Indochine: L’état de grâce

Sorti en 2002, l'album "Paradize" aurait dû être le dernier du groupe. Dix ans plus tard, sa réussite artistique  rend Indochine plus incontournable que jamais.

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Dans le DVD making ofaccompagnant la réédition anniversaire "Paradize +10" qui sort ce 13 février, Indochine propose notamment un documentaire réalisé en 2002 lors de l'enregistrement de "Paradize" au studio ICP à Bruxelles. Entre bluff et enthousiasme justifié, Nicola Sirkis confie face caméra: "Ce disque va être un pavé dans la mare. "Paradize" va être pris ou jeté, mais il va faire du bruit. C'est certain". Dix ans plus tard, Nicola Sirkis peut être fier de lui. Comme tous ceux qui ont collaboré de près ou de loin à ce disque kaléidoscope dans ses thèmes, charnière dans l'histoire du groupe et transgénérationnel pour sa portée.

Conçu initialement comme le troisième volet d'une trilogie ouverte par "Wax" (1996) et "Dancetaria" (1999), "Paradize" s'est écoulé à 1,5 million d'exemplaires depuis sa parution. Truffé de tubes en puissance (J'ai demandé à la lune, Mao Boy, Electrastar, Le grand secret, Marilyn), ce 9e album studio du groupe est marqué par l'arrivée au sein du groupe d'Oli de Sat et par l'ouverture de l'univers d'Indochine à d'autres auteurs. Oli de Sat apporte sa fougue et ses influences musicales où l'on croise Placebo, Nine Inch Nails et Marilyn Manson. Conséquence du talent, d'accidents heureux et de connexions magiques inexplicables, les textes écrits par Jean-Louis Murat, Michaël Furnon (de Mickey 3D), Gérard Manset, les romancières Ann Scott et Camille Laurens, mais aussi la poétesse Valérie Rouzeau, ajoutent pour leur part une dimension nouvelle au monde d'Indochine.

"En acceptant pour la première fois l'idée d'interpréter des chansons écrites par d'autres, Nicola Sirkis apporte une bouffée d'air frais pour les auditeurs, mais renforce aussi l'esprit Indochine pour les membres du groupe", analyse Rudy Léonet, directeur de Pure FM et meilleur ami de Nicola Sirkis qui a été étroitement impliqué dans le processus créatif de "Paradize". "Avec le recul, on retient bien sûr que cet album a apporté avec J'ai demandé à la lune une chanson aussi emblématique pour les années 2000 que ne l'était L'aventurier pour les années 80. Mais, dix ans après sa sortie, "Paradize" reste un disque ambitieux et bourré de singles en puissance. Indochine a réussi le grand écart parfait entre réussite artistique et succès commercial. Ils mettent tout le monde d'accord avec "Paradize". C'est ce disque qui va donner les clefs et la confiance au groupe pour se lancer dans d'autres projets ambitieux comme le double CD "Alice & June" ou l'organisation, sans l'aide de personne, d'un concert unique au Stade de France."

Mêlant réflexions autobiographiques (le magnifique Un singe en hiver signé Murat), questionnement sur la nativité, le commerce de la religion et la sexualité, "Paradize" a touché une nouvelle génération de fans. A l'époque, il sonne aussi comme une belle vengeance en France où Indochine n'a plus dans les médias que l'image caricaturale d'"un groupe qui fait pouet, pouet avec des synthés" pour reprendre l'expression utilisée par Oli de Sat dans le DVD. Mais en réécoutant aujourd'hui la version remastérisée de ce "Paradize +10", on oublie quelque peu ces règlements de comptes pour ne retenir que l'essentiel. "Paradize" reste un des grands albums des années 2000 et confirme ce que beaucoup ont tendance à oublier: Indochine est un groupe rock.

Dans la foulée des deux concerts anniversaires sold-out au Zénith de ces 1er et 2 février, la réédition "Paradize + 10" ne manque pas d'arguments. Outre la version originale remastérisée par Emily Lazar & Joe Laporta (Foo Fighters, Vampire Weekend), elle abrite dix remixes et trois chansons inédites (Glory Hole, Comateen II, Le doigt sur ton étoile). Le DVD propose, pour sa part, deux documentaires (2002, 2012) ainsi qu'une session live d'Indochine captée le 9 novembre 2011 au studio Davout à Paris. Indochine interprète Le manoir, Electrastar (en version acoustique), Un jour dans notre vie (acoustique), Pink Water ainsi que la reprise d'Echo & The Bunnymen Lips Are Sugar.

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