Julianne Moore: La bombe humaine

À la fois première de classe et femme fatale, Julianne Moore est une arme de séduction massive. Nous aussi, on craque!

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Paumée atteinte d’une maladie incurable dans Safe, parodie de femme fatale dans The Big Lebowski, lesbienne en quête de mâle dans The Kids Are All Right, épouse au bord de la crise de nerfs dans Magnolia, atout charme de Jurassic Park, égérie de nanar érotisant aux côtés de Madonna dans Body. Difficile de trouver le fil conducteur qui sous-tend la plantureuse carrière de Julianne Moore. Pourtant, à y regarder de plus près, il existe un point commun entre la plupart des films qu’elle a tournés. "Quand j’ai terminé The Kids Are All Right l'an dernier, j’ai compris que j’avais fait toujours le même film, explique-t-elle en mélangeant une bonne dose de modestie et un soupçon de mauvaise foi. Plus les relations humaines sont complexes, plus ça m'intéresse." Rencontre avec la plus belle rousse de tous les temps, après sa prestation de quadragénaire libérée dans Crazy, Stupid, Love et avant qu'elle ne devienne l'ignoble Sarah Palin pour les besoins d'un téléfilm américain.

Crazy, Stupid, Love est une comédie romantique bien balisée. C'était la meilleure façon d'aborder la crise de la quarantaine?
Julianne Moore – Sans doute, oui. Pour éviter la psychologie de comptoir. De toute façon, j’aurais été une mauvaise cliente pour faire un film sérieux sur le sujet. Car je ne l’ai pas traversée, ou alors elle est très tardive, puisque j’ai 50 ans (rire). Comme tout le monde, certains anniversaires me valent quelques coups de blues. Mais pas de quoi divorcer ou me jeter sous un train. Je n'ai plus l'âge.

Vous jouez dans ce film aux côtés de Ryan Gosling, la nouvelle coqueluche du cinéma américain. Après avoir bossé à ses côtés, vous comprenez cet engouement?
Comme Jim Carrey, il fait partie de ces rares acteurs capables de tout faire. Amoureux désespéré dans Blue Valentine et beau gosse tombeur et un peu couillon ici… Bref, on le voit beaucoup. Il est crédible et en plus il a une belle gueule.

Vous vous êtes récemment illustrée dans l’écriture de livres pour enfants. Juste un hobby ou une sérieuse piste pour l’avenir?
Pour le moment, juste un hobby. Le troisième volume vient de sortir et ce type de job me permet de retrouver une âme d’enfant (la série est intitulée Freckleface Strawberry et raconte l'histoire d'une petite fille rousse victime des préjugés des autres enfants face à sa couleur de cheveux – NDLR).

Et incarner Sarah Palin, ça vous donne l’âme de quoi?
De quelqu’un qui se met en danger. Ce téléfilm, qui retrace sa campagne de 2008, n’a pas encore été diffusé que l’on ne me parle déjà plus que de ça. Comme si le reste de ma carrière avait été effacé d’un seul coup. Certains de vos collègues, qui confondent visiblement les rôles que tiennent les acteurs avec leurs vraies personnalités, m’ont même accusée d’avoir viré à droite. Quelles foutaises! Je ne partage évidemment pas la majorité des opinions de Palin, notamment sur l’interdiction du mariage pour les homosexuels. Rien qu’en lançant de telles déclarations, elle viole la Déclaration des droits de l’homme. Les arguments qu’elle utilise sont à peu près les mêmes que ceux tenus par les partisans de la ségrégation envers les Noirs aux Etats-Unis au début des années 50.

Au niveau purement cinématographique, la préparation est la même pour camper Sarah Palin ou la femme ordinaire qui divorce dans une comédie volage comme Crazy, Stupid, Love?
La démarche est identique! Il s’agit toujours de dramatiser et de donner de l’emphase à un personnage donné. Tous les films exigent de la préparation, ne fût-ce que par respect pour le spectateur.

En tant que personnage public, vous devez-vous de défendre des convictions et des causes?
C’est peut-être notre rôle, à nous les personnages publics, mais nous ne l’assumons pas totalement. Nous reflétons certaines situations, dénonçons certains excès. Mais concrètement, à part donner de temps en temps de l’argent, nous ne faisons rien. Ou en tout cas pas grand-chose. J’ai donc un peu contribué à la campagne de Barack Obama. J’espère qu’il sera réélu, on ne peut pas tout faire en un mandat. Il faut lui laisser le temps. L’éducation sera notre priorité.

Vous avez dit "notre". Lapsus révélateur…
Lapsus assumé! Je me sens très proche de ses prises de position, ce n’est un secret pour personne. Une chose est sûre: avec l’âge, je suis devenue plus sûre de moi et de mes convictions.

C’est vrai que dans un système hollywoodien de plus en plus lisse, vous faites figure d’anticonsensuelle…
A 20 ans, je pensais que la bêtise humaine aurait une fin. Que l’on se rendrait compte à temps qu’on détruisait le climat et que le conservatisme ne mènerait nulle part. Je me disais que ça ne valait pas la peine de s’en faire. Maintenant, j’ai compris que rien n’avance si l'on ne se bat pas. C'est pour cela que de temps en temps, je retrousse aussi les manches.

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