Kate Winslet: Créature céleste

L'héroïne de Titanic brille dans Carnage, le nouveau film de Polanski. Portrait d'une spécialiste du sans-faute.

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Certains tergiversent, d'autres foncent. C'est injuste, mais la vie est ainsi faite. À trente-six ans, Kate Winslet affiche au compteur deux enfants de mariages différents, deux divorces, une trentaine de films et six nominations aux Oscars. C'est ce qui s'appelle ne pas perdre son temps. Et si elle a dû attendre sa sixième nomination pour enfin recevoir la prestigieuse statuette de la meilleure actrice pour son rôle de femme brisée dans The Reader, elle a aussi résolu depuis longtemps l'impossible équation qui se pose à tous les jeunes acteurs hollywoodiens: allier les grands succès publics et la reconnaissance professionnelle. Aujourd'hui, elle apparaît dans Carnage, le nouveau film de Roman Polanski adapté de la pièce à succès de Yasmina Reza. Et comme d'habitude, elle y est éblouissante.

Adepte du compost et de la tomate bio ("Je suis revenue transformée d'un voyage en Inde pour le tournage de Holy Smoke"), Kate Winslet est une star, certes. Mais elle est avant tout restée une actrice. "Une femme qui veut interpréter des rôles de femmes qui ont des couilles", dit-elle en souriant. Des femmes un peu comme elle, finalement. Car il fallut du courage et du tempérament pour refuser les comédies romantiques qu'on lui proposa après le carton de Titanic. "Dans ma famille, avance-t-elle, tout le monde est un jour monté sur les planches. Par pure passion. Mes parents partageaient les valeurs de la communauté hippie et moi, j'avais des posters des Sex Pistols dans ma chambre. On n'échappe pas à son passé."

Magnifique sans être divinement belle, Kate se plaît à jouer avec son image. Dans Contagion (de Steven Soderbergh, sorti il y a peu), elle transpirait et bavait à en mourir. Dans Carnage, elle offre à Polanski une scène de vomi qui entrera dans les annales. Par ailleurs, elle aime aussi se prêter au jeu du glamour hollywoodien, acceptant de devenir l'égérie de marques de cosmétiques (elle a été ambassadrice du parfum Trésor de Lancôme) ou avouant sa passion pour les créations de son amie Stella McCartney. Mais lorsque le magazine GQ diffusa d'elle des photos retouchées pour la faire paraître plus maigre, elle décida de publier une lettre ouverte. Une mise au point dont un seul extrait suffit pour comprendre sa position vis-à-vis du diktat de la minceur imposé par Hollywood et la publicité: "Tout ceci a été fait sans mon consentement. Je ne veux pas jouer à ce jeu d'hypocrites". Avec un tel aplomb et une incroyable capacité à bien choisir ses rôles, Kate Winslet est probablement la seule actrice de sa génération à pouvoir prétendre à la succession des Susan Sarandon, Helen Mirren et autres Meryl Streep.

La liste des films est en effet éloquente: Créatures célestes, Raison et sentiments, Titanic, Hamlet, Eternal Sunshine Of The Spotless Mind, Les noces rebelles, The Reader, Contagion. La liste des collaborations l'est tout autant (Peter Jackson, Ang Lee, James Cameron, Kenneth Branagh, Michel Gondry, Sam Mendès, Steven Soderbergh). À y regarder de plus près, le parcours de Kate Winslet répond à une constante quasi immuable: le rapport à la famille. "C'est tout ce qui m'importe dans la vie. La quête de l'idéal familial est un combat permanent chez moi et ça se ressent sûrement dans mes choix de films. Je suis attirée par les personnages complexes qui ont un passé, qui sont pleins de quelque chose. Comme moi. Car j'en ai vu tellement dans ma vie que je demande aux personnages que j'interprète d'avoir souffert encore un peu plus que moi…"

En effet, les femmes qu'interprète Kate sont complexes et multiples. "Nous le sommes tous, affirme-t-elle. Nous jouons tous un jeu social qui consiste à donner une bonne image de nous-mêmes. Je ressens cela dans mon travail. Les gens me voient avant tout comme une actrice célèbre. Et pourtant, ce n'est qu'une partie de ce que je suis. Récemment, nous avons présenté Carnage au Festival de Venise. J'étais venue avec mes filles et nous dormions juste en dehors de la lagune. Le jour où nous avons présenté le film, en prenant le bateau pour rejoindre le brouhaha du festival, je me souviens avoir dit tout haut: "Allez, on y va. Mode personne connue. On met son chapeau et on joue le jeu". J'aime la célébrité, mais elle ne m'aveugle pas."

S'il faut la voir au cinéma dans Carnage de Polanski, Kate s'est aussi récemment illustrée en télévision dans la minisérie Mildred Pierce (récemment diffusée sur Be TV) dans laquelle elle interprète une femme séparée de son mari qui se bat pour survivre durant la grande dépression. Et comme le passé finit toujours par ressurgir, Kate n'en a pas fini avec le personnage de Rose DeWitt Bukater qui fit sa gloire. Puisque au mois d'avril prochain, James Cameron ressortira Titanic dans une toute nouvelle version en 3 dimensions. En effet, on n'échappe jamais à son passé…

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