Jimmy Page « Led Zeppelin n’a jamais été un groupe comme les autres »

Quarante ans après leur parution, les albums du groupe sont réédités sous la supervision de son guitariste. Rencontre exclusive avec une légende du rock.

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Vingt millions. C’est, on s’en souvient, le nombre de demandes de tickets pour le concert londonien donné par Led Zeppelin en décembre 2007. Un concert resté sans suite, à la grande frustration de Jimmy Page, guitariste, leader, producteur et infatigable archiviste de l’héritage Led Zeppelin. Détenteur jaloux de kilomètres de bandes d'enregistrement inédites, le guitariste, âgé aujourd'hui de septante et un ans, s’est une fois de plus replongé dans ses trésors pour en exhumer la substantifique moelle. Une série d’inédits, de versions alternatives, de jams et plus rarement d’extraits de concerts constituent le menu des "companion discs" qui documentent désormais les six premiers albums du groupe réédités en vagues successives à la grande joie de plusieurs générations de fans.

En ce mois de février, quarante ans presque jour pour jour après sa sortie, c’est donc le double album "Physical Graffiti" qui reçoit quasiment les honneurs d’une nouvelle sortie. Un travail dont l’ambition semble être de permettre aux passionnés de musique d’assister aux répétitions du groupe, de mesurer le travail effectué entre les premières prises et le résultat final. En un mot, d’être le témoin d’un moment exceptionnel. "C’est exactement ça!", se réjouit Jimmy Page. L'homme qui nous accueille dans la suite d'un palace londonien est souriant et plus enthousiaste que jamais. Vingt-quatre heures avant cet entretien exclusif, il a tenu lui-même à nous dévoiler les trésors de cette réédition au légendaire studio Olympic, là même où Led Zeppelin avait mixé "Physical Graffiti" en 1974. "Toute cette série de ressorties est articulée autour de cette idée. L’ambition est de donner le plus d’informations possible sur ces enregistrements que nous aimons tous."

Comment vous y êtes-vous pris pour faire votre choix?

Jimmy Page – J’ai eu envie d’ajouter respectueusement ces versions alternatives à tous ces albums. Sur le deuxième album par exemple ("II" – NDLR), la version inédite de Whole Lotta Love était presque indispensable pour comprendre l’énergie déployée et aussi pour mieux appréhender ce côté vaudou qui s’y trouve en filigrane. Et pour comprendre pourquoi on a ajouté des overdubs par la suite. C’est la même chose ici avec une version initiale de Trampled Under Foot dont le titre de travail était Brandy & Coke, qui était notre boisson favorite à l’époque. L’idée est avant tout de mettre en avant l’énergie de ce groupe, d’entendre travailler ensemble ses quatre membres. On peut ressentir cette énergie dans In My Time Of Dying dont la version présente ici est vraiment la première prise, sans ajout. C’est du brut de décoffrage, de l’instant où le rouge s’est allumé et où on a dit "1, 2, 3, 4" jusque la dernière note. Hier, quand nous étions ensemble au studio Olympic pour écouter ces inédits, j’ai vraiment ressenti quelque chose de fort. En réécoutant la version inédite de Kashmir par exemple, j’ai ressenti totalement la profondeur du morceau. J’avais l’impression d’entendre une sorte de version 3D. Bien sûr, le morceau est en stéréo, mais c’est un peu comme si une caméra se baladait dans cet enregistrement…

Quel regard portez-vous sur "Physical Graffiti" aujourd’hui?

J.P. – Pour être honnête, je ne me souvenais pas vraiment de la date exacte de sortie de "Physical Graffiti", mais on me l’a fait remarquer et c’est une belle coïncidence. C’est vraiment bluffant de mon point de vue de constater qu’après quatre décennies, ce disque fait toujours parler de lui, fait toujours vibrer. Y compris avant l’annonce de cette ressortie. Ce disque fait toujours partie de la vie des gens et ça me touche. Et pour moi, ces documents, ces versions inédites sont comme des graines sur un terrain fertile. Je sais qu’elles vont pousser et que les gens vont adorer.

Kashmir est un des morceaux les plus mythiques de l’histoire du rock. Aviez-vous conscience de la stature de ce titre à l’époque?

J.P. – Je savais que le concept et la construction de Kashmir étaient très radicaux. Je savais que personne n’était arrivé à un tel résultat avant nous. En retournant au studio à Headley (c’est à Headley Grange, ancien hospice transformé en studio, que Led Zeppelin a notamment enregistré Stairway To Heaven, Black Doget une partie de "Physical Graffiti"), j’avais déjà le riff de guitare et je savais que je voulais travailler avec le batteur John Bonham dans la grande salle du studio pour avoir cette sonorité de batterie énorme. Je savais que ça allait avoir quelque chose d’héroïque, d’unique avec ce riff lancinant et les arrangements que j’avais prévus. J’ai eu la chance de travailler ça avec John Bonham et j’ai fait quelques essais d’arrangements en laissant de l’espace pour la voix et ces cascades de cordes. Je savais que ça allait devenir quelque chose de particulier avec cette boucle obsédante et ces cascades de cordes, je savais que personne n’avait jamais fait un morceau comme celui là.

Suite de la rencontre exclusive dans le Moustique du 18 février 2015.

LES CLASSIQUES: SPECIALE "PHYSICAL GRAFFITI" avec découverte des inédits de l'album et extraits de l'interview de Bernard Dobbeleer

CLASSIC 21 DIMANCHE 22 DE 9 A 12 H

Le coffre aux trésors

Les rééditions des albums de Led Zeppelin augmentés de versions inédites ont débuté l’an dernier. Sixième album du groupe, "Physical Graffiti" subit le même traitement de faveur et est disponible en plusieurs formats (3 CD et vinyle, Deluxe, Super Deluxe). De quoi combler le fan et sans aucun doute passionner une nouvelle génération qui aura littéralement le privilège d’assister aux répétitions d’un groupe au sommet de sa créativité. C’est tout le propos des morceaux inédits. Des versions de travail déjà bien avancées (Trampled Under Foot, sous son titre d’origine Brandy & Coke ou In My Time Of Dying en toute première prise) et quelques autres réjouissances dont le monumental Kashmir, présenté ici dans une version légèrement différente. L’expression la plus radicale de l’évolution est illustrée par Everyone Makes It Through, devenu In The Light sur l’album définitif. De quoi feuilleter le carnet de route d’un album mythique.

 

ROCK

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Led Zeppelin

Physical Graffiti Ed. Deluxe

Warner

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