Karl Bartos, Robot pop

Membre de Kraftwerk de 1975 à 1990, Karl Bartos a coécrit quelques-uns des plus grands classiques du groupe. À voir au Brussels Summer Festival, le 18 août.

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Tour à tour robot, hologramme ou image de synthèse sur les pochettes de disques, le vrai Karl Bartos, 59 ans, a quelque chose d’irréel. Premier personnage en partant de la gauche sur la célèbre pochette de The Man-Machine, septième album de Kraftwerk, l’homme, d’une discrétion et d’une modestie étonnantes, a pourtant contribué largement à une des aventures musicales les plus puissantes, influentes et originales du XXe siècle. Au sommet de leur créativité, les membres du groupe allemand ne se sont jamais considérés comme des musiciens pop ou encore moins rock. Ils se décrivaient eux-mêmes comme des "ouvriers du son", voire des scientifiques.

Engagé en 1975 comme percussionniste pour la tournée Autobahn par Ralph Hutter et Florian Schneider, Karl Bartos a cosigné la plupart des classiques du groupe à partir de l’album The Man-Machine, offrant au quatuor ses indéniables talents de mélodiste. "J’ai commencé la musique en jouant de la guitare parce que ma grande sœur écoutait les Beatles. Aussi étrange que cela puisse paraître, le rock des années 60 a eu une influence importante sur Kraftwerk. Ralph était par exemple un grand fan des Beach Boys. Je pense que la mélodie de Autobahn "Wir fahr'n fahr'n fahr'n auf der Autobahn" est peut-être un hommage inconscient à Fun Fun Fun des Beach Boys."
À la fois discret et intarissable sur le sujet, ce claviériste et percussionniste de formation classique qui a joué pendant sept ans à l’Opéra n’est en rien un nostalgique. Professeur à l’université des arts de Berlin, il a créé récemment Mini-Composer, une application iPhone gratuite sous forme d'un séquenceur simpliste aussi amusant que ludique.

L’homme, qui prépare un nouvel album, donne aussi quelques concerts durant lesquels il est généralement accompagné par Mathias Black. "Mathias mixe, je me concentre sur les vidéos et je chante", précise-t-il. Des vidéos synchronisées avec la musique et dont certaines parties sont improvisées ou filmées pendant le concert. Durant celui-ci, il reprend des chansons de Kraftwerk, un groupe qu’il a quitté alors qu’il allait avoir 40 ans. "Je me sentais débordant d’énergie et je ne voulais pas passer cinq ans sur l’enregistrement d’un album. Je suis sensiblement plus jeune que Ralph et Florian, et eux étaient devenus tellement perfectionnistes qu’on n’a enregistré que deux albums en dix ans." Depuis 1991, il a sorti des albums solo (le dernier, Communication, date de 2003), a développé le projet Electric Music et a fait partie du super-groupe Electronic avec Johnny Marr des Smiths, Bernard Sumner de New Order et les Pet Shop Boys. Il a également joué avec Andy McCluskey d'OMD, Lalo Schifrin, Michael Stipe, Björk ou Grace Jones.

L’influence de son ancien groupe reste déterminante aujourd’hui sur la pop, la techno et le hip-hop. De Coldplay, qui avait repris la mélodie de Computer Love dans leur chanson Talk, à Daft Punk ou Kanye West… "La première manière d’être créatif est de copier. C’est ce que l’on fait dans toutes les formes d’art. Chuck Berry a influencé les Beatles qui nous ont à leur tour influencés. Mais en tant qu’Allemands, nous ne pouvions pas de manière crédible jouer une musique issue du blues. Nous avons donc tenté de retrouver une identité détruite par le nazisme et la guerre. Nous sommes repartis des idées de Stockhausen en y mélangeant la force de la pop, qui poussait la jeunesse à refuser les guerres voulues par la génération précédente, tout en évoquant notre vie quotidienne. C’est ce qui a véritablement fondé le son de la pop allemande."

Bernard Dobbeleer

Le 18/8 au BSF, le 30/10 au Sinner's Day (Hasselt)

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