Indochine: « Nous avons des devoirs envers notre public »

Exception dans le paysage rock français, le groupe ajoute un nouvel épisode à sa saga singulière. Mais voilà, "Black City Parade" est tout sauf un disque de plus d'Indochine.

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C'est devenu une habitude depuis "Paradize" en 2002, vous remettez en doute l'avenir d'Indochine après chaque tournée. Pour quelle raison?
Nicola Sirkis – Parce que c'est vital. C'est cette remise en question qui sauve le groupe. Si Indochine est encore là aujourd'hui, c'est parce que nous sommes exigeants avec nous-mêmes et que nous acceptons, après chaque tournée, de redescendre de notre piédestal. On se dit: "Fini de jouer les rock stars, fini d'être soignés aux petits oignons par notre entourage. Revenons à la réalité et à la case départ". Au début de l'existence d'Indochine, il y avait une sorte d'insouciance. Un disque marchait, on partait en tournée et après le dernier concert, on enregistrait dix chansons pour le disque suivant sans trop se poser de questions. En 2013, un nouvel album d'Indochine ne doit pas être seulement un prétexte pour repartir en tournée. Nous avons des devoirs vis-à-vis de notre public. Il attend la suite de l'histoire, des nouvelles chansons et si possible de bonnes chansons.

A quoi ressemblerait le disque de trop pour Indochine?
N.S. – Ce serait celui qui ne me donne plus aucune raison d'y croire, celui où les chansons ne me satisferaient pas.
Oli de Sat – Pour moi, le disque de trop, c'est celui où on répéterait tout ce qu'on a fait avant. Indochine a un style, un son, une démarche mais il doit apporter à chaque fois une valeur ajoutée. Sinon, à quoi bon?

"Black City Parade" a nécessité quatorze mois de travail. A partir de quel moment avez-senti que vous teniez quelque chose de consistant?
N.S. – J'ai douté jusqu'au mois de mai 2012. Nous avions déjà des chansons, mais il nous manquait des titres forts. Et puis en l'espace de quinze jours, on a composé College Boy, Memoria et Wuppertal. Nous étions lancés. Pourtant, ce n'est que lorsque nous sommes arrivés à Berlin, en août dernier, pour mixer l'album que je me suis senti totalement soulagé. Avant ça, il y a eu beaucoup d'angoisses, de doutes et d'insomnies.
Oli de Sat – Pour moi, le déclic s'est fait avec le morceau Black City Parade qui donne son titre à l'album. J'étais venu très tôt avec l'intro de cette chanson, qui évoquait alors les Dandy Warhols. Nous ne parvenions pas à dépasser cette référence et puis on a trouvé un refrain qui partait dans une direction plus dansante. La confection de Wuppertal a aussi été déterminanteselon moi.

Comparativement aux onze albums précédents d'Indochine, vous diriez que "Black City Parade" a été difficile ou très difficile à faire?
N.S. – C'est une expérience totalement différente de tout ce que nous avons connu auparavant. La pression qu'on s'est mise était énorme et il n'y avait pas d'idée directrice au départ. A l'arrivée, "Black City Parade" est un album urbain, nocturne et très personnel. Malgré le fait que ça parle de "La parade de la ville noire", il est très lumineux.
Oli de Sat – Cela fait quatorze ans que je suis dans Indochine et hormis notre album "Paradize" que j'ai vécu comme une fulgurance avec quinze chansons écrites en deux mois et demi, j'ai toujours eu le même sentiment en studio. Celui d'un groupe qui avance par collages, à tâtons, de manière très studieuse mais aussi laborieuse. Avec "Black City Parade", ce qui m'a paru le plus difficile, c'est cette pression à laquelle Nicola fait allusion. Elle était là, inconsciente, mais plus forte que sur tous les autres albums d'Indochine que j'ai enregistrés. 

L'album a été enregistré aux quatre coins du monde. A quel point les villes ont-elles influencé Indochine?
N.S. – J'ai toujours été fasciné par les villes mais jamais au point d'en être inspiré pour écrire des chansons. Avec "Black City Parade", le thème des villes s'est presque imposé de lui-même. C'est en posant nos valises, ici et là, que nous avons trouvé la matière. C'est arrivé presque de manière inconsciente. La chanson Wuppertal (ville allemande – NDLR) m'a été inspiré par le film Les rêves dansants et la chorégraphe Pina Bausch, Le fond de l'air est rouge évoque en filigrane la révolte estudiantine qui a secoué le Québec l'année dernière. Puis se sont ajoutées une histoire d'un nouveau messie à New York ou celle d'une infidélité qui a pour cadre Belfast…

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Vous sentez que l'heure tourne pour Indochine?
N.S. – Oui, surtout pour les tournées. Nous sommes conscients qu'on est plus proches de la fin d'Indochine que du début. C'est sans doute la dernière grande tournée que nous entreprenons, même si physiquement on a toujours la forme.

