Jean-Louis Murat – Babel

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Le prolifique Auvergnat revient avec vingt histoires qui sentent bon le terroir.

Cheveux gris, yeux bleus, visage buriné et voix infatigable, Jean-Louis Murat a la vitalité d’un jeune premier et la fougue d’un révolutionnaire. Un an seulement après la sortie d’un excellent "Toboggan" conçu en solo derrière les murs de sa ferme, l’Auvergnat ouvre ses fenêtres et s’entoure des petits gars du Delano Orchestra, un groupe de Clermont-Ferrand porté par des guitares puissantes, un violoncelle et une trompette. "Les garçons ne connaissaient rien de ce que je faisais, raconte-t-il en se tortillant dans un divan. Ça tombait bien parce que je ne voulais pas bosser avec des groupies. Au début, je me disais que la sauce allait peut-être prendre sur trois ou quatre chansons. Finalement, on a plié vingt morceaux en dix jours."

Là-dessus, Murat voit double. "A la fin de l’enregistrement, j’ai réalisé que, par miracle, on avait réussi tous nos essais, ça ne tiendrait jamais sur un disque. Un double album s’imposait." Pour concevoir "Babel", Murat a quitté sa maison, mais il n’est pas parti bien loin. "J’ai fait le tour de la vallée. Les lieux-dits qui se retrouvent dans les chansons existent tous dans un rayon de 30 km autour de chez moi. En Auvergne, il y a un village que j’aime beaucoup. Il s’appelle Saint-Babel. J’imagine que le titre de l’album vient de là. Mais je n’en suis même pas certain…"

Déroutant et spontané, le Français s’est taillé une réputation d’artiste increvable. Là où tant d’autres se contentent de capitaliser sur quelques refrains éprouvés et passablement périmés, Murat trace sa route et ne se retourne jamais. "Je ne tire aucune gloire du passé. Ce qui m’intéresse, c’est demain. Ce qui compte dans ce métier, c’est le désir. Moi, je l’ai toujours." A côté du superbe single J’ai fréquenté la beauté, Murat s’envole par-dessus des cuivres (Blues du cygne) et épanche sa mélancolie au bras de Morgane Imbeaud, la chanteuse de Cocoon venue ici donner du chœur sur le Col de Diane et la Noyade au Chambon. Assez renversants, les deux versants de "Babel" tiennent d’abord aux bons mots du chanteur. "Chaque jour, j’écris sur deux supports: un cahier Clairefontaine dans lequel je griffonne des impressions et un petit carnet où l’écriture est plus concentrée. Je ne veux pas être arrogant, mais écrire une chanson, ça vient facilement parce que je suis surentraîné. Je ne suis pas plus doué qu’un autre." Un peu quand même.

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