Jean-Claude Defossé: « La fraude n’a pas de religion »

L'investigateur de RTL-TVI lève un nouveau lièvre: la fraude, spécialité belge. Des gagne-petit aux multinationales. Déclarations salées.

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Après avoir atomisé en janvier le mythe d'une intégration réussie des immigrés, Jean-Claude Defossé a pisté la fraude fiscale et sociale des Belges, dans une émission diffusée ce mardi 12 mai. D'après lui, un sport national, d'Ostende à Verviers. Et à l'international. Tout y passe. Des rulings fiscaux ultra-complaisants aux sociétés bidon, du travail au noir dans la construction et dans les cuisines de l'horeca aux fraudes sociales par fausses domiciliations en passant par l'Europe complice de tous les dumpings sociaux… Autant de clous dans le cercueil de notre marché de l'emploi et de nos finances publiques. Avec la complicité des "Belges, tous fraudeurs". Defossé décrit son nouveau "redressement".

Tout d'abord, êtes-vous remis de la polémique autour de votre première enquête sur "l'échec de l'intégration"?

Jean-Claude Defossé – Quelle polémique?! Cinq réactions de gens hostiles ont un peu tourné en boucle dans la presse. C'est tout. Et les politiques ne l'ont pas ramenée. Je suis serein.

De quoi vous motiver à y aller encore plus fort avec ce nouveau sujet intitulé Les Belges sont tous des fraudeurs!?

J.-C. D. – Non. Je n'essaie pas de faire fort. C'est simplement un dossier dérangeant avec beaucoup d'aspérités. Aussi sensible, si pas plus, que le premier. La fraude sociale et la fraude fiscale forment un cancer qui ronge les finances publiques, un hold-up permanent qui coûte chaque année 30 milliards d'euros à notre trésor public. Enorme.

D'où sort ce chiffre et qu'est-ce qu'il recouvre?

J.-C. D. – Ce chiffre est revenu plusieurs fois au cours de mon enquête. C'est pas moi qui suis allé compter (rire)… Il englobe la fraude fiscale, grande et petite, et la fraude sociale. Soit le manque à gagner créé par tous ceux qui trichent. Des chômeurs soi-disant "isolés" qui perçoivent indûment des plus grosses allocations jusqu'aux gens les plus riches de Belgique comme les de Spoelberch (propriétaires d'AB-Inbev) mouillés à la fois dans le SwissLeaks et le LuxLeaks.

C'est quand même abusif de dire que les Belges sont les rois de la fraude…

J.-C. D. – Vous savez, quand je demande à un Belge s'il  dénoncerait un grand fraudeur fiscal, il répond "non". Par contre, il se dit prêt à poursuivre un type qui vole un portefeuille… En Belgique, il y a une espèce d'indulgence, de complaisance vis-à-vis des fraudeurs. Alors qu'il s'agit aussi de vol, celui de milliards et de milliards piqués à la collectivité et donc à chaque Belge. Et notre administration manque cruellement de moyens pour combattre la fraude.   

Où commence la fraude?

J.-C. D. – Ça démarre avec le voisin qui donne un coup de main pour déménager et qu'on invite ensuite au resto jusqu'à la toute grande fraude d'Albert Frère qui a son jet privé gratos grâce à de "l'optimisation fiscale". Il y a aussi ce scandale de la technique du fameux "ruling fiscal". Ce système de complaisance des Etats, le Luxembourg en particulier, mais aussi la Belgique, qui donnent par accord préalable des conditions fiscales ultra-favorables à des multinationales. La première question est: "Si je viens chez vous, vous me faites payer combien?" Alors que nos petites PME paient jusqu'à 34 % d'impôts.    

C'est quoi, la grosse révélation de votre enquête?

J.-C. D. – Il y en a plusieurs. La première, même pour moi, c'est que pour abuser le fisc, quiconque peut très facilement créer à l'étranger une société fictive en un simple coup de fil à une société spécialisée comme Regus ou Servcorp, sans devoir se déplacer. Vous recevrez une adresse, un téléphone aux Pays-Bas, au Luxembourg ou ailleurs, mais ce ne sera qu'une boîte aux lettres dont le courrier vous sera envoyé en Belgique et les appels téléphoniques déviés. La seule condition est de tenir au moins une fois par an une réunion du CA sur place.

Une autre révélation?

J.-C. D. – Il y a un volet accablant sur les transporteurs routiers. Des centaines de sociétés de camionneurs belges se sont cassées à l'étranger. Elles ont fictivement délocalisé leur siège social en Roumanie ou en Slovaquie mais fonctionnent avec des camions immatriculés là-bas, des chauffeurs payés aux conditions de là-bas qui paient leurs impôts et cotisations sociales là-bas… Une perte sèche pour le trésor belge. Tout comme le dossier des "travailleurs détachés".

DOSSIERS TABOUS: LES BELGES SONT TOUS DES FRAUDEURS

Mardi 12 RTL-TVI 19h45

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