Jean-Louis Lahaye: « Etre animateur, c’est le comble de la prétention »

Le monsieur Divertissement de la RTBF se verrait bien changer d'horizon. Pour présenter Secrets d'histoire, par exemple.

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Débarqué dans les grilles de la RTBF en 1998 pour effectuer un remplacement au pied levé, Jean-Louis Lahaye règne aujourd'hui sur le royaume des bêtisiers. Un rôle que cet autodidacte a acquis à la force du poignet, grâce à quelques bonnes gaffes sans prompteur et à de l'impro pure. Dans le divertissement, c'est simple, il a tout fait: Les allumés.be, Cap 48, Ma télé bien-aimée, Méfiez-vous des idées reçues, 'Y a pas pire conducteur… Celui qui anime Drôle de bêtisier cet été avec Tatiana Silva se targue d'avoir l'expérience d'un pilote de chasse. Avec un brin d'impertinence toute caractéristique.

D'où vous vient cette envie de faire de la télé?

Jean-Louis Lahaye – Je me suis vite rendu compte que faire marrer les gens facilitait la vie. C'est un gros avantage sur les autres, c'est affreux à dire, mais c'est comme ça. Un jour à l'école, une prof m'a dit: "Toi tu viens en classe pour déconner, mais au moins tu viens pour quelque chose". Ça a été un déclic. N'étant pas vraiment friand du système scolaire, j'ai plutôt prôné une formation autodidacte de la déconne. J'ai fait en sorte que l'école s'adapte à moi, plutôt que le contraire. Je me suis toujours entraîné, histoire de savoir quoi dire au bon moment, dans n'importe quelle circonstance. Ça paie à l'écran.

Ça fait un bail que vous êtes à la RTBF! Vous présentez des émissions de divertissement depuis la fin des années 90. Sans lassitude aucune?

J.-L.L. – Dans mon boulot, c'est impossible! Il n'y a pas deux jours identiques. C'est probablement l'un des métiers les plus enrichissants qui soient parce qu'il nous permet d'apprendre plein de choses en permanence. De plus, la télé offre une jolie vitrine de soi.

 

Vous considérez-vous comme prétentieux?

J.-L.L. – Oui, évidemment. Etre animateur, c'est le comble de la prétention. Mais ça, c'est un raisonnement périphérique et personnel. Les présentateurs télé sont des gens génétiquement différents. Nous sommes juste des prétentieux rassasiés… pour ceux qui gardent les pieds sur terre. Il faut être très fier de soi pour vouloir montrer sa tête à tout le monde. Et pourtant il m'est insupportable de me voir à l'écran, mais malheureusement il faut passer par là.

Existe-t-il deux Jean-Louis Lahaye?

J.-L.L. – Ça, c'est certain. Il y a le privé, qui aime bien déconner mais sans exagérer, beaucoup plus calme et détendu. Et puis il y a le public. Franchement, si j'étais à la maison comme à l'écran, ma famille m'aurait déjà mis à la porte. Je suis épuisant en télé, mais c'est le job qui veut ça. Quand un invité n'est pas assez efficace, je dois prendre la relève et occuper l'espace. Il faut une certaine dualité, même dans la profession.

Quelle étiquette peut-on vous coller?

J.-L.L. – J'ai un humour impertinent. Flirter avec les limites, c'est ce qui m'amuse. Et ça en agace certains, mais c'est très bien. Il ne faut surtout pas laisser indifférent: si on est aimé par certaines personnes, on est forcément détesté par d'autres. Il y a aussi plein de clichés qui me concernent. Mais quand on fait ce métier, tous les gens qui en font un peu moins que vous s'en donnent à cœur joie dans la critique. Je n'ai aucun souci avec ça. Il y a des critiques extrêmement positives et d'autres qui ne sont faites que pour nous casser. Mais ça me glisse dessus. Et puis si je devais écouter tout le monde, je deviendrais lisse et ennuyeux. Je suis le seul juge de ce que j'ai envie d'être et de faire. Et j'ai de la chance: ça marche plutôt bien pour moi.

