[IMMOBILIER] La voie passive

Les habitats verts poussent comme des champignons, allégeant factures et émissions de CO2. Mais encore faut-il s’y retrouver entre passif, semi-passif, basse énergie, durable, bio ou zéro consommation.

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En Belgique, 161 familles ont déjà fait ce choix en bâtissant une maison conforme aux directives européennes en la matière. On compte également une centaine de logements collectifs, une poignée de bureaux et même… une crèche passive. Les avantages financiers et le confort accru de ce mode de construction ne font aujourd’hui plus aucun doute. Par contre, mieux vaut être bien informé avant de se lancer: entre l’habitat basse consommation, passif, semi-passif, zéro énergie ou encore bio/écolo, on peine parfois à s’y retrouver. Quant aux primes, c’est carrément la foire: leurs montants peuvent varier d’année en année et d’une région à l’autre.

C’est le watt le repère

On parle de maison "basse énergie" lorsque toutes les mesures pour limiter la consommation ont été prises. En termes d’isolation du bâtiment par exemple. En clair: il ne s’agit pas encore d’une maison passive à proprement parler mais, suite aux aménagements, la consommation nécessaire pour se chauffer ne dépasse pas les 60 kWh/m2de superficie au sol/an, soit tout de même 50 à 60 % de moins qu’une maison traditionnelle. On parle également de maison à "très basse énergie" lorsque la consommation ne dépasse pas les 30 kWh/m2par an.

Un cran au-dessus en termes d’habitat durable, la véritable maison passive est si bien isolée que vous pouvez sans problème vous passer de chauffage: l’énergie produite par les panneaux photovoltaïques ou dégagée par les appareils électroménagers qui sont à l’intérieur suffisent à garantir une température confortable de 20 degrés dans la maison. Petit bémol: les plus frileux devront s’équiper d’un petit chauffage d’appoint ou d’un unique radiateur mais, quoi qu’il en soit, votre consommation ne devrait pas dépasser les 15 kWh/m2.

Bien entendu, sa conception nécessite toute une série d’aménagements inévitables: des vitres triple vitrage, une isolation des murs et de la toiture et un système de ventilation en double flux qui chauffe l’air frais venant de l’extérieur et le renouvelle pour que la qualité soit excellente dans toutes les pièces. Par contre, l’investissement de départ sera assez conséquent: il faut compter un surplus de 10 à 15 % sur votre budget de départ. A moins que vous ne fassiez une croix sur la cuisine full équipée ou sur la terrasse en bois exotique…

Rien ne se perd…

Si la maison passive ne vous coûtera pas un euro en chauffage, elle ne répond pas pour autant aux critères, plus exigeants encore, de l’habitat zéro énergie. Un concept qui, à l’heure actuelle, est plus facilement applicable aux bâtiments collectifs qu’aux maisons unifamiliales. "En Belgique, quand on parle de logement zéro énergie, on pense uniquement au chauffage. Mais il s’agit en fait de l’ensemble de la consommation, donc aussi de l’électricité et l’énergie nécessaires pour chauffer l’eau. Ce qui n’est faisable que si on dispose d’une toiture dont la surface est suffisamment importante pour couvrir tous ces besoins", précise Gérard Bedoret, architecte spécialisé dans la construction basse énergie et passive. "Dans certains immeubles à appartements, on est tout de même arrivé à ne consommer aucune énergie qui ne soit renouvelable, notamment en utilisant une centrale de cogénération alimentée en huile de colza", illustre encore le professionnel.

Pour obtenir cette autonomie énergétique totale, y compris en électricité, la construction doit produire un surplus d’énergie les mois d’été afin de compenser la perte enregistrée durant les mois les plus froids. Le lieu d’implantation mais aussi le choix des matériaux deviennent alors cruciaux dans l’élaboration du projet. Difficile à mettre en place mais pas infaisable: à Bruxelles, à partir de 2015, toutes les nouvelles constructions seront obligatoirement passives. Une révolution verte qui fait de notre capitale l’une des plus progressistes en matière de construction immobilière.

A côté des labels "durable", "basse consommation" ou "passif", on a vu fleurir ces dernières années d’autres termes à la signification plus floue. Qu’entend-on par exemple par maison "semi-durable" ou "bio"? "Semi-passive, c’est tout simplement une autre manière de désigner un bâtiment basse énergie. On se situe donc entre le standard et le passif", nous éclaire Gérard Bedoret. "Quant à l’habitat bio ou écolo, il ne correspond à rien d’officiel. On utilise ce terme quand on évoque l’architecture durable, celle qui utilise des matériaux naturels et peu polluants. On ajoute donc une dimension éthique et "on pour la santé". Un peu comme pour la nourriture en fait."

Le chanvre et le liège

Erigée sur des fondations surtout idéalistes, la maison bio peut donner de vraies bonnes idées en matière d’isolation, qu’il s’agisse d’une nouvelle construction ou d’une rénovation. Comme l’utilisation de flocons de cellulose en papier journal recyclé (environ 100 euros du m2) que l’on projette dans les cloisons des murs. Ou de la fibre de bois que l’on trouve aujourd’hui sous forme de matelas. L’architecte cite également le chanvre et le liège, excellents isolants. "Mais si vous rénovez, les matériaux traditionnels ne doivent pas être interdits de séjour non plus, tempère-t-il. La laine de verre n’est plus ce qu’elle était autrefois. Les sociétés qui les produisent ont nettement amélioré les produits au niveau du bilan écologique. Avec cet avantage de taille: ils sont moins chers."

 

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