La chronique de Vincent Peiffer: La boulette

C’est souvent comme ça, quand on n’est que le second d’un Très Grand Homme: à force, ça frustre. Alors, pour exister, on se fait des petits plaisirs. 

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On ne nomme pas des bourgmestres francophones de communes à facilités. C’est pas mal, mais sans plus. Ça fait petite érection, mais seulement une petite, un peu minable. Or Geert Bourgeois, il en veut plus. Et donc le ministre flamand de l’Intérieur et n°2 de la N-VA à l’ombre du Très Grand Bart, décide de se le faire à lui tout seul, son gros plaisir.

Ce week-end dans la presse flamande, Petit Geert annonce: "La Flandre aura son autonomie en 2014". C’est prévu: vu le carton N-VA, Flandre et Wallonie se séparent en 2014. Notez, ce n’est pas une surprise. Je rappelle pour la 763e fois l’article 1er des statuts de la N-VA: création d’un Etat flamand indépendant membre de l’Union européenne. Le hic, c’est que la grosse majorité de Flamands ne veut pas de cette fin de la Belgique.

Alors, depuis quelques mois, Très Grand Bart vendait la même lessive, mais avec adoucisseur: "Meuh non, qu’on ne veut pas la séparation de la Belgique! On veut juste le confédéralisme. C’est une évolution, pas une révolution…". Oui, et c’est quoi le confédéralisme façon N-VA, au juste? Ah ça, on sait pas. On doit encore décider. Quand? Bientôt. Mais puisque Très Grand Bart vous dit que ce sera bon pour la Flandre, ce sera bon pour la Flandre, point!

Et la stratégie à l’adoucisseur fonctionne plein pot: 40 % d’intentions de vote pour la N-VA! Ça marche d’autant mieux que les Flamands ne lisent pas le programme N-VA. Notez, ce serait une perte de temps: excepté l’article 1er, c’est un peu le grand vide sidéral (il faut le lire sur le site Internet: ça va très vite et c’est traduit en français).

On y comprend bien que la Flandre doit porter à droite (face à la Wallonie gauchiste), mais avec quelles mesures un peu concrètes? Y a pas. Donc je résume: 40 % de la Flandre s’apprête à voter N-VA sur un non-programme et dont l’article 1er (le seul?) est caché derrière une michepapoute confédéraliste. Le rêve, quoi. Et voilà que Petit Geert vient bêtement dire la vérité aux Flamands: l’unique but de la N-VA, c’est la fin de la Belgique.

Et c’est pour 2014. La boulette. C’est un coup à vous foutre en l’air la belle stratégie adoucissante de Très Grand Bart, ça!

Mais le top de son interview-boulette, à Petit Geert, c’est que la N-VA a également résolu le problème de Bruxelles, que la Flandre n’abandonnera pas aux francophones, ça va sans dire. La solution est simple: cogestion par la Flandre et la Wallonie.

Donc pour ces grands démocrates de N-Viens, 1.100.000 Bruxellois ne géreront plus eux-mêmes leur patelin. Allez, ouste! En vue d’une bonne (co)gestion efficace de la capitale, les décisions seront prises par Gérard Menfroid, député de Philippeville, par Koen Van Kakebroek, député de Herentals, et par tous leurs collègues flamands et wallons.

Un peu comme au bon vieux temps des colonies, en somme. Les Bruxellois deviennent les Congolais du XXIe siècle: on décide à leur place et pour leur bien.

Juste une question, Petit Geert: puisque tout se décidera à Kampenhout ou à Marche-en-Famenne, est-ce qu’on leur laisse encore le droit de vote, aux Bruxellois? Ou pas? Ce serait bien que tu consultes Très Grand Bart, sur ce point. Pour savoir.

vincent.peiffer@moustique.be

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