Et mentalement, comment vous sentez-vous?
N.S. – Nous sommes plus sereins et plus calmes que dans le passé, mais la pression est beaucoup plus forte. Dans le business, les gens sont très tendus et ça se ressent à chaque discussion, surtout pour un groupe comme Indochine qui a la réputation de dire souvent non. En 2013, c'est difficile pour un jeune groupe de se faire connaître mais c'est encore plus difficile pour un groupe connu de se faire respecter.

Pour sa nouvelle tournée, Indochine a signé un contrat avec la toute-puissante multinationale Live Nation. Sur Internet, on a parlé d'un pacte avec le diable.
N.S. – C'est vrai, mais le pacte avec le diable a le mérite d'être clair. On a fait le tour de tous les agents. De manière assez surprenante, Live Nation est le seul tourneur qui ait accepté de mettre par écrit dans le contrat une clause imposée par Indochine sur le prix du ticket de concert qui ne dépassera pas 35 euros.

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Interview complète dans le Moustique du 6 février.

Le 4/4 au Cirque Royal (complet). Les 30 et 31/10 à Forest National (complet).

IndochineBlack City Parade: Track By Track

Black Ouverture
Black City Parade
La plage titulaire de l'album  s'ouvre par un texte de Mireille Havet lu par Valérie Rouzeau.  Les villes ont été une source d'inspiration principale pour Nicola Sirkis, "car dans chaque ville, de nuit ou de jour, c'est la parade de la comédie humaine.". "Je t'emmène la nuit, je t'emmène ici", chante Nicola sur une mélodie mid-tempo aux sonorités très eighties.

College Boy.
Un titre 100% Indochine, très pop dans ses rythmes et qui confirme l'option "retour aux fondamentaux" de ce douzième album.  College boy traite de l'homophobie dans les pensions ou les écoles.  Après Troisième Sexe, les fans vont adorer…

Memoria. Plutôt bof/bof, le single se retrouve sur l'album dans une version plus rallongée mais qui n'apporte rien en valeur ajoutée. Une chanson qui tourne en rond sans vraiment accrocher. Un avis, le nôtre, purement subjectif comme nous le fait remarquer Nicola dans  l'interview. Pour lui, comme pour Oli, il s'agit d'un des grands morceaux de ce disque. 

Le Fond de l'Air est rouge.  Album urbain et de voyages, "Black City Parade" prend aussi le pouls de son époque.  Témoin, cette chanson dans laquelle on hume un parfum de (mini) révolution qui a secoué le Québec au printemps dernier. Indo fait son Noir Désir? Non, on rigole… Le refrain est accrocheur.

Wuppertal. Directement inspiré du film Les Rêves Dansants. On n'a pas vu donc on ne va pas faire le malin?  L'heure de l'introspection a sonné pour Sirkis qui maîtrise parfaitement cette ballade. "Je ne parle pas d'histoires, je parle juste de mes états d'âme…"  Pour calmer le public en revenant en rappel, juste  avant de balancer la purée sur L'aventurier.

Le Messie.  Un messie des temps modernes. Une chanson inspirée par un séjour de Nicola à New York.  Le chant est posé, les ambiances sont urbaines, et le son jamais agressif. 

Belfast  Une chanson électro avec un gimmick qui pourrait évoquer le Depeche Mode des débuts. Un refrain taillé pour les concerts. Facile ("I feel, I wanna be, I Wanna try") mais efficace.

Trafic Girl. Une chanson qui aurait pu très bien figurer sur "Le péril jaune" en  1983.   Chouette mélodie pop, belles guitares, gimmick asiatique dans le mixage, bref, un single potentiel.  Co-écrite avec Lescop, Trafic Girl s'inspire  de ces jeunes filles en uniforme bleu qui règlent la circulation à Pyongyang, en Corée du Nord, à des carrefours où il n'y a aucune circulation.  Le titre le plus emblématique du disque selon nous.

Thea Sonata. "Tu es toute seule à pleurer, à pleurer que c'est à cause de toi tout ça. Laisse-moi croire que tu pardonneras." Belle ballade, belle(s) guitare(s), belle réussite. "Tous les garçons sont des salauds, toutes les filles sont des salauds", chante Nicola.  Match nul donc…

Anyway. Ballade acoustique sur laquelle le héros (Nicola?) éprouve du regret et a visiblement beaucoup à se faire pardonner.

Nous Demain Après deux morceaux mid-tempo, le rythme  est relancé avec ce titre électro/pop. Un refrain qui confirme le côté lumineux et plein d'espoir de l'album.

Kill Nico. Une chanson déjà connue par les Indofans. Le groupe l'avait interprétée lors de ses deux concerts "Paradize + 10" au Zénith voici un an.  Très belle rythmique.  Un bon titre.

Europane ou le dernier bal  Un morceau tout en contraste pour refermer l'album. Il y est question "de vrai naufrage", de "vie si chienne" mais aussi de soleil qui brille, d'étoiles et de bal…  On laisse aux forums des fans le soin de nous analyser tout ça.  Une mélodie entêtante.

The Lovers. Splendide ballade crépusculaire chantée en anglais par Nicola et écrite par Tom Smith du groupe Editors. La voix est en parfaite osmose avec le piano.  Ce titre figure en bonus avec Salome et Trashmen pas encore entendus.

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