Il y a un an, DSK sortait de sa douche

Il y a un an, DSK sortait de sa douche. Sans le savoir, c'est l'histoire qu'il faisait capoter. La sienne, celle de Hollande, mais aussi la nôtre. La preuve...

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Loin des yeux, loin du cœur. Tandis que François Hollande endossera ses nouveaux habits de président, Dominique Strauss-Kahn, traité désormais comme un pestiféré par ses anciens amis du PS français, sera jugé à New York.

Au civil, cette fois, puisque faute d’avoir obtenu gain de cause dans un procès pénal avorté, les avocats de la femme de chambre tenteront d’obtenir des dommages et intérêts. Le procès se tiendra dans le Bronx, où vit Nafissatou Diallo, sa victime présumée.

Mais le choix de ce quartier populaire se justifie aussi car la justice y est réputée plus clémente à l’égard des minorités. L’ancien patron du FMI face à un jury populaire issu du New York des pauvres, François Hollande sous les ors de la république… Vous pouvez parler de rebondissement…

Mais il n’y a pas que le terrain parfois très instable de la politique française que l’ancien patron du Fonds monétaire international a fait trembler en sortant de la douche, ce matin du 14 mai 2011. En matière de justice, de prostitution, de relations homme/femmes, de déontologie journalistique et de vocabulaire aussi, il y a un "après"-chambre du Sofitel new-yorkais. Faut-il en remercier le principal intéressé? Demandez l’avis de Dodo la Saumure.

Viol au-dessus d’un nid de cocus

Rappelez-vous, c’était il y a un an… A l’époque, Dominique Strauss-Kahn ne s’appelle pas encore DSK. Le sémillant directeur du FMI, globe-trotteur polyglotte et meilleur-économiste-de-sa-génération ne doit même pas paraître pour vaincre.

L’ancien ministre de Mitterrand ne s’est même pas encore officiellement présenté comme candidat PS à l’élection présidentielle que les sondages lui promettent une victoire sans bavure sur Nicolas Sarkozy. De son côté, son principal adversaire chez les socialistes, François Hollande, ne s’est pas encore composé sa belle tête de vainqueur. Loin s’en faut. Vient alors "l’affaire".

Et l’actualité bascule, des primaires socialistes au primate du Sofitel. Dans les premiers jours, les socialistes français sont pour le moins désemparés, comme orphelins. Non seulement leur champion les a plantés pour une autre, mais ils s’imaginent maintenant devoir faire campagne pour convaincre que non, les attentats à la pudeur et les derniers outrages ne sont pas des valeurs de gauche. Heureusement, les sondages montreront rapidement que les Français détestent plus Sarkozy qu’il n’admiraient DSK. François Hollande perd du poids et gagne en estime. La suite est désormais connue.

Pitié pour les hommes

L’affaire du Sofitel n’a pas seulement bouleversé le quotidien de François Hollande. Pendant quelques semaines, on s’est tous vus, nous les hommes, un peu cochons. Obligés de scruter dans notre ombre notre part de sexisme, comme si un DSK sommeillait en chacun de nous. C’est que, outre ses frasques, les réactions de certains mâles dominants après l’arrestation de DSK, notamment parmi ses proches, n’ont pas aidé. Alors que l’affaire éclate, Jack Lang minimise les faits, arguant que finalement, "il n’y a pas mort d’homme". Très vite s’érige une certaine misogynie chevillée au corps, très majoritairement velu, de la classe politique française: un viol? Une femme de chambre? Et moche en plus? Vous êtes sûr? Quelques jours plus tard, alors que les indices accablent pourtant l’ex-directeur du FMI, ils se trouvera même encore quelques acharnés pour soutenir à demi-mot que la soubrette n’est peut-être pas la véritable victime.

Un simple "troussage de domestique", selon l’expression du journaliste français Jean-François Kahn, ne doit pas condamner le sexe fort dans son ensemble à balayer devant sa porte. DSK est présumé innocent. Et si crime il y avait, il est réputé pas si grave. Sur TF1, la non-interview de Claire Chazal renforce ce sentiment d’impunité. L’amie d’Anne Sinclair, la femme de DSK, ne tente aucune question réellement offensive à l’encontre du dragueur lourd. On aurait pourtant aimé qu’il nous dise à quel signe il reconnaît qu’une femme est consentante ou pas?

Sur ce terrain propice, les féministes entendent prouver qu’elles ne mènent pas un combat d’arrière-garde. "Nous sommes toutes des femmes de chambre", clament-elles. Car chaque année, 75.000 femmes sont violées en France et seule une victime sur dix ose encore témoigner. Mais certaines chiennes de garde tombent à leur tour dans l’excès. Elles rendent, avant la justice américaine, le verdict immuable de l’histoire. Forcément phallocrate: nul besoin de se trouver dans la chambre 2806 du Sofitel pour savoir ce qui s’y est passé. Paradoxalement, c’est une autre affaire, celle du Carlton de Lille (voir par ailleurs), qui calmera les ardeurs des suffragettes. Cette plongée plus profonde encore dans le sordide révèle surtout la nature essentiellement pathologique de l’addiction de DSK. Bien au-delà de la métaphore de l’homme de pouvoir et de son droit de cuissage. Non, mesdames, DSK n’est vraiment pas un cochon comme les autres.

