Jane Eyre

L'adaptation impressionniste d'un chef-d'œuvre de la littérature anglaise, avec Michael Fassbender (encore lui) en Rochester.

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Jane Eyre est l'une des héroïnes de roman qui a le plus souvent fait les yeux doux au cinéma. Adapté une vingtaine de fois au petit et au grand écran, ce roman écrit en 1847 par l'aînée des sœurs Brontë – Charlotte, Emily, l'auteur des Hauts de Hurlevent et Anne -, ce chef-d'œuvre de la littérature britannique fait toujours l'effet d'une bombe dans les cœurs. Paru à la première personne dans la rigueur de l'Angleterre victorienne, à une époque où s'assumer femme et écrivain était scandaleux, le livre raconte le parcours semé d'embûches d'une jeune orpheline étrange et passionnée. Du pensionnat mortifère de Lowood au domaine de Thornfield, où elle tombe amoureuse du terrible Mister Rochester.

Pour l'occasion, Michael Fassbender quitte le costume d'addict sexuel (à voir dans Shame cette semaine) et endosse celui du sombre gentleman anglais. Il n'en fallait pas plus à nos yeux pour justifier une nouvelle adaptation de cet ouvrage mythique. Aux commandes, Cary Fukunaga dépoussière le mythe avec une magnifique idée de scénario. En effet, cette jeune pousse du cinéma américain indépendant (on lui doit Sin Nombre) refuse le classique portrait de jeune fille et nous fait apparaître sa Jane Eyre à coups de flash-back émotionnels. Il en ressort un portrait impressionniste tant elle avance par petites touches, recomposant les moments les plus forts de cette dramaturgie violemment romantique. "J'ai grandi avec le Jane Eyre de Bob Robinson (1941), avec Orson Welles et Joan Fontaine, dont j'étais très amoureux gamin!", confie le réalisateur rencontré au prestigieux festival de Karlovy Vary en République tchèque. "J'adore ces adaptations classiques mais j'ai tout de même voulu m'en écarter. Une seule chose par contre me sautait aux yeux: Il n'y a pas de bonne adaptation de Jane Eyre sans un bon casting."

Cependant, si la séduction torturée et sauvage de Michael Fassbender éclaire le film, elle neutralise presque celle de Mia Wasikowska (Alice au pays des merveilles), dont le jeu a du mal à se libérer. Il lui manque une palpitation sous la chair, un frémissement de l'être que Charlotte Gainsbourg incarnait mieux dans le film de Zeffirelli. On retiendra aussi de cette version très réussie la photographie somptueuse qui restitue à merveille la beauté tourmentée de la lande anglaise. À voir.

Jane Eyre
Réalisé par Cary Fukunaga (2011). Avec Mia Wasikowska, Michael Fassbender, Judi Dench, Jamie Bell – 118'.

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