Iron Maiden: La revanche des brontosaures

Boeing customisé, t-shirts portés par la jet-set et tournée record. La formation heavy metal n'a jamais été aussi trendy.

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À la lueur des chiffres de vente de l'industrie musicale, c'est à croire qu'au début des années 80 s'est tenu, dans un bunker enfoui au milieu d'une forêt impénétrable, une sorte de Yalta du metal pour se partager équitablement les parts du gâteau.

Avec Metallica pour les Etats-Unis, AC/DC représentant l'Australie et Iron Maiden défendant les intérêts de la vieille Europe. Les autres? Euh, quels autres? Point commun entre ces trois formations de brontosaures heavy: la longévité et cette capacité – quasi inexistante en électro ou en rock – à renouveler son public en usant des mêmes recettes.

Prenez Iron Maiden qui joue ce week-end à Rock Werchter aux côtés des jeunots Black Eyed Peas et de Coldplay. Après trente ans de carrière, 90 millions d'albums vendus, une pléthore de double live (on adore ça dans le metal), plus de 2.000 concerts autour du globe et malgré, avouons-le, un désintérêt total des médias généralistes, la formation anglaise est toujours au sommet. Mieux, elle devient presque tendance. L'année dernière, son quinzième album studio "The Final Frontier" a été classé numéro un des ventes dans vingt-huit pays et a valu à Iron Maiden un Grammy Award, le premier de son histoire. Habitué à se produire dans les grands rassemblements metal, Iron Maiden joue aujourd'hui dans les festivals mainstream et son nouveau best of "From Far To Eternity"est placé en tête de gondole chez Carrefour pour faire concurrence à Lady Gaga et aux Arctic Monkeys. Ce parcours atypique étonne tout le monde sauf les membres du groupe. Explications…

Le style: unique

"Iron Maiden est unique", explique son chanteur Bruce Dickinson, 52 ans. "Nous ne sommes pas un groupe qui suit les tendances et nous existons complètement en dehors de l'industrie musicale. Mais les jeunes adorent ça. En Europe, notre public est composé de 80 % de mômes âgés de 13 à 25 ans. On a des fans hardcore qui sont là à chaque tournée, mais la plupart des gens viennent nous voir pour la première fois. On a toujours été en dehors de la mode, et c'est ce qui nous rend indémodables."

Les références: musicales et littéraires

Iron Maiden est un groupe de metal qui lit des livres. Et pas que des trucs pornos ou de bagnoles. Ses textes sont ainsi truffés de références aux textes bibliques, comme l'Apocalypse qui a inspiré leur premier gros succès, "The Number Of The Beast". Quant à leur classique "Seven Son Of A Seventh Son" (1988), il a donné envie à des milliers d'ados de lire Le Cycle des Chroniques d'Alvin le faiseur d'Orson Scott Card. Le groupe est également amateur des romans d'anticipation et de "moyen-âgeries". Iron Maiden tire d'ailleurs son nom (Vierge de Fer) d'un instrument de torture très en vogue dans les geôles médiévales. Il est même – un peu – précurseur. Sorti en 1995, son album "X Factor" posait déjà les bases du monde virtuel que nous connaissons tous aujourd'hui.

La mascotte: Eddie

Le monstre Eddie est indissociable de l'imagerie d'Iron Maiden. Il apparaît sur toutes les pochettes des disques et sur scène. Créé par l'illustrateur anglais Derek Riggs, qui aura un contrat d'exclusivité avec Iron Maiden jusque dans les années nonante, le monstre aurait été inspiré par le visage d'une victime carbonisée lors de la bataille de Guadalcanal. Brrr…

Le nombre: 666

Évoqué dans leur classique "The Number Of The Beast" (1982), 666 fait référence au nombre de la Bête contenu dans l'Apocalypse de Jean au chapitre 13, verset 18, et revient souvent dans leurs chansons. Ça leur a valu des accusations de satanisme aux Etats-Unis. Le site YouTube censure, d'ailleurs, tous les commentaires sur la religion et l'Apocalyse postés par les internautes en réaction au clip de 666 The Number Of The Beast.

Le bolide: Ed Force One

Pour se produire aux quatre coins de la planète, Iron Maiden voyage à bord d'Ed Force One, son Boeing 757 customisé. Y embarquent les musiciens, les familles, le monstre Eddie of course ainsi que les dix tonnes de matériel. Le zinc est piloté par le chanteur Bruce Dickinson qui a son brevet de capitaine et est directeur de sa propre compagnie privée Astraeus, basée à Gatwick.

Le t-shirt: vintage

À l'effigie de leur mascotte Eddie ou affichant simplement les lettrines du logo Iron Maiden sur fond noir, il est le signe de ralliement mondial des fans, mais aussi terriblement tendance chez les people. Madonna, David Beckham, Lindsey Lohan, Drew Barrymore et Miley Cirus l'ont adopté. Après enquête sur eBay et sur les sites des boutiques de Melrose Avenue à L.A., les t-shirts les plus convoités sont ceux de la période 1981-1982 (albums "Killers" et "The Number Of The Beast"). Comptez une vingtaine d'euros.

La devise: vérité, réalisme, plaisir

"Je me suis imposé trois lignes de conduite", conclut Bruce Dickinson. "Je ne m'entoure que de gens qui disent la vérité. Les menteurs ou les branleurs, je les vire. Je connais mes limites. Je sais chanter, piloter, tenir un public en haleine. Je m'en tiens à ça. Enfin, je crois que 95 % de mon existence n'est pas important. Dormir, manger, attendre… Mais les 5 % qui restent, j'en profite à fond."
 

Le 3/7 à Rock Werchter

Iron Maiden
"From Far To Eternity" Best Of 1990-2010
Emi

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