Julien Doré: " J’ai cru que j’étais une imposture "

Avec le chaleureux "Bichon", il oublie ses rêves de Nouvelle Star pour s'affirmer comme vrai artiste.

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"J'ai voulu un disque de musique pop conçu comme un disque de hip-hop." Julien Doré a le sens de la formule et aussi le chic pour titiller notre curiosité. Trois ans après "Ersatz", son nouvel album "Bichon" réinvente la chanson française populaire en bousculant tous nos points de repère. Il y a du tube dans l'air, l'accordéon d'Yvette Horner, des formules lapidaires, des guitares vintage et des souvenirs où le mot "enfance" ne rime jamais avec "innocence". Plus question ici de justifier une victoire dans une émission de télé-réalité ou de se risquer à être ce que l'on n'est pas. Le Doré 2011 s'assume tel qu'il est. "J'ai compris que ma sincérité me permettait d'être en phase avec mes vraies valeurs", nous explique-t-il dans une suite confortable avec vue sur les Champs-Elysées…

Trois années séparent "Bichon" de votre premier album "Ersatz". Le temps nécessaire pour vous retrouver comme artiste?
Julien Doré – Non: l'introspection, ce n'est pas trop mon truc et ça fait chier tout le monde quand il faut l'expliquer. Pendant la tournée Ersatz, j'ai écrit de nombreuses chansons en anglais. Mais je savais que si je souhaitais m'affirmer comme auteur français, ça allait me demander du recul et du travail. Pour "Ersatz", j'avais écrit le texte de Bouche Pute, un truc abstrait, poétique mais pas assez affirmé. Ici, j'ai dû m'impliquer dans la narration, comme si chaque chanson était un petit scénario.

Vos textes sont truffés de références culturelles liées à votre enfance. Quels étaient alors vos centres d'intérêt?
Je suis fils unique et j'ai grandi dans une petite ville du Gard. Mon accès à la culture se limitait aux chansons de variétés qui passaient à la radio, aux émissions de télévision et un peu au cinéma populaire. C'était un divertissement plus qu'un apprentissage. Comme le héros de ma chanson Baies des Anges, je pensais que Picasso faisait de la peinture pour enfants et ça me permettait de m'évader. Ce n'est qu'en étudiant les beaux-arts que j'ai essayé de comprendre. La passion pour la musique et la littérature est venue très tard.

Avec "Bichon", vous confrontez François Hardy et Yvette Horner, Renaud et Schopenhauer, les films de Bergman et la Golf Bon Jovi…Pour brouiller les pistes?
Il y a un malentendu à ce sujet. Les gens pensent qu'il s'agit de collages improbables et de second degré alors que ce n'est pas le cas. Mon but n'est pas de rendre une crédibilité à Yvette Horner ou de me foutre de la gueule de ceux qui roulent avec un Golf Bon Jovi. Ma culture est populaire, mais ça ne m'empêche pas d'aimer les grands philosophes ou le cinéma d'auteur. Je pioche à gauche et à droite. N'y voyez aucune dérision ou décalage. C'est ma manière de fonctionner.

Vous chantez "si j'étais homosexuel". Vous le pensez aussi?
Ce morceau n'a rien du fantasme et c'est justement ce qui me plaît dans ce texte de Philippe Katerine, à la fois subtil et poétique. Ce n'est pas tous les jours qu'on peut interpréter une chanson d'amour hétérosexuelle qui ose utiliser le mot "homosexuel".

Il y a de la provoc chez Julien Doré?
De la provoc, non. Un style, je l'espère. Je ne veux pas choquer, mais j'écris des textes soignés et je bosse dur pour arriver au résultat que je souhaite. Mais je sais aussi qu'un mot ou un nom propre suffisent parfois à attirer le regard ou relancer l'intérêt. Depuis que j'ai commencé la promo de ce disque, vous devez être le premier à ne pas me demander la signification du titre "Bichon". Ça m'arrange: hormis le côté chaleureux du mot, il n'y en a pas.

Pensez-vous que le public a une bonne perception de vous?
Je me suis posé la question à la sortie d'"Ersatz". J'avais un seul disque à mon actif. En masse de travail, ça ne représente rien. Je me demandais si toute l'attention dont je bénéficiais était justifiée, si je n'étais pas une imposture et surtout si le public allait s'en rendre compte un jour. Je ne veux rien affirmer avec "Bichon", mais les gens doivent savoir que j'ai beaucoup bossé sur ce disque et que je ne me fous pas de leur gueule.

Julien Doré
"Bichon"
Sony Music

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