Intouchables: Retour sur le film de l’année

Avec quatorze millions de spectateurs, Intouchables s'est mué en phénomène. C'était une histoire vraie avant d'être un film magique.

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Il y a des petites choses comme ça, qui donnent le frisson. Comme de voir une salle de cinéma se lever à la fin d’un film pour applaudir à tout rompre. Presque dans la communion. Un phénomène que l’on peut voir lorsque le générique de fin tombe sur Intouchables, le film événement de cette année 2011. Des files d’attente interminables devant les cinémas, des rires tonitruants durant la projection, le monsieur assis à côté qui cache ses larmes, Intouchables a réussi un savoureux mélange d’empathie, d’émotion et de gaudriole. Car elle est là la magie d’Intouchables: nous faire marrer tout en évoquant des valeurs que nous partageons tous: la tolérance, le besoin de l’autre et du lien social, l’angoisse de demain, la fraternité, l’écoute. L’acceptation de la différence.

Résultat: Intouchables a ratiboisé le Tintin de Spielberg et le Rien à déclarer de Dany Boon. Mais aussi Kate et William puisque le couple de l’année 2011 n’est pas princier. Il est juste composé d’un black athlétique un peu voleur et d’un milliardaire tétraplégique. Soit Omar Sy et François Cluzet. En sixième semaine d’exploitation en France, Intouchables réalise encore les meilleures entrées de la semaine (avec 1,3 million d’entrées supplémentaires) culminant, dès lors, à plus de quatorze millions de spectateurs. C’est cinq millions de plus qu’Amélie Poulain ou Le grand bleu. Et presque le double du Rien à déclarer de Dany Boon. Phénoménal. En Belgique, le raz-de-marée est identique avec un total de 420.000 spectateurs en six petites semaines. Bref, un mois et demi après sa sortie, Intouchables écrase encore tout sur son passage.

Ça fait mal quand on calcule

Lors du succès des Chtis, la presse s’était empressée d’enquêter sur les gains de Dany Boon et de Kad Merad. C’est que les chiffres étaient embarrassants, Dany Boon ayant engrangé plus de vingt millions d’euros. Le cas Intouchables est différent. Côté salaires, les deux comédiens ont été payés au tournage: François Cluzet, 800.000 euros et Omar Sy, 500.000. Dans leur contrat, une clause stipulerait un gain de 10 centimes sur chaque entrée au-dessus de 1,6 million de spectateurs. Le film tournant autour de 14 millions, chacun d’entre eux aurait engrangé un surplus de 1,3 million d’euros. Jackpot.

Quant aux auteurs réalisateurs, Olivier Nakache et Eric Toledano, ils recevraient 6 % des recettes brutes du film. Tout comme l’association Simon de Cyrène qui aide les personnes handicapées suite à un accident (l’auteur du livre, Philippe Pozzo di Borgo, ne voulant pas être payé, a demandé que l’argent soit versé à l’association). Quant à Gaumont qui produit le film, son bénéfice serait d’ores et déjà de quatre millions d’euros. Enfin, c’est aussi TF1 qui se frotte les mains puisque la chaîne est coproductrice du film à hauteur de 30 % et s’offre par la même occasion le premier passage télé.

Mais Intouchables n’est pas qu’un succès de chiffres. "En effet, c’est un film qui peut changer la représentation que nous avons des handicapés", souligne Michel Mercier, professeur de psychologie médicale à la Faculté de médecine de Namur et auteur du livre L’identité handicapée. "Nous avons tous des représentations très profondément ancrées comme: les personnes handicapées sont impuissantes, dépendantes, faibles et quasi asexuées. Mais ce film nous montre autre chose: une personne handicapée qui gère sa vie, qui refuse d’être maternée, qui peut prendre des décisions, qui a des attirances sexuelles. Même s’il faut reconnaître que cette personne est dans des conditions de niveau social avantageuses. Car il faut savoir qu’un riche handicapé est riche et un pauvre handicapé est handicapé."

Un phénomène qui divise

Dès sa sortie, le film créait l’événement. Le prestigieux journal Le Monde titrait: "Intouchables: derrière la comédie populaire, une métaphore sociale généreuse". Le Nouvel Obs allait dans le même sens: "Un humour vrai et libérateur". Et les forums Internet de s’affoler. Mais tout le monde n’aime pas Intouchables. Presse, spectateurs, internautes, certains ont pris un malin plaisir à se déchaîner sur le film. C’est normal, tout phénomène divise – et Intouchables ne faillit pas à la règle. Jusqu’aux Etats-Unis d’ailleurs où il a été taxé de film raciste par l’un des plus célèbres critiques cinéma d’Hollywood.

Qui l’eût cru, c’est donc un film sur un handicapé et un Noir qui a décroché la timbale de l’année. Un sujet anti-sexy par excellence qui a pourtant fait mouche. Illustration de notre mal-être? Chaînon manquant à ce lien social qui fait défaut à tant d’entre nous? Quoi qu’il arrive, en 2011, le public s’est identifié à deux exclus sociaux. "Si tant de gens sont allés voir ce film, c’est qu’ils y trouvent quelque chose, commente Michel Mercier. Et ce quelque chose est probablement la complémentarité des personnages. Ils s’enrichissent réciproquement. Ce sont deux personnes en manque d’intégration, l’un à cause de ses origines, l’autre à cause de son handicap. Nous vivons une période de dépression sociale, d’angoisse, de crainte de l’avenir et on nous montre deux personnages qui malgré les difficultés en sortent grandis. Le message est fort."

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