Jean-Michel Zecca: « Je ne suis pas dupe… »

Le public l’adore et il adore que le public l’adore. Entre mille réputations et trois émissions à animer - Ma semaine avec, 71 et 60 secondes chrono -, comment fait-on pour être Jean-Michel Zecca?

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On l’aime ou on ne l’aime pas, mais on ne peut pas ne pas reconnaître son état d’animal. Jean-Michel Zecca est une bête et, à le regarder, on aurait presque envie de dire qu’animateur est le plus beau métier d’avenir. Une aisance de vendeur d’encyclopédies qui pourtant ne suffit pas à faire la différence, et ce regard de connivence qui met dans sa poche le public – comme ça, en passant, sans avoir l’air d’y toucher, façon kleptomane haute définition. Comme les grands animateurs historiques qui ont fait la loi du divertissement dans nos living-rooms et dont il est le petit-fils cathodique, il parle de « discipline », de « respect du public », « des choses qui peuvent paraître bateau » mais qui constituent les clauses de base d’un étrange contrat passé entre ceux qui font la télévision et ceux qui la regardent. La télévision ou la radio, Zecca excellant dans l’une comme dans l’autre. À quelques jours de son 43e anniversaire et après un moment de remise en question – sur Bel RTL, il a troqué Beau fixe contre Ma semaine avec, sur RTL-TVI, il poursuit 71 et lance 60 secondes chrono, blockbuster international où les candidats doivent faire des miracles avec trois bouts de ficelle et sans casser les œufs -, il a accepté une petite interview scanner.

Là où vous vous trouvez aujourd’hui, avez-vous la sensation d’avoir atteint le rêve du petit garçon qui animait des émissions tout seul dans sa chambre?
Jean-Michel Zecca – Oui. Même si je n’aurais jamais cru, au moment où j’en rêvais, que j’en ferais mon métier et que ça me permettrait de gagner ma vie. Ceci dit, ça doit continuer à être un rêve. J’aime bien l’idée de continuer à évoluer, que le rêve soit absolu.

À partir de quand avez-vous pris conscience que vous aimez être en public?
Sur la notion de public et celle du plaisir qu’il peut procurer, j’ai un souvenir très précis: c’est le jour où ma mère m’a emmené voir mon premier spectacle. Je devais avoir 7 ou 8 ans et c’était Thierry Le Luron au Palais des Beaux-Arts de Charleroi. C’est un flash, une sorte de scène initiatique. Une grande salle, complète, et quand j’ai entendu tous ces gens applaudir, curieusement, j’ai eu l’impression de percevoir le plaisir que le type en retirait. Je me suis dit: “Tiens, voilà un métier sympa”.

Quelle est la chose la plus difficile dans votre métier qui ait l’air si facile?
Les enregistrements à la chaîne. Ça vous oblige, à la quatorzième émission mise en boîte dans la semaine, à vous dire qu’il y a peut-être des gens qui vous regarderont pour la première fois. Le plus difficile, c’est garder constamment cette fraîcheur obligatoire. C’est le lot de tous les animateurs qui travaillent, comme moi, dans un système industriel.

Et c’est pour cette raison que vous en êtes arrivé au pied du mur, fatigué, avec la sensation d’avoir fait le tour de votre métier?
Pas de mon métier, mais d’un format. Sur l’émission Beau fixe, oui, j’avais le sentiment d’avoir fait le tour. Quant à la fatigue… Je suis comme tout le monde, il y a des moments où je suis plus en forme que d’autres. Disons que l’hiver me réussit assez peu. À partir de janvier, février, mars, bof… L’année des neuf mois, ça m’irait bien comme ça…

Avez-vous peur de vous parodier?
Oui, parce que c’est toujours risqué, quand vous présentez des émissions comme celles que je présente: toujours les mêmes, avec la même mécanique, aux mêmes horaires. C’est mon angoisse, devenir ma caricature, le mec avec le petit col en V qui fait des blagues à 18h30 à des candidats qui ne comprennent pas toujours ce qui se passe. Un peu le Grand-Guignol, mais j’en suis conscient. On peut parfois être prisonnier d’une émission qui marche, mais ça vous oblige à réfléchir à ce que vous pouvez proposer de différent.

Quand vous vous regardez, vous vous énervez?
Toujours. Si vous êtes équilibré, vous devez vous énerver quand vous vous regardez. Et puis, sur le plan physique, je n’ai jamais aimé me voir, je n’aime pas me voir et je n’aimerai jamais me voir…

Mais non!
Je vous promets. Ce n’est pas de la fausse modestie, je ne me supporte pas. Je déteste mon profil, j’ai l’impression d’avoir un gros nez – que j’ai vraiment d’ailleurs! -, d’avoir un double menton – ce qui est vrai. Et comme la télévision est une loupe…

Quand on vous observe dans 71, on se dit que vous avez un contact tellement naturel avec vos candidats… Vous êtes si sympathique… On se dit aussi que vous n’êtes pas comme ça dans la vie et que vous devez vous forcer à la télé.
Le contact avec les gens, c’est assez naturel. Après, il faut faire la différence entre le contact et l’empathie obligatoire. Parmi tous les animateurs du paysage belge, je sais que je ne dégage pas l’image du type le plus sympa. J’entends souvent dire que je peux avoir l’air hautain et prétentieux. Mais je ne vais pas vous faire le coup du “oui, mais c’est un refuge”. Non, je peux vous dire que, en effet, je donne l’impression de le prendre de haut. Mais je ne sais pas pourquoi. C’est comme ça.

Il semble tout de même que vous maîtrisez cette distance avec les gens, qu’elle est voulue…
C’est peut-être ma manière de montrer aux gens que je ne suis pas dupe de ce que je fais. Je sais que je ne présente pas des programmes qui vont faire évoluer le cours de l’humanité. Et quand je donne l’impression d’être hautain et prétentieux, inconsciemment, je veux sans doute montrer que je sais dans quelle pièce je joue…

Vous a-t-on demandé de corriger ce défaut?
Non. Les animateurs de télé sont assez peu coachés, les chaînes partent du principe que, si elles vous ont choisi, c’est que vous faites l’affaire.

C[…]


 

Ma semaine avec Du lundi au vendredi Bel RTL 12h10
71 Du lundi au vendredi RTL-TVI 18h30
60 secondes chrono Chaque lundi RTL-TVI 20h20

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