La traque aux fauves

Toute la presse – du moins celle qui dîne en ville, à Paris – savait… Mais elle n’a rien dit. Ou si peu. Certes, un livre paru en 2006, Sexus Politicus, de Christophe Deloire et Christophe Dubois, consacrait bien un chapitre à DSK, et son "obsession à séduire".

Quant à Jean Quatremer, correspondant du quotidien Libération à Bruxelles, il écrivait sur son blog, en 2007, que les travers de DSK étaient connus, "mais qu’en France, personne n’en parle". Depuis, la presse s’est rattrapée. La justice aussi.

A ce jour, l’affaire DSK a déjà fait au moins deux victimes collatérales. La première en France, en la personne de Georges Tron, secrétaire d’Etat à la Fonction publique accusé de viol par deux anciennes employées de la commune de Draveil, dont il était maire. La seconde chez nous, où Pol Van Den Driessche, surnommé le "DSK flamand", accusé par nos confrères de Humo de vingt ans de frasques et autres tentatives d’intimidation sexuelles. Il s’est retiré des communales à Bruges, ville dont il briguait le mayorat. Auparavant, c’étaient les petites mains de la politique (assistantes, attachées de presse, maquilleuses de plateaux télé, etc.) qui témoignaient, en off, des incartades des politiques. Depuis l’affaire DSK, ceux-ci seront plus souvent invités à en parler eux-mêmes. Devant les tribunaux.

De la suite 2806 à celle du Carlton

14 mai 2011
Dominique Strauss-Kahn, directeur général du FMI et favori des sondages pour la présidentielle française est arrêté peu avant son décollage pour la France, à New York. Une femme de chambre, Nafissatou Diallo, l’accuse de l’avoir violée dans la suite 2806 du Sofitel.

19 mai 2011
Un grand jury inculpe DSK. Il est transféré de la prison de Rikers Island à un luxueux appartement new-yorkais loué 50.000 dollars par mois. Il y séjournera en résidence surveillée.

23 août 2011
La crédibilité de Mme Diallo ayant été sérieusement entachée par plusieurs mensonges antérieurs à l’affaire, les plaintes au pénal contre DSK sont complètement abandonnées.

18 septembre 2011
Reçu par Claire Chazal au 20 heures de TF1, Dominique Strauss-Kahn reconnaît une faute morale, vis-à-vis de sa femme, de ses enfants, de ses amis mais aussi des Français.

13 octobre 2011
Le parquet de Paris classe sans suite la plainte pour viol de l’écrivaine Tristane Banon contre DSK. Mais le lendemain, la justice française vise le Carlton de Lille dans une affaire de proxénétisme où apparaît notamment le nom de Dominique Strauss-Kahn.

21 février 2012
DSK est gardé à vue durant deux jours et une nuit à Lille pour complicité de proxénétisme. On lui prête des liens présumés avec un réseau de prostitution réunissant policiers, hommes d’affaires proches du PS et le proxénète "Dodo la Saumure" pour organiser des soirées coquines. Notamment à Washington, la veille de son arrestation.

9 mars 2012
L’apparition de DSK provoque des échauffourées à l’Université de Cambridge. Deux semaines plus tard, il annule une visite au Parlement européen après des protestations d’eurodéputées.

29 avril 2012
Polémique en France après que le Guardian rapporte des propos tenus par DSK évoquant un complot politique au Sofitel.

1er mai 2012
Le juge McKeon refuse l’immunité à DSK et annonce la tenue d’un procès au civil dans le Bronx.

Les mots qui feront date

Perpetrator walk
Littéralement, "la marche du coupable". Cette pratique de la police new-yorkaise a offert au monde l’image de DSK menotté à la sortie du commissariat. Une flagrante contradiction avec le principe de présomption d’innocence.

French Whine
Jeu de mots entre vin français et cochon de Français. Un titre, parmi d’autres, d’une presse à scandale US prompte à dénoncer le sexisme hexagonal.

"Une absence passagère de jugement"
D’un côté un accusé innocenté aux instincts coupables avérés. De l’autre, une opinion qui ne doute plus de son profil d’agresseur. Entre les deux, un angle mort. Que s’est-il réellement passé dans la suite 2806 du Sofitel de New York? "Une absence passagère de jugement", expliquent les avocats de DSK. On n’en sait pas plus. Si ce n’est que le jugement de DSK semble s’absenter souvent.

Dodo la Saumure
Depuis que la vie de DSK a tourné au roman noir, on y croise des personnages de polar. Le plus simenonesque d’entre eux se fait appeler "Dodo la Saumure", en référence au bain dans lequel on sale les maquereaux. De son vrai nom, Dominique Alderweireld, un tenancier français de salons de massage situés le long de la frontière belge.

"Du matériel"
Les juges lillois qui enquêtent sur l’affaire du Carlton détiennent des SMS envoyés par DSK à Fabrice Paszkowski, un chef d’entreprise mis en examen pour proxénétisme. D’autres sont adressés à un certain Huggy. S’y exprime toute la poésie strauss-kahnienne: "Veux-tu venir découvrir une magnifique boîte coquine à Madrid avec moi? Et du matériel?" (comprenez "des filles") – "Kessecé ce truc que tu m’as envoyé. 90-60-90, c’est son poids ou son âge? Renvoie mieux ASAP, je suis chaud un budget grec." – "C’était de la baaaaaaaaalllllle. La tenue, l’effet de surprise… tout, quoi. Même moi j’y ai cru à son cinéma quand elle disait qu’elle était pas d’accord."

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