[Interview] Michel Lecomte : « Les Belges avaient soif »

De retour du Brésil, il tente de rassembler ses esprits et décrypte pour nous cette ferveur historique. Rencontre avec un chef du service des sports de la RTBF en état d’apesanteur.  

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Au-delà des espoirs les plus fous. Sur le papier, c’est vrai, cette équipe belge nous promettait monts et merveilles. Organisée cette année au pays du ballon rond, cette édition 2014 de la Coupe du monde n’était pas non plus disposée à faire retomber la pression. Sans compter le dispositif historique déployé par la RTBF pour couvrir l’événement. Malgré tous ces bons présages, le boss des sports de la chaîne publique, Michel Lecomte, n’en revient toujours pas. Il faut dire que la Belgique est littéralement aux anges. Au point de détrôner Mexico 86 dans le cœur des supporters?

 

Moustique – Vous ne voulez pas vous asseoir?

Michel Lecomte – Je peux vous dire qu'ici à la RTBF, on est encore sur notre petit nuage. Profitons de ce moment exceptionnel et de cette euphorie si communicative. C'est fantastique!

 

M – Et cette ferveur dépasse de loin le cadre footballistique. Comment l'expliquez-vous?

M.L. – Je pense que les Belges avaient soif! Ils étaient en manque depuis trop longtemps et se contentaient de transmettre les souvenirs et les images de 1986 aux jeunes générations. Une soif de victoires, donc, mais aussi un besoin de se rassembler et de partager cette ferveur. Les occasions de se réjouir se font si rares.

 

M – Notre équipe nationale est alors devenue le parfait prétexte?

M.L. – Exactement. Et comme le foot est un sport bien ancré chez nous, la tâche s’est étendue ensuite aux autres Belges. Lors des huitièmes de finale, on a d’ailleurs terminé la soirée avec 93 % de parts de marché. Tout le monde était là!  (Dans les faits: 1,7 million de francophones devant leur télé, 400.000 devant les écrans géants et 100.000 sur le Net, avec 85 % de parts de marché de moyenne.)

 

M – Au début de ce Mondial, les supporters qui travestissaient leurs rétroviseurs se faisaient traiter de "beaufs". Deux semaines plus tard, même les Porsche Cayenne avaient leur tricolore! Quels ont été les accélérateurs de cet embrasement? 

M.L. – Les Diables ont d'abord eu la chance de commencer très tard dans le tournoi et cela a fait monter la pression jusqu’aux rendez-vous fatidiques. L’autre déclencheur, selon moi, c'est l’horaire des matchs. Il est capital! Voir un quart de finale qui se déroule sur le continent sud-américain à 18 h heure belge, c'est inespéré. Alors que les Brésiliens, eux, doivent interrompre leur journée pour les regarder à 13 h. L'horaire des matchs a une influence considérable sur la ferveur populaire. Bon, j’ai quand même rencontré une personne à la RTBF qui, le lendemain du match, m’a demandé si on avait gagné contre les USA. Je ne citerai pas son nom, mais vous voyez que cette fièvre en a épargné certains… 

 

M – Lorsque vous étiez au Brésil, vous vous rendiez compte de ce qui était en train de se passer en Belgique?

M.L. – Je l’ai vécu à distance mais j’ai tout de suite senti cette ferveur nationale dans les retours du public. Il faut dire que c’est un scénario qu’on n’osait pas écrire. Et lorsque ce dont on rêvait se produit… Nos audiences se sont vite révélées hallucinantes!

 

M – Plus qu'un relais, la RTBF aurait-elle été l'un des moteurs de cette ferveur?

M.L. – Elle est le vecteur principal mais cela n’explique pas un tel carton. On savait que ces joueurs avaient un énorme potentiel et on avait bien évidemment mis en place un dispositif en conséquence. Mais je pense que l’équipe RTBF s’est montrée à la hauteur de celle qui était sur le terrain et qu’elle a aussi assuré du très grand spectacle. Les victoires successives des Diables se profilant rapidement comme le scénario idéal!

 

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