Indochine: On a fait lever 800.000 doigts

La bande à Sirkis, qui sort son live, frissonne encore d'avoir rempli le Stade de France. Et écrit déjà la suite de la saga.

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Evénement pour les accros d’Indo: il vient de sortir, le « Putain de Stade », capté au Stade de France l’été dernier et titré en référence à ce « putain de public » célébré à chaque concert par le chef de bande Nicola Sirkis. Entre tubes hirsutes des débuts que le temps n’a pas abîmés, mélodies boomerangs qui reviennent en pleine tête et extraits tonitruants du dernier album en date (« La république des meteors »), ce live témoigne d’une expérience à part, sorte de grand-messe bruitiste où les fans et leur groupe ont véritablement communié. « Un sentiment indescriptible, se rappelle Nicola. En fait, j’ai vécu une expérience quasi schizophrène. Il y avait deux Sirkis ce soir-là. Moi, sur scène, qui donnais un des concerts de ma vie. Et moi qui regardais ce spectacle incroyable de 80.000 personnes en liesse. »

En 2010, Indochine a été sacré « premier groupe de rock français à avoir rempli le Stade de France ». Ça représente un accomplissement dans une carrière?
Nicola Sirkis. – Le mot est peut-être un peu excessif car remplir ce stade n’a jamais été un des objectifs de la carrière du groupe. Ce serait plutôt une énorme satisfaction, résultat d’une concordance entre notre musique et la force que nous donne le public lorsque nous nous produisons sur scène. Dès que j’ai réalisé que toutes les conditions étaient réunies, ce Stade de France nous est apparu comme une continuité logique. Il était entré dans la normalité d’Indochine. Et est devenu quelque part un concert presque comme les autres: une simple histoire privée avec le public.

« Simple », peut-être. Il n’empêche, cet enregistrement live en témoigne, ce concert a visiblement permis à Indochine de passer du statut de groupe de rock à celui de phénomène…
Disons que nous sommes devenus encore plus intouchables pour nos fans et encore plus corrompus pour nos détracteurs (rire). Mais il existe de fait une dimension mythique attachée aux groupes qui se produisent en stade avec un certain succès. Moi, je suis surtout très fier du succès global de ce projet: non seulement du concert en tant que tel. Mais aussi d’avoir réussi à maintenir un prix des places très abordable et à obtenir les conditions techniques les plus optimales. On a même bénéficié d’une météo parfaite. Tout le monde s’y est mis pour nous aider. Je considère ce « Putain de Stade » comme un film que nous avons mis deux ans à écrire et à préparer. Et dans lequel tout le monde, acteurs comme figurants, s’est montré plus qu’à la hauteur.

Quelques plans particulièrement frappants du DVD montrent comment le groupe arrive à mettre le stade à ses pieds d’un simple mouvement de votre main. Vous avez expérimenté une sensation de pouvoir inédite à cette occasion?
De pouvoir, sans doute, mais alors dans ce que ce mot possède comme signification positive uniquement! Lorsqu’il est synonyme de force permettant d’emmener les gens ailleurs. Lors des trois premières minutes après l’entrée en scène, je me suis senti mal à l’aise, un peu comme si je ne méritais pas ce qui m’arrivait. Puis c’est passé. Et j’ai effectivement ressenti cette sensation de puissance. Je comptais mentalement: « Il y a 80.000 personnes, je fais donc lever 160.000 mains, donc 800.000 doigts »… Bref, c’était l’euphorie dans ma tête. J’en avais les larmes aux yeux. Ce concert est aussi le résultat d’une relation qui est toujours restée parfaitement intègre et respectueuse entre nous et nos fans.

Même si un concert en stade s’avère forcément toujours un peu malhonnête vis-à-vis de certains…
Forcément. Même si nous avons maintenu des prix d’entrée planchers, nous avons quand même dû pratiquer trois tarifs différents selon les emplacements. Et tout le monde n’a évidemment pas vu le show sous un angle absolument parfait. Je suis donc d’accord sur cette notion de malhonnêteté malgré nous. Car en jouant dans de si grands endroits,

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