéculation boursière!" 

Pas de chichis entre nous, cher Benoît: je suis d’accord à 2.500 %! Comme tu dis: "Le travail, l’immobilier, l’épargne sont (sur)taxés en Belgique, mais pas la spéculation. C’est absurde!" Pour sûr que notre fiscalité est "injuste", qu’elle "prend l’eau de toutes parts" et qu’il faut une véritable "révolution fiscale dans ce pays".

Seulement, cher Benoît, je dois te signaler un tout petit hiatus: il me semble que ta toute nouvelle grande idée novatrice de taxation de la spéculation boursière à court terme (celle qui crée des bulles de spéculation ne reposant sur rien dans l’économie réelle), j’ai dû déjà l’entendre genre dans les 7.000 fois depuis l’éclatement de la crise financière.

Depuis cinq ans, j’ai même dû m’énerver 7.000 fois en constatant que ce n’était pas encore fait. Même ma tante Gisèle, qui jusque-là pensait que la "Bourse" désignait un morceau de cuir à cordon destiné à ranger sa monnaie ou alors, au pluriel, ce qui se niche dans les pantalons d’une moitié de l’humanité, a compris que c’était cette spéculation boursière qui avait mis le secteur bancaire et l’économie mondiale sur leur caisse.

Tante Gisèle a aussi découvert que cette spéculation boursière avait été organisée par les banques avec de l’argent qu’elles ne possédaient pas: le nôtre. Et donc tante Gisèle ne comprend pas bien pourquoi la Belgique est le seul pays d’Europe où ce type de spéculation n’est pas encore (lourdement) taxé. Je dois dire que, sur ce point, je rejoins tante Gisèle.

Donc, cher Benoît, j’ai une première requête: serait-il possible, dans un premier temps, d’arrêter de lancer des idées d’enfonceur de portes ouvertes afin de passer pour celui qui a subitement découvert la recette du Spa citron?

Personne n’y croit, même tante Gisèle. Deuxième requête: avec tes condisciples de la majorité (et même de l’opposition), pourriez-vous enfin installer cette foutue taxation des plus-values boursières, et qu’on n’en parle plus? Je veux dire: cesser de dire qu’il faudrait le faire en Belgique, mais le FAIRE.

Troisième requête: agir de même pour les intérêts notionnels. De la gauche à la droite, tout le monde est d’accord: ce système doit être réformé en faveur des entreprises qui investissent réellement pour se développer et créer de l’emploi, et ne plus être utilisé par les méga-entreprises pour éluder l’impôt des sociétés.

Donc je répète: pas dire, redire et reredire qu’il faudrait agir, mais AGIR. J’en serais heureux. Et tante Gisèle aussi.

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