J.J. Abrams: Rencontre du troisième type

Le père de Lost prouve qu’on peut rester un type bien tout en signant des cartons au box-office et à la télé.

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Tout le monde ne connaît pas son nom. Et pourtant, ce type est un phénomène. C'est bien simple, avec Spielberg et Christopher Nolan, J.J. Abrams fait même partie du club fermé des réalisateurs les plus influents du moment. Depuis le succès des séries télé Lost et Alias et de grosses machines de cinéma comme Mission: Impossible 3 et Star Trek, Jeffrey Jacob Abrams a en effet gagné le droit de pouvoir tout se permettre. Et il ne s'en prive pas.

Dernière illustration en date: Super 8, son troisième film en tant que réalisateur, à la fois typiquement hollywoodien avec ses effets numériques dernier cri et tout autant série Z un brin fauchée. "Le succès sert avant tout à se faire plaisir en bénéficiant d’une certaine liberté d’action et de parole", confie-t-il. Et comme pour nous en apporter la preuve, il embraie: "Tourner Super-8 dans ces décors typiquement eighties, en hommage à E.T. et Rencontres du troisième type, m’a permis de revisiter une partie de ma jeunesse. Une époque où l’on n’osait pas encore trop gaver le box-office de suites ineptes du style Transformers 3." Et toc! Un discours un brin critique que l'on n'entend que trop rarement à Hollywood.

Avec Mission: Impossible 3 et Star Trek, vous avez pourtant aussi réalisé des suites?
J.J. Abrams –
Relisez juste les critiques et les interviews de l’époque! J’y expliquais avoir basé ces films sur les séries télé originales, et pas sur les précédentes adaptations au cinéma. Mes films essayaient de rendre hommage à la matière originale des années 60.

Super-8, lui, se déroule dans les années 80 mais est destiné en priorité à un public d’ados qui n’a pas connu cette période. Ce n'est pas un peu casse-gueule comme idée?
Quel public se retrouvera dans ce film? Peut-être personne! Mais peut-être aussi des familles entières. L’industrie du cinéma a de toute façon tendance à trop segmenter les genres et les spectateurs. Je suis perçu comme un résistant et un incompris du côté d’Hollywood. Car je tourne juste les films que je voudrais voir en tant que spectateur.

C’est aussi pour boucher un "trou" que vous aviez réalisé la série télé Lost à l’époque?
L’idée de base me paraissait en tout cas assez novatrice pour mériter une tentative. Lost a finalement connu le succès que l’on sait, mais au départ, personne n’en voulait. Ce projet a mis du temps à trouver des producteurs qui y ont finalement cru.

Quel a été l’argument le plus convaincant pour dénicher des producteurs pour Lost?
Le même que celui utilisé pour tous mes autres films: la volonté d’aller droit au but quand on raconte une histoire. Et j’évite aussi toujours de trop faciliter la tâche du spectateur en lui servant du prémâché.

C’est aussi pour éviter cet aspect "prémâché" que vous êtes connu pour ne livrer que des bandes-annonces très énigmatiques de vos films avant leur sortie?
Oui. Pour Cloverfield, dont j’étais le producteur, j’avais réalisé une petite série de capsules Internet. Beaucoup de vos confrères m’ont dit qu’en faisant si court, j’étais tombé dans les travers du teasing, du buzz marketing et de toutes ces choses, alors que je voulais juste ne pas trop dévoiler le film avant sa sortie. En fait, je méprise cette manie des grands studios américains de pondre des bandes-annonces qui, en général, disent tout du film. En gros, quand vous avez vu le trailer de Transformers 3, vous avez vu le film, ou à peu près. Je partage d’autant moins cette manière de déflorer tous les sujets que j’ai toujours été quelqu’un de très secret, non seulement sur mes films mais aussi sur tout le reste…

Et donc, on ne doit pas compter sur cet entretien pour en apprendre beaucoup plus sur Alcatraz et Person of Interest, vos deux nouvelles séries en préparation?
(Il sourit.) La première se déroulera dans la célèbre prison du même nom. L’autre met en scène un ex-ponte de la CIA et un scientifique qui tentent d’arrêter des criminels avant qu’ils ne passent à l’acte. Une première diffusion américaine des deux projets est prévue en 2011. Avant l’Europe l’an prochain. Je travaille aussi sur une autre série dont le nom de code est Pulp. Et sur d’autres volets de Cloverfield, Mission: Impossible et Star Trek. Bref, je suis un boulimique.

Et ça cache quoi, cette boulimie?
Je ne sais pas, docteur. À l’école, j’étais nul en sport, dans les derniers de la classe, et complexé avec les filles… C’est le cinéma qui m’a permis de me distinguer. Et c’est peut-être sa fonction première chez moi, finalement…

Frédéric Vandecasserie

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