La chasse

Que se passe-t-il lorsque, dans un petit village danois, un homme est accusé à tort de pédophilie? Réponse captivante du réalisateur de Festen.

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Quinze ans après avoir mis le festival de Cannes à ses pieds avec Festen, petit chef-d'œuvre de cinéma réaliste, le Danois Thomas Vinterberg revient enfin à son meilleur niveau. "J'entends dire ça et je dois dire que je me sens un peu insulté. Car je n'ai jamais arrêté de faire des films (notamment It's All About Love ou le recommandable Submarino). J'ai fait Festen alors que je n'avais que 29 ans. C'était à la fois mon premier film et la fin de quelque chose. Le film ultime dans un genre de cinéma auquel je croyais consacrer ma vie. Après, il a donc fallu changer, me réinventer, chercher. C'est ce que j'ai fait. Et, pour moi, La chasse n'est pas un grand retour mais une suite logique." On n'est qu'à moitié d'accord avec Vinterberg. Car La chasse, quoi qu'il en dise, signe un véritable retour aux sources.

En effet, Festen racontait, caméra au poing, la vengeance impitoyable d'une famille violée par le père. Aujourd'hui, dans une réalisation soignée, Vinterberg inverse son propos. "C'est vrai. Dans Festen, je racontais l'histoire d'enfants abusés par des adultes. Ici, c'est un homme sali et détruit par les dires d'un enfant."

Cela donne un film-choc. Lucas, adulte renfermé et timide, travaille dans la garderie d'enfants de son petit village danois. Jusqu'au jour où une petite fille l'accuse presque sans raison d'attouchements sexuels.

t pourtant, Lucas n'a rien fait. Le spectateur le sait dès le début de l'histoire. Et Vinterberg de nous raconter l'insidieuse mécanique de la rumeur, la vicieuse machination du "présumé coupable". Et comment, lentement, progressivement, il va être accusé et chassé par ses anciens amis et voisins. Dans sa solitude d'homme traqué, il n'aura pour se défendre que sa parole, contre celle d'une enfant. Mal barré.

Lors du dernier festival de Cannes, il a été de bon ton de tirer sur La chasse. La presse française en particulier s'en est donné à cœur joie, condamnant son simplisme, sa provocation facile ou son art de manipuler le public. Nous ne sommes pas d'accord. La chasse est certes un film critiquable. Mais c'est aussi un film réussi.

Une histoire forte, un suspense haletant et la consécration d'un acteur magnifique: Mads Mikkelsen (déjà vu dans les Pusher de Nicolas Winding Refn, After the Wedding de Susanne Bier ou encore l'étonnant Adam's Apples de Anders Thomas Jensen). Reparti de Cannes avec le prix d'interprétation masculine, c'est lui qui porte le film sur ses épaules. Avec ce visage dur et mystérieux mais capable d'une infinie tendresse. A voir. Sans aucun doute.

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La chasse
Réalisé par Thomas Vinterberg. Avec Mads Mikkelsen, Thomas Bo Larsen, Annika Wedderkopp – 111'.

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