Incroyables Intouchables

Un millionnaire tétraplégique et son aide à domicile, un jeune black récemment passé par la case prison, nous offrent le feel good movie de l'année. Un phénomène!

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Ce ne sera peut-être pas un succès à la Ch'tis mais Intouchables est le carton du cinéma français de l'année. Avec deux millions d'entrées en une semaine seulement d'exploitation en France, le film d'Eric Toledano et Olivier Nakache pourrait terminer sa carrière en salles avec quelque huit millions de spectateurs au compteur. Certaines estimations vont même au-delà.

Avec un budget de 9,6 millions d'euros, cela tient tout simplement du miracle. "Même pas en rêve, on pouvait imaginer ça, nous disait Olivier Nakache le week-end dernier. Avec Eric, nous revendiquons un cinéma populaire. Notre but est que les gens partagent un moment ensemble. Et là, c'est au-delà de nos espérances, presque irrationnel. Tellement d'ailleurs que cet après-midi encore, je vais prendre mon scooter et passer mon nez dans une dizaine de salles de ciné à Paris. Je me mets dans le noir et j'attends que les gens rient. Je me charge pour la suite. J'en profite un maximum car ce phénomène ne m'arrivera probablement qu'une fois dans la vie."

Pour remettre les chiffres en perspective, E.T., Le dîner de cons ou Le grand bleu avaient plafonné à quelque neuf millions de spectateurs à une époque où le piratage et le streaming n'existaient pas encore. Mais c'est dans l'histoire récente du cinéma français qu'il faut chercher les comparaisons. Si l'on met de côté l'extraordinaire phénomène des Ch'tis (plus de 20 millions d'entrées), les huit millions qui semblent d'ores et déjà acquis feront d'Intouchables un succès égal à ceux des Choristes, d'Amélie Poulain ou du Rien à déclarer de Dany Boon. Par ailleurs, ce chiffre domine largement les autres grands succès de ces dernières années: Taxi (6 millions), Le petit Nicolas (5,5 millions) ou Les petits mouchoirs (5,4 millions). Guillaume Canet n'a qu'à bien se tenir. Omar l'a tuer!

Succès en série

Mais en fait, c'est le cinéma français qui jubile actuellement. Un prix d'interprétation à Cannes pour Jean Dujardin et son rôle dans The Artist. Et puis de vrais succès en salles pour des films dits difficiles. La guerre est déclarée de Valérie Donzelli et Polisse de Maïwenn ont tous deux réalisé des scores bien plus qu'honorables, épatants. "Tous ces films ont un point commun, poursuit Nakache. Ils ont commencé par effrayer les producteurs. En effet, l'histoire de départ n'est jamais sexy. Nous, on nous rigolait au nez quand on est arrivés avec cette histoire de tétraplégique. On nous a conseillé mille fois de faire une suite à Nos jours heureux. Mais on voulait aller un peu plus haut."

À quoi sont dus ces succès? "C'est difficile d'être dans l'analyse maintenant car je ne vous cache pas que je suis dans l'euphorie. Mais quand on regarde les succès hors norme, ils sont toujours en phase avec des moments précis. Les visiteurs, La grande vadrouille, Les ch'tis, chacun est le film de son époque. Ce que nous entendons le plus de la part du public, c'est "voilà un film qui fait du bien". Mais du bien par rapport à quoi? Probablement par rapport à l'époque et aux difficultés actuelles. Je crois que malgré nous, nous avons fait un film dans l'air du temps."

En pleine faillite des banques et des États, Intouchables est donc un film qui tombe bien. Comme les Ch'tis en 2008, l'année où la crise des subprimes fit trembler le monde. Et pourtant, c'est loin d'être un film politique. Il propose simplement un éventail de valeurs qu'il est bon de rappeler en temps de crise: la solidarité, l'amitié, le respect, la compassion, l'empathie, la tolérance. "Il doit y avoir de ça. Personne ne va vraiment bien, l'ambiance générale est morose. Et du coup, voir un film avec deux personnages qui se sauvent l'un l'autre, juste en se regardant et en se parlant, ça fait du bien. Pourtant, tout le monde nous disait qu'on était à côté de la plaque, que c'était trop optimiste, trop naïf, trop conte de fées."

Omar enfin né

Soyez-en certains, vous irez voir Intouchables. Car c'est désormais plus qu'un film, c'est un phénomène de société qui s'adresse à tous les publics. Les adultes y trouveront leur compte et les ados y verront des références énormes et une nouvelle idole à adorer, Omar. C'est d'ailleurs là que réside l'une des principales clés du succès d'Intouchables, dans son duo d'acteurs. Si François Cluzet est une fois de plus remarquable, la révélation du film est Omar Sy, le trublion du SAV des émissions dans Le grand journal de Canal +. Il impose ici le rire le plus irrésistible et communicatif du cinéma français.

Et cette fois, il fait mouche. "Ça, c'est notre plus grande fierté, lance Nakache. Nous l'avons enfin accouché. Cela fait trois films que nous faisons avec Omar, persuadés de son immense potentiel. On savait qu'un jour ou l'autre il exploserait et on voulait que ce soit avec nous. Dans notre premier court métrage, il y avait Jamel Debbouze et Gad Elmaleh qui ont tous les deux explosé plus tard. Mais sans nous. Omar, on s'était juré de le suivre jusqu'à ce moment. En plus de ça, ce qui ne gâche rien, c'est un vrai mec bien." Il faut donc se réjouir du succès d'Intouchables. Et profiter de la vague pour voir ou revoir Nos jours heureux et Tellement proches, les films précédents du duo Toledano/Nakache.

Il faut aussi dire qu'Intouchables n'est pas le meilleur film de l'année. Mais une fois que le générique de fin tombe sur l'écran, il vous reste dans les tripes un goût inexplicable de bien-être. Le sourire d'Omar peut-être? La leçon de vie et de positivisme? L'amitié, le courage? On n'en sait rien. Mais un bon petit film, cela peut parfois être magnifique.

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