Kasabian: « Le rock anglais ressemble à un cimetière »

Considérés comme les successeurs d'Oasis, les lascars de Leicester sortent les grosses guitares et le gros son. Ça sent la tuerie en live!

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Werchter, juillet dernier. La rencontre avec les nouvelles coqueluches du rock anglais est fixée en début d'après-midi. Pour Tom Meighan, chanteur de Kasabian, c'est encore l'aube. Chevelure chiffonnée comme un tubercule, yeux à la limite du fluorescent et cernes prononcés sont autant de signes des excès de la veille. Mais il ne faut qu’une bouteille d’eau minérale pour que le shaker qui avait temporairement remplacé son cerveau se calme un peu. Et très vite, voilà qu'il s'emballe pour le quatrième album de son groupe.

Il y a de quoi. "Velociraptor!" regorge d’une britpop nerveuse, balisée mais profondément efficace, et enchaîne avec insolence les tubes pour stades. Un peu comme si, depuis le départ d’Oasis, le groupe de Leicester s’était mis en tête de prendre le trône et remettait à plus tard la suite des expérimentations sonores tortueuses initiées précédemment sur "West Ryder Pauper Lunatic Asylum". Et Bono semble y être pour quelques chose… "En 2010, nous avons joué en première partie de U2 face à un public qui, en majorité, ne nous connaissait pas et, à vrai dire, s'en fichait. Nous avons constaté à quel point les titres les plus immédiats de notre répertoire restaient les plus efficaces. Cette expérience nous a sans doute poussés inconsciemment à revenir vers quelque chose de plus direct."

Le velociraptor était un dinosaure quasi invincible. C'est ce à quoi Kasabian aspire?
Tom Meighan – Oui. Il faut bien admettre que la scène rock anglaise ressemble un peu à un cimetière. Où sont les bons groupes qui ont percé voici dix ou quinze ans? Oasis est enterré, les Stone Roses désintégrés et Primal Scream tourne sur son ancien fonds de commerce…

Et comment expliquez-vous que Kasabian existe toujours?
La raison est simple: nous ne tenons pas compte de la presse musicale. Si nous avions lu tous les articles britanniques affirmant que nous étions l’un des meilleurs groupes de pop au monde, on aurait fini par y croire et à se la couler douce, sans jamais se remettre en question. Pour durer, il faut arriver à se renouveler tout en restant fidèle à son style de base. Le succès est une équation complexe à résoudre sur le long terme. C'est une question de bon dosage.

En termes de carrière, quels sont vos modèles?
Le premier nom qui me vient à l’esprit est The Cure. Ils ont sorti des albums parfois à l’opposé les uns des autres. Pourtant, dès la première note de n’importe lequel d’entre eux, vous savez immédiatement que c’est signé Robert Smith. C’est pourquoi, même si "Velociraptor!" s’ouvre davantage aux sons électroniques, ce qui est relativement neuf pour nous, nous avons tenu à ce qu’il conserve le caractère psychédélique qui fait notre marque de fabrique depuis nos débuts en 1999. Mais je n’oserais pas me comparer à The Cure pour autant. Ces types sont millionnaires, ils appartiennent à une époque où l’on pouvait encore vivre en vendant ses disques.

Vous ne vivez pas de vos ventes?
Nos trois premiers albums se sont écoulés au total à deux millions d’exemplaires, mais c’était une autre époque. Même si "Velociraptor!" est bien accueilli, il ne va pas nous permettre de payer le loyer. Aujourd’hui, un CD vendu équivaut à une centaine de copies ou téléchargements illégaux dont ne voit bien sûr pas l'argent.

Et quels sont les revenus de substitution?
Le live! Nous n’avons jamais négligé nos concerts. Nos fans reviennent chaque fois. La dernière fois que nous avons joué à l'Ancienne Belgique, c'était en 2010. Nous n'avions pas de nouvel album et c'était plein, comme partout ailleurs. Nous avons aussi d'autres sources de revenus. Nous avons pris l’habitude de placer nos morceaux dans des jeux vidéo. Club Foot a ainsi été utilisé dans Pro Evolution Soccer ou WRC Rally. On s'est fait aussi beaucoup de fric avec Reason Is Treason qui figure dans Gran Turismo 4. Le jeu vidéo constitue aujourd’hui une industrie gigantesque, qui brasse bien plus d’argent que la musique ou le cinéma. C’est avec ces gens-là qu’il faut bosser, dorénavant.

Et pas avec les sites Internet qui proposent légalement de la musique?
Récemment, le plus gros site de streaming légal est venu nous voir. Ils nous ont proposé un eurocent par album écouté. Je vous laisse calculer combien de fois il faut que l’on écoute notre album pour payer nos factures…

Kasabian
Velociraptor!
Sony

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