Jo ne dort jamais!

Chaque lundi, retrouvez le "Que du beau monde" de Vincent Peiffer publié le mercredi précédent. Cette semaine, dans la cible de Vincent, Jo Cornu le nouveau boss de la SNCB.

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Je m’emmêle un peu. On avait dit max 290.000 euros pour les patrons des entreprises publiques. A deux mini-exceptions: Johnny Thijs (1,1 million chez bpost) et Didier Bellens (2,5 millions chez Belgacom).Mais pour les autres, promis juré: au nom de la décence, ce serait 290.000 et pas une rondelle de plus. Jo Cornu est d’accord. Il sera un nouveau CEO de la SNCB à seulement 290.000.

A une ch’tite condition de rien du tout, toutefois: s'il peut garder ses mandats d’administrateur chez KBC, chez Belgacom et chez Agfa-Gevaert. Le tout pour… 230.000 euros par an. Donc 290 + 230, ça me fait 520.000. Et pas 290.000. Mais le gouvernement a dit: O.K., on fait comme si on n’avait rien vu. Et c’est là que je m’emmêle la comprenure. Si on palpe 230.000 euros, je présume que ça doit être un boulot de fou furieux, multi-administrateur de grandes sociétés. Pour justifier ces mégatonnes de jetons de présence aux conseils d’administration de Belgacom + KBC + Agfa-Gevaert, j’imagine que Jo, il en bave des jours et des semaines et des mois pour super bien étudier et réétudier les dossiers avant de donner son accord d’administrateur. Et donc question: il va s’en occuper quand, de la SNCB? Et comment? Parce que Jo ne devient pas CEO de la boucherie-charcuterie "La Joyeuse Escalope". On parle quand même de dizaines de milliers d’employés, de millions d’usagers (mécontents), d’un RER qui a pris dix ans dans les lattes, du méga-plantage Fyra et j’en passe. Vu l’état de la SNCB, le nouveau patron du rail va devoir bosser au moins dans les 15 heures par jour. Donc je ne vois qu’une solution: Jo ne dort jamais. Le jour, il s’occupera de la SNCB, la nuit, de Belgacom + KBC + Agfa-Gevaert. Il y a des gens comme ça. A côté, on est bien peu de chose.

Où je m’emmêle aussi, c’est avec Stefaan De Clerck. Etant donné qu’il sera très bientôt le nouveau président du conseil d’administration de Belgacom, Stef ne peut plus être parlementaire CD&V. Comme il l’est depuis 1990, il a droit à une belle indemnité de départ de 270.000 euros, à laquelle il ne comptait absolument pas renoncer. Mais, finalement, comme ça jasait quand même fort, Stef a signalé qu’il offrirait son indemnité à des associations culturelles de sa région de Courtrai. Bien. On vérifiera. Mais là aussi j’ai une question: pourquoi Stefaan De Clerck président de Belgacom? Je demande ça parce qu’il a été deux fois ministre de la Justice (1995-1998 et 2008-2011). Et sa grande spécialité de ministre de la Justice, à Stef, c’était de ne surtout rien décider. Des fois que ça ferait des vagues. Surpopulation carcérale? Arriéré judiciaire abyssal? Informatisation de la justice? Délabrement des Palais? Réforme des pro deo? Non, rien. Ah si! En 1996, il a rédigé la loi d’abolition officielle de la peine de mort (qui n'était plus appliquée en Belgique depuis 1867). Pour le reste, la profession l’avait qualifié de "pire ministre de la Justice de l’histoire". Et comme chef de parti, c’était bien aussi: sous sa présidence (1999-2003), le CD&V a subi deux monstrueuses défaites électorales. Notez que Stef dispose certainement de la principale qualité requise pour être président de Belgacom: laisser Didier Bellens décider, dire oui à tout et annuellement empocher les quelques centaines de milliers d’euros prévus pour la fonction. Ou alors peut-être que, comme Jo, Stef ne dort jamais…

vincent.peiffer@moustique.be

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