Jack White – L’homme qui ne dormait jamais

L'infatigable artisan du rock vintage revient avec un album solo passionnant.

1114790

"J'ai trois femmes: une rousse, une blonde, une brunette", chante Jack White sur la chanson Three Women qui introduit son nouvel album solo "Lazaretto". Un petit veinard, direz-vous, sauf qu'on se demande comment il parvient à passer un peu de temps en leur douce compagnie. Workaholic invétéré, l'artiste qui fêtera son 39e anniversaire ce 9 juillet est en effet à la tête d'une véritable entreprise vintage avec son label Third Mand Records basé à Nashville. Et bien que revendiquant une démarche old school, il connaît aussi toutes les ficelles du marketing moderne pour promouvoir ses produits.

Voici un mois, pour le Record Store Day, il bat devant les caméras télé et les smartphones des blogueurs le record du monde du "disque le plus rapide du monde". En 3 heures, 55 minutes et 21 secondes, White mastérise, presse et imprime la pochette de son 45 tours vinyle "Lazaretto". Quelques jours plus tard, "A Letter Home" de Neil Young est lancé sur Internet. Le pitch? Jack White a capté la voix de Neil Young dans une cabine d'enregistrement des années 40 avec un micro relié directement à une aiguille qui gravait simultanément un vinyle acétate. Le disque est mauvais (voir chronique p. 68), mais tout le monde en parle.

White s'est aussi fait récemment remarquer par ses clashes ridicules avec The Black Keys qu'il accuse de lui avoir volé son identité sonore. White est même allé jusqu'à changer d'institution scolaire ses enfants qui fréquentaient le même collège que ceux de Dan Auerbach, leader des Black Keys. Si on ajoute son mercantilisme affuté – il faut avoir un salaire de CEO pour acheter ses vinyles collectors -, on se demande parfois si le bonhomme ne va pas finir par lasser ses fans les plus irréductibles. Mais heureusement, "Lazaretto", qui paraît ce 9 juin, vient remettre les pendules à l'heure.

Avec l'urgence qui le caractérise, White propose en onze plages un melting-pot de toutes les musiques traditionnelles américaines du siècle dernier. Entre rock à forte tendance seventies (Would You Fight For My Love), instrumental blues pouilleux (High Ball Steper) et ballade country bercée de violons et de banjo (Temporary Ground), il séduit par sa force jubilatoire et sa volonté de refuser la moindre concession. Avec ou sans The White Stripes, Jack White a toujours proposé des compositions exigeantes. Et bien qu'il se soit invité dans tous les stades de foot grâce au riff de Seven Nation Army, c'est bien à un public de passionnés du rock à guitares qu'il s'adresse ici. Sans rien inventer, mais sans recycler aveuglément non plus, il met tellement de spontanéité dans son jeu et dans ses textes qu'on lui pardonne l'étalage de ses références érudites. Car White n'oublie jamais d'être direct dans ses chansons. A défaut de revendiquer un premier prix en poésie, sa phrase "You drink water, I drink gasoline" (dans Just One Drink) ressuscite de belles images de la mythologie rock. Et on connaît plus d'un Black Keys qui rêverait de pondre une chanson stonienne comme I Think I Found The Culprit.

Third Man Records/V2

Sur le même sujet
Plus d'actualité