Jean-Marc Nollet – Kristof Calvo: « Ce gouvernement, c’est un danger pour la santé »

Ni rouges ni bleus: partout dans l'opposition, Ecolo et Groen sont restés très discrets depuis le début de la législature Michel. Mais cette fois, les têtes de file au Parlement se lâchent. Vertement. 

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L’un est originaire de Mouscron près de la frontière française, l’autre est né à Rumst près d’Anvers. Tous deux ont étudié les sciences politiques à l’université. Entre Jean-Marc Nollet et Kristof Calvo, il y a presque une génération d’écart. L'un était secrétaire politique d’Ecolo lorsque le jeune "Groen" entrait en deuxième primaire. A 44 et 27 ans, ils se partagent actuellement la présidence du groupe Groen-Ecolo à la Chambre. Un binôme francophone/flamand fidèle à l’esprit de ces deux partis qui prêchent la chance, la richesse et le bonheur d’avoir à travailler avec un représentant de "l’autre" communauté. Au point, d'ailleurs, de peut-être fusionner… Ni rouges, ni bleus, absents à la fois des gouvernements fédéral et régionaux, les deux hommes avaient fatalement pas mal de choses à dire sur ce pays désormais si clivé politiquement, socialement, linguistiquement, où la tension paraît chaque jour plus palpable dans la rue comme dans les hémicycles…

Quelle est l’ambiance en ce moment au Parlement?

Jean-Marc Nollet – Bizarre. C’est une atmosphère étrange, flottante, parce qu’on a un gouvernement qui se cherche encore, qui n’est pas à son aise – on l’a perçu dans les auditions de ses membres. Pour certains d’entre eux, on a vu qu’ils n’avaient pas grand-chose dans le ventre. Ça tâtonne. A l’inverse, on a un Parti socialiste qui ne comprend pas qu’il est dans l’opposition. Et que l’opposition ne consiste pas à hurler sur tout. Et à l’extérieur du Parlement, dans la rue, on a énormément de gens qui manifestent leur mécontentement de ne pas être écoutés par un gouvernement qu’ils considèrent comme autiste. Je ne parle pas que des syndicats, mais des mouvements citoyens comme Hart Boven Hard en Flandre et maintenant en Belgique francophone avec Tout Autre Chose. Ce qu’ils disent rejoint ce que nous affirmons: que le malaise est beaucoup plus profond qu’une question de pension ou une diminution de tel ou tel budget. C’est plus une question de projet de société. Ou plutôt de son absence…

Kristof Calvo – C’est sûr que c’est une tout autre ambiance que la législature précédente. Bien sûr, avec Di Rupo, ce n’était pas la vie en rose… Mais, ici, on perçoit chez les membres de la nouvelle majorité de l’arrogance, comme une fierté mal placée…

J.-M.N. – Et un peu de vengeance, de revanche, aussi par rapport à l’ancienne domination du PS.

K.C. – Il faut reconnaître que l’attitude actuelle de ses députés ne facilite pas l’éclosion de débats intéressants. Faire du bruit, invectiver, comme les parlementaires PS le font, c’est dommage et contreproductif. En fait, ça rend service au gouvernement qui aurait bien plus de difficultés s’il devait répondre à des questions calmement posées.

Qu’est-ce que vous pensez du réveil syndical depuis octobre dernier?

K.C. – Si les syndicats ne se font pas entendre maintenant, quand doivent-ils le faire alors? C’est tout à fait normal. Mais il n’y a pas que des militants qui descendent dans la rue. Moi je l’ai constaté lors de la grande manifestation du 6 novembre, il y avait beaucoup de citoyens "normaux"…

Ne faut-il pas laisser la chance au gouvernement de montrer ce qu’il veut faire?

K.C. – L’accord gouvernemental est clair: saut d’index, blocage des salaires, pas de changement fiscal qui ferait plus peser l’effort sur le capital et moins sur le travail… On n’a pas besoin d’attendre un an pour "voir le résultat" de la politique gouvernementale…

J.-M.N. – Ce qui est fou, c’est que le gouvernement a pris des options purement idéologiques. Le saut d’index par exemple est économiquement peu efficace, même les patrons le disent. Mais, "idéologiquement", il fallait le faire pour "marquer le coup" par rapport à l’ère socialiste. Une mesure peu efficace pour "marquer le coup", c’est ce qu’on appelle une provocation. Pas étonnant, donc, que les syndicats réagissent.

K.C. – Comme s'ils avaient besoin de symboles. Et ce n’est pas que sur le plan socioéconomiques: ils maintiennent le soutien aux voitures de société, ils font une économie de 2 milliards sur la SNCB. C’est une position dogmatique…

J.-M.N. – La Belgique est le pays d’Europe qui subventionne le plus les embouteillages: 8 milliards d’euros par an alors qu’on pourrait allouer ces milliards à l’allégement des coûts et des impôts sur le travail. Et c’est un chiffre de la Fédération des entreprises, hein, ce n’est pas nous qui l’avons sorti d’un chapeau.

Est-ce que l’opposition sociale est la même en Flandre et en Wallonie, sent-on en Flandre qu’après tout, le 1er parti flamand est au gouvernement fédéral?

K.C. – On constate déjà dans les sondages que les trois partis flamands du gouvernement perdent des points. Il n’y a pas, comme le dit Bart De Wever, "deux démocraties" en Belgique. Il y a beaucoup plus de convergences que certains veulent bien le dire. Par exemple Hart Boven Hart, le mouvement citoyen, est apparu en Flandre avant Tout Autre Chose, son pendant francophone. En novembre, à Bruxelles, ce n’était pas une manifestation francophone, c’était une manif belge. Il n’y a pas une gentille Flandre travailleuse et une méchante Wallonie au chômage ou qui se met en grève.

La suite de la rencontre dans le Moustique du 19 décembre 2014

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