Ici Radio Snoupy!

Libres et chaleureuses, les radios de proximité remplissent un véritable rôle social. La preuve, vécue, dans le "poste" d'Arsimont.

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"Ça ne sert à rien d'appuyer sur la sonnette quand vous arrivez, elle est cassée depuis des années. Il suffit d'entrer, sans toquer. Comme tout le monde", prévient Chantal Melotte, présidente de Radio Snoupy, basée à Arsimont. Effectivement, sur le coup de 14 heures alors que Eddy et Erica animent Ça se passe près de chez vous, Robert, Anita, Patricia, Jacques le voisin, Claudinette fraîchement permanentée pour l'occasion et son mari arrivent, tour à tour, dans les locaux qui abritent la fréquence 105.8 bien connue des Sambrevillois.

L'adresse est plus fréquentée que le bistrot du coin. Et pour cause: le salon cosy de la maison en brique rouge est aussi celui de la directrice de cette petite radio locale, où l'on trouve toujours quelqu'un pour discuter, et surtout, des stocks de sodas et de "bières bien fraîches" en cas de visite impromptue.

Un ballet incessant, ponctué des nombreux coups de fil des auditeurs, qui commence tout doucement à fatiguer la propriétaire de 66 ans. "Je ne suis jamais tranquille chez moi. Dès 8 heures du matin, jusqu'à 20 heures tous les soirs, ça ne s'arrête jamais", confie Chantal, sourire timide aux lèvres. "Quand je reçois des amis, on ne peut jamais rire trop fort. Et puis comme il y a toujours quelqu'un au micro, on ne peut pas non plus parler de tout. Parfois j'aspire juste à regarder tranquillement la télévision. Mais c'est impossible." Lasse, l'animatrice en chef avait même décidé l'an passé de stopper tout simplement ses activités sur les ondes, reléguant l'émetteur à la cave et fermant sa porte à clef. "J'étais déterminée malgré les lettres et les appels déçus." La pause n'aura duré qu'une semaine.

Silence radio

"Une amie m'a emmenée au cinéma à Namur pour me changer les idées. Sur le trajet du retour, elle a allumé la radio: Snoupy était de nouveau en route! Ma fille, Claudinette, et d'autres animateurs ont profité de mon absence pour remonter tout le matériel et relancer la machine." C'est que la petite station familiale a une importance capitale dans la bourgade de Sambreville et ses 50.000 auditeurs potentiels: elle tisse un lien social entre les habitants, offrant un porte-voix à tous les oubliés des "grosses" chaînes nationales comme NRJ, Bel RTL ou Nostalgie. Un rôle fondamental pour les personnes âgées comme pour les plus jeunes, basé sur la participation active de la population. "Ils n'ont que ça", continue Claudinette, la fille de la directrice qui a commencé à jouer au micro à 13 ans comme d'autres feraient de l'équitation. "C'est une source de réconfort pour les auditeurs, l'arrêter aurait plongé beaucoup de monde dans la solitude."

Fondée en 1980 sous l'impulsion d'Alex Roger, le mari de Chantal Melotte, "pour s'amuser", Radio Snoupy émettra jusqu'en 1986. "Mais je ne sais pas du tout pourquoi il a choisi ce nom-là, par contre" s'amuse la présidente. Puis un durcissement des règles du CSA (Conseil supérieur de l'audiovisuel) stoppera net les activités de cette petite fréquence. "Le but était clairement de couler les radios libres… Et ça a marché." Décédé en 2001 des suites d'une longue maladie, le mari ne touchera plus aux platines. Chantal, pour lui rendre hommage et pour s'occuper à quelques années de prendre sa retraite – "Je pensais déjà aux longues nuits d'hiver" -, décide enfin de relancer sa présence sur les ondes en 2006. Renseignements pris, elle se rend à Namur pour récupérer une fréquence, dépoussière le vieil émetteur de son mari et installe le tout sur la table du salon, entre une statuette de la vierge Marie et quelques bibelots. Aussi simple que ça.

Sous pression

"Je suis limitée à 100 watts et je n'augmenterai jamais ma puissance, à moins que le CSA ne décide de m'en attribuer une plus forte. Je ne cherche pas les embrouilles. Par contre, certaines grosses stations n'hésitent pas à pousser la hauteur de leurs ondes le week-end pour toucher un plus large territoire et donc nous bouffer quelques kilomètres. Ils savent qu'en faisant ça le week-end, aucun fonctionnaire de l'IBPT ne pourra les réprimander. C'est énervant, mais c'est comme ça dès 17 h le vendredi soir."

Quand on fonde une radio locale, il y a une foule de petites règles contraignantes à respecter, sous peine de mort assurée. Avec sa puissance bridée à 100 watts ("Mais comme nous sommes sur les hauteurs, ça va loin"), Radio Snoupy est forcée de diffuser un quota de 92 % de chansons françaises. Autant dire que Johnny Hallyday, Michel Sardou et… Frank Michael squattent les ondes 24 heures sur 24! Les huit autres pour-cent sont divisés entre quelques vieux classiques italiens, des tubes actuels (dont Gangnam Style), un peu de pop anglaise et les quelques rares morceaux en wallon de la discothèque. Mais si elle s'écoutait, la présidente ne passerait que du rock. "Moi, je suis moderne, j'aime les groupes actuels et bien sentis comme Metallica. Radio Snoupy, ce n'est pas une radio de vieux! On doit juste respecter nos quotas et les désirs des auditeurs." Impossible non plus de déterminer exactement le taux d'écoute et la tranche d'âge des fans de Snoupy. "Une telle étude coûte entre 2.000 et 3.000 euros. Inaccessible pour nous", regrette Chantal.

L'entrée d'une adolescente dans la pièce, venue demander de souhaiter un joyeux anniversaire à sa mère le lendemain à l'antenne, interrompt la conversation. La commande est notée d'une main de maître dans le cahier des dédicaces posé devant l'animatrice Erica: "Tu citeras bien marraine aussi, hