Il y a 25 ans disparaissait Coluche

On ne sait pas s'il se serait moqué de la commémoration de sa mort, mais on ne peut pas s'empêcher de célébrer les 25 ans de sa disparition. Donc…

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Homme de planches (il a presque inventé le café-théâtre), homme de bien (il a inventé Les restos du cœur), homme de médias (il a inventé son propre langage et son image), Coluche reste une référence absolue dans le paysage de la chronique. Avec Pierre Desproges, il est l'auteur qui a le plus contribué à bouleverser l'écriture humoristique dans les années 70, celui que l'on a pris l'habitude de rappeler lorsque le débat baisse son froc devant le politiquement correct.

Bouffon de la république, clown professionnel et roi d'une cour où se croisait le show-business de l'époque, Coluche s'est tué en moto le 19 juin 1986, quelques mois avant la disparition (en novembre) de Thierry Le Luron qu'il avait épousé en grande pompe dans un gag médiatique resté dans les annales. Il avait des ambitions d'acteur que Christian Dureau énumère dans un livre, le bien intitulé Coluche fait son cinéma.

Interrompu dans son élan, Coluche n'avait évidemment pas tout dit au cinéma. Vers quoi avait-il envie d'évoluer?
Christian Dureau – Tchao Pantin est le film qui non seulement lui a valu un césar, mais a aussi changé la vision que le public avait de lui. Je crois qu'il aurait voulu continuer dans cette voie et partir sur des films plus dramatiques. Il aurait aimé tourner dans des films à suspense ou des polars, il aimait les romans policiers, il en lisait beaucoup.

Au cinéma, avait-il développé un complexe vis-à-vis de son statut de comique?
Sincèrement, je ne pense pas. Il avait envie de se diriger vers d'autres registres, mais ce n'était pas un complexe pour lui de faire rire. Il aimait faire rire par-dessus tout. Et la reconnaissance dans la profession du cinéma venait. Avec Tchao Pantin, je l'ai dit, mais aussi avec son dernier film, Le fou de guerre de Dino Risi, qui a été un semi-échec commercial, mais qui a été bien accueilli au Festival de Cannes où il était en compétition.

Qu'en était-il de ses ambitions de réalisateur?
Après avoir réalisé Vous n'aurez pas l'Alsace et la Lorraine (en 1977 – NDLR), qui a été son plus gros échec, il était complètement écœuré. Au fond de lui, il avait sans doute envie de réaliser un autre film, mais il n'avait aucun projet qui allait dans ce sens.

L'image que l'on cultive de Coluche aujourd'hui est celle d'un artiste droit, généreux et talentueux, et on préfère oublier qu'il a tourné pas mal de daubes…
C.D. – Bien sûr, on n'a retenu que les succès et il a dû attendre son quatorzième film pour décrocher un premier rôle, auprès de Jean Rochefort, dans Les vécés étaient fermés de l'intérieur, mais c'était un très mauvais film. C'est à partir de L'aile ou la cuisse avec Louis de Funès qu'il s'est familiarisé avec le succès. À partir de là, il devient très bancable, on le réclame et ses films – Inspecteur la Bavure, Le maître d'école, Deux heures moins le quart avant Jésus-Christ – étaient des succès populaires.

On dit que ses bouffonneries – sa candidature à la présidentielle de 1981, le mariage avec Thierry Le Luron en 1985 – l'ont éloigné des réalités et de lui-même…
C.D. – Ses bouffonneries ont fait beaucoup de bien à sa carrière. Il était prêt à tout, il est allé jusqu'à poser nu avec une plume dans le derrière. Malheureusement, la candidature à la présidentielle de 1981, qui devait rester un gag, est devenue une chose plus sérieuse lorsqu'il a vu que 17 % des Français étaient prêts à voter pour lui. Ce n'était plus de l'humour et ça l'a enfoncé un peu plus dans la solitude. Solitaire, c'était indéniable, car dans la vie, il n'était pas très sympathique. Il était dur, exigeant, il aimait qu'on soit à sa botte.

À l'époque de son décès, avait-il des projets de films?
Il n'était engagé sur aucun nouveau film, mais on sent qu'il était prêt à prendre des risques artistiques au cinéma. Sinon, à l'époque de sa mort, il travaillait surtout à son retour sur scène et à un nouveau spectacle qu'on n'a jamais vu.

 

Coluche fait son cinéma
Christian Dureau
Éditions Didier Carpentier

COLUCHE, L'HISTOIRE D'UN MEC
Dimanche 19 France 2 20h35

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