Kaiser Chiefs: « On a dû se battre pour rester »

Remodelés, les garçons anglais repartent à l’assaut de leur terrain préféré: un disque de pop taillé dans le rock. Musclé et balèze.

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Inspiré par le fanion d’un club de foot sud-africain, le nom de Kaiser Chiefs s’est imposé dès 2004 sur les pelouses des festivals d’été en même temps qu’une flopée d’autres équipes britanniques (Bloc Party, Kasabian, Franz Ferdinand). Actif depuis plus de dix ans, le groupe de Leeds a joué un paquet de rencontres à guichets fermés et signé des tubes comme d’autres empilent les buts. De Oh My God à Everyday I Love You Less And Less en passant par le hit planétaire Ruby, Kaiser Chiefs a trouvé la clef du succès.

Fin 2012, pourtant, la formation se ramasse avec l’album "The Future Is Medieval". À l’échec commercial s’ajoute un avenir incertain: le batteur Nick Hodgson abandonne ses équipiers. "C’était la pièce maîtresse du projet", glisse le chanteur Ricky Wilson. "Il écrivait la plupart des chansons et contrôlait bien la situation. Son départ nous a anéantis." Kaiser Chiefs a un genou à terre mais ne s’avoue pas vaincu. Car, chez les Anglais, c’est bien connu: rien n’est perdu tant que l’arbitre n’a pas sifflé la fin du match. "Abandonner? Hors de question. J’aime trop faire partie d’un groupe. C’est ma raison d’être."

Le groupe se remet alors au travail et compose de nouveaux morceaux. "Au début, mes chansons étaient chargées de ressentiments personnels. J’étais en colère, un peu désemparé", explique un Ricky bien amaigri. "Et puis, j’ai repensé à nos débuts. À l’époque du premier album, on racontait nos après-midi au pub, nos journées dans la rue. On décrivait la vie en Angleterre. Aujourd’hui, on a grandi, beaucoup voyagé, mais je pense que décrire son environnement immédiat reste le moyen le plus court pour écrire de bonnes chansons."

Colère et fun

Fruit de ce travail d’observation, l’album "Education, Education, Education & War" prend la température d’un pays plongé depuis sept ans dans la récession et les problèmes liés au chômage. "C’est un disque engagé. Cela dit, on n’a aucune responsabilité. On veut juste faire danser les gens, pas se lancer en politique." Bourré de bourrasques électriques (The Factory Gates), d’offensives physiques (My Life), d’hymnes de stade boursouflés et un peu belliqueux (Ruffians On Parade, Cannons), ce nouvel album trouve son titre dans les pages d’un discours prononcé en 2005 par l’ancien Premier ministre anglais Tony Blair. "Il évoquait l’importance de l’éducation. Mais c’était surtout une tactique de diversion, un moyen de détourner l’attention du peuple pour mener tranquillement une guerre en Irak. Il y a beaucoup de référents militaires sur cet album. Parce qu’on a dû se battre pour rester. Ce disque a été enregistré à Atlanta. On était entouré d’Américains. C’est ce qui a renforcé notre identité. On ne s’est jamais sentis aussi anglais." Et cela s’entend. Pour le meilleur et pour le pire.

 

Le 23/4 au Botanique (complet), le 20/7 au Dour Festival.

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