Jamie Foxx est Django

Discret mais hyperactif, Jamie Foxx n'a pas encore le poids d'un Will Smith dans les courbes de la bourse hollywoodienne. Mais ça ne saurait tarder.

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Si on l’a aperçu dans Ali, Collateral ou Dreamgirls, c’est en interprétant le rôle de Ray Charles dans la biographie Ray qu’il a explosé aux yeux du public, raflant par la même occasion l’oscar du meilleur acteur. Animateur radio, comédien de stand-up, Jamie Foxx est aussi un musicien renommé aux États-Unis.

Il a sorti quatre albums (avec des collaborations de stars comme P.Diddy, Justin Timberlake ou Kanye West) et a reçu un prestigieux Grammy Award pour son morceau Blame It. Il a ainsi rejoint Bing Crosby, Frank Sinatra et Barbra Streisand dans la très courte liste des artistes ayant à la fois remporté un oscar et un grammy. Rien que ça.

Lors de notre rencontre au Four Seasons de Los Angeles, Jamie Foxx est arrivé avec sa fillette. "Ça ne vous dérange pas qu’elle soit là pendant que nous parlons?"" Mais pas du tout. C’est même par là que nous avons commencé la discussion.

Django Unchained est un film sur l’esclavage. Vis-à-vis de votre fille, est-ce important pour vous de faire ce genre de film?
Jamie Foxx – Oui. Je l’ai emmenée à la plantation dans laquelle nous avons tourné près de La Nouvelle- Orléans. Et je lui ai parlé de son histoire, je lui ai raconté d’où on venait. C’est important, parce que l’on parle très peu de ça aux États-Unis. C’est un pan de notre jeune histoire qui nous fait encore peur.

Qu’est-ce que vous lui avez dit?
Je lui ai expliqué que tout avait mal commencé pour nous. Mais qu’aujourd’hui, nous avions un président noir. C’est une jolie façon de regarder l’histoire, le destin et l’avenir des Afro-Américains. Regardez-moi aujourd’hui: je suis gâté des dieux. Et pourtant je descends d’un homme que l’on a mis un jour dans un bateau contre son gré. C’était ça l’esclavage. On mettait deux cents hommes dans un bateau avec un minimum de nourriture et d’eau. Et lorsqu’ils débarquaient à Boston ou Philadelphie, il en restait douze vivants. Nous sommes restés de longues années dans le brouillard et le chaos de l’esclavage. Malgré tout, nous sommes parvenus à garder la tête haute et devenir de vrais gentlemen.

En tant que star hollywoodienne, vous êtes proche d’Obama?
Je le soutiens totalement. D’ailleurs, ma fille a eu récemment l’occasion de le rencontrer. Alors que nous l’attendions, elle m’a dit: "Je crois qu’un jour, je pourrais moi aussi être le président des États-Unis". J’ai expliqué ça au président quand il est arrivé près de nous. Il l’a regardée et lui a dit: "Eh bien maintenant, tu sais que ça peut arriver…".

Vous êtes un exemple pour votre fille mais aussi pour les millions de jeunes qui vous aiment. Comment prenez-vous ce rôle?
Plus je vieillis et plus c’est important. Quand j’étais jeune et que ça a commencé à marcher pour moi, je l’avoue, je ne pensais qu’à mes propres intérêts. Mais en vieillissant, tout cela change. Je parlais récemment à Puff Daddy qui est un grand ami. On se disait que nos leaders noirs étaient vieillissants, qu’ils allaient bientôt disparaître. Et que ce serait bientôt à nous de reprendre le flambeau. Il va falloir ranger les bouteilles de champagne, couper la musique et commencer à parler de nous, des combats qu’il reste à mener, de notre histoire…

Tarantino ne tarit pas d’éloges sur vous. Comment avez-vous obtenu ce rôle?
Tout le monde savait à Hollywood qu’il allait faire un western dont le héros serait un Noir. Et tous les blacks de Los Angeles ont demandé à lire le scénario. Je l’ai lu. Quand j’ai rencontré Quentin, je ne lui ai pas parlé de son script. Je lui ai raconté d’où je venais (il est originaire de Terrell au Texas) et lui ai dit qu’en tant que sudiste, je savais ce qu’étaient la ségrégation et l’esclavage. Je lui ai aussi dit qu’à la sortie du film, des questions allaient être posées, et que j’étais équipé pour y répondre.

Vous êtes un meilleur acteur maintenant?
Oui, j’en suis persuadé. Quentin m’a dit: "Quoi que tu fasses, tu seras décevant dans ton prochain film. Prépare-toi à ça". Et je crois qu’il a raison. Je ne vais pouvoir que décevoir après un tel rôle. Mais quel cadeau tout de même…

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