Avec quelques phases plus creuses. Vous remettez-vous parfois en question?

J.-L.L. – Evidemment. Mais il est parfois compliqué de comprendre certains choix, de la direction, par exemple. Soit on regarde les choses se passer et on se lamente, soit on se bat pour faire mieux que les autres. C'est ce que j'ai fait. D'ailleurs, c'est dommage qu'on ne fasse pas appel à l'expérience de certains animateurs pour en former d'autres. On les envoie au casse-pipe et ils se ramassent des audiences grotesques alors qu'on a des pilotes de chasse à la maison. Je suis pourtant persuadé que tout le monde serait disponible pour préparer ces gens, avec des présentations en duo par exemple. On sait bien qu’on n’est pas éternel et c'est assez chouette de savoir que des gens vont reprendre le flambeau derrière, à partir du moment où c'est une collaboration.

Vous avez des regrets? Ça vous aurait plu de présenter The Voice?

J.-L.L. – Ça m'aurait énormément amusé, et d'autant plus en duo avec Maureen que j'adore et avec qui j'ai l'habitude de travailler. Surtout que, d'après notre direction, nous sommes un couple professionnel qui fonctionne super bien, même en radio. Mais bon, voilà, on ne peut pas tout faire.

En parlant de duo, comment se passe le vôtre avec Tatiana Silva sur Drôle de bêtisier?

J.-L.L. – J'ai un problème avec Tatiana: je n'arrive pas à lui en vouloir. Evidemment, elle a des arguments pour se faire pardonner. De temps en temps, elle part complètement en vrille, elle le reconnaît elle-même. Elle est jeune, c'est normal. Mais elle est parfois complètement déconcentrée et elle raconte n'importe quoi. Alors, forcément, ça a le don de m'énerver. Ça amène une certaine tension sur le plateau et puis elle redevient "bien". Je dois quand même souvent la recadrer. Je n'ai pas trop de problèmes à faire des émissions sans prompteur, mais j'ai la chance d'avoir l'expérience que j'ai et elle doit encore en acquérir. Donc je l'excuse totalement!

Vous ne faites quasiment que des duos avec des femmes. Vous sentez-vous plus à l'aise dans cette configuration?

J.-L.L. – Oh oui, avec un homme je suis en compétition. Le seul mec avec qui j'ai bossé c'était Patrick Chaboud qui faisait Malvira (rire). Travailler avec une femme permet de créer plus d'intimité. Par exemple, avec Maureen, ça fait dix ans qu'on fait semblant de se prendre des râteaux l'un l'autre. Ce ne serait pas possible avec un homme.

Un animateur comme Cyril Hanouna, ça vous inspire quoi?

J.-L.L. – Il est sûrement très sympathique, mais ce qu'il fait ne me touche pas. Ça ne m'intéresse pas. Je ne regarde déjà pas beaucoup la télé et quand je la regarde, j'ai envie d'apprendre des choses avec des docus ou des reportages. Des trucs qui n'amusent que moi. La télévision bien gérée, c'est une source d'apprentissage et ça marche vraiment. Je crois à ce côté "télé culturelle pour tous". Ce n'est pas forcément chiant.

Si vous pouviez choisir, quelle émission rêveriez-vous de présenter?

J.-L.L. – Ce serait prétentieux de dire que je l'ai déjà présentée? (Rire.) Si j'avais le choix, j'animerais Secrets d'histoire ou Complément d'enquête. J'aime les émissions instructives. Je m'y retrouve complètement.

Pourtant vous ne présentez que des divertissements…

J.-L.L. – C'est bien aussi, ça permet de se vider la tête et il m'arrive parfois d'en regarder. Mais j'ai un nouveau projet d'émission que l'on dévoilera à la rentrée… Je ne peux pas en dire plus mais j'en suis très fier et ça va en surprendre plus d'un. Pour moi, la télévision doit servir à ouvrir des portes.

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