Il s’appelait Oscar Grant

Chronique d’une bavure, Fruitvale Station est un premier film poignant sur la jeunesse noire américaine.

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Adapté d'un fait divers qui choqua l’Amérique, ce premier film déjà récompensé en festival (grand prix à Sundance) raconte les 48 dernières heures d’Oscar Grant, un jeune Noir américain assassiné par un policier en 2009 dans une station de métro de San Francisco. Outsider (le film a été développé avec un petit budget par l’acteur Forest Whitaker alias Le majordome), Fruitvale Station est en train de devenir un phénomène de société aux Etats-Unis. Et pour cause. Le film ne se contente pas d’être l’efficace chronique d’une bavure policière, il surprend par la force vive du regard qu’il pose sur la jeunesse afro-américaine, prise entre rêve et détresse. Tourné en seulement vingt jours par un réalisateur de 27 ans étonnant de maturité, le film s’ouvre sur les véritables images archives du drame, pour raconter les dernières heures d’un jeune délinquant qui parvenait enfin à remonter la pente. Le film dénoue les liens intimes d’Oscar avec sa jeune femme et sa mère (formidable Octavia Spencer), pour mieux dénoncer l’injustice des inégalités raciales persistantes aux Etats-Unis, sans jamais tomber dans la moralisation.

Nerveuse et sensible, la caméra de Ryan Coogler piste autant la psychologie particulière d’Oscar Grant que les espoirs brisés d’une génération. Dans le rôle-titre, Michael B. Jordan (découvert dans la série Friday Night Lights) est une véritable révélation, qui apporte au personnage suffisamment de failles et d’humanité pour sortir du cliché de la pure victime. Ces deux-là iront loin. D'ailleurs, le binôme Coogler-B. Jordan se retrouvera prochainement sur les écrans pour le spin-off de la série Rocky, baptisé Creed. La nouvelle vague du cinéma noir américain est arrivée. A suivre absolument. 
 
Réalisé par Ryan Coogler. Avec Michael B. Jordan, Melonie Diaz, Octavia Spencer – 85’.
 

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