Justice: « Nous sommes un groupe de rock sans micro »

Bluffant pour les uns, imposteur pour les autres, le duo sera de tous les festivals cet été. Quand Goldorak s'invite chez Metallica…

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Comment définiriez-vous le public de Justice?
Xavier de Rosnay. – Hormis les fans hardcore qui portent nos t-shirts ou qui soulèvent des croix géantes aux premiers rangs, il n'est pas identifiable. Et ça nous plaît. Si vous prenez une photo du public à nos concerts, c'est impossible de savoir quel genre de musique nous jouons. Il y a des jeunes au look hyper-branché, des mecs en cuir avec des t-shirts Slayer, des babas, des jeunes filles, des quadras…

Et comment définiriez-vous Justice?
Nous nous considérons comme un groupe de rock, sans guitare et sans micro. C'est la raison pour laquelle on se sent particulièrement à l'aise dans des festivals comme Werchter ou le Pukkelpop qui mélangent les genres. On fait de la musique électronique, mais la culture dancefloor nous emmerde. Nous avons été rangés dans cette catégorie par accident. Ça nous a servi, certes, mais ce n'est pas notre monde. Le tout premier disque que Gaspard a acheté est le "Kill Them All" de Metallica. Moi, c'est "Doggystyle" de Snoop Dogg. Je suis fan de Todd Rundgren, de Michel Berger, de Prince. Nous avons toujours considéré "Thriller" de Michael Jackson comme l'album ultime. Tout ça pour dire que nous baignons dans une culture pop. Dès notre première tournée, nous avons tout fait pour casser les codes du groupe électro. On ne joue pas avec des lasers et des animations en 3D, on préfère les murs d'amplis et des lumières blanches comme dans les concerts métal.

Sur scène, vous ne faites que bidouiller vos ordinateurs. Quelle est la part de musique qui est vraiment jouée live?
Plus de 95 % de la musique que nous reproduisons à nos concerts se trouve déjà sur des fichiers numérisés. On a mis plus de trois mois à organiser tous les morceaux de nos deux albums pour inventer une nouvelle histoire. Pendant les concerts, on intervient sur cette matière avec des filtres, des effets spéciaux, des breaks ou des accélérations. Le but n'est pas de reproduire ce qu'on fait sur disque mais de théâtraliser notre musique. C'est du live, car ce n'est pas figé. Nos lumières sont réglées manuellement. Je connais des tas de groupes rock qui proposent des concerts plus formatés que les nôtres.

Votre DVD live A Cross The Universe montrait des orgies dans les loges et des bagarres dans les parkings. La vie en tournée est-elle si trash?
Non, nous sommes plutôt du genre réservé. On fait la fête, mais entre nous. Pour ce DVD, le réalisateur Romain Gavras a puisé dans plus de 300 heures de rushes. En tournée, il ne se passe rien pendant 80 % du temps. On a voulu montrer les autres 20 %. Quand on regarde les DVD live des autres formations, on s'ennuie avec ces séquences où le groupe donne une conférence de presse dans un hôtel, où le technicien explique pendant trois plombes comment il a monté le podium. Puis, une autre chose encore, il s'agissait de notre première tournée aux États-Unis et on voulait vivre le truc rock à fond.

Votre dernier album "Audio, Video, Disco" a du mal à décoller dans les charts. Il n'a pas été compris?
Nous n'en vendrons sans doute pas plus que notre premier album ("+", premier disque de Justice s'est écoulé à plus de 600.000 exemplaires – NDLR),mais je pense que ceux qui l'ont acheté l'écouteront plus souvent. Non, je ne crois pas que ce disque a été compris… Il a peut-être dérouté une certaine partie de notre public, mais il n'y a aucune stratégie derrière ça, pas le moindre calcul. Notre démarche reste naïve et romantique. Notre premier album a été boosté par le morceau D.A.N.C.E. Le son était super-puissant, plein de distorsions. Avec "Audio, Video, Disco", on a voulu jeter moins de poudre aux yeux, aérer les espaces et mettre en avant une écriture plus pop. C'est un disque moderne mais réalisé à l'ancienne.

Justice est-il encore un groupe pour branchés?
Nous sommes tout sauf un groupe de branchés. On ne court pas derrière le culte de la nouveauté. Quand je fais le DJ, je passe AC/DC ou Daniel Balavoine parce que j'aime ça. C'est du premier degré. Honnêtement, je suis incapable de dire ce qui est cool ou pas cool aujourd'hui. Je ne fonctionne pas comme ça. Pendant l'année et demie passée à faire ce nouvel album, les seuls trucs nouveaux que nous avons écoutés, c'était dans le taxi qui nous conduisait au studio. C'est ça le problème aujourd'hui, les gens sont tellement guidés dans leurs goûts qu'ils pensent qu'on se moque d'eux quand on cite Crosby, Stills, Nash & Young ou Iron Maiden comme influences. Mais ce n'est pas une blague.

Le 28/6 à Werchter (complet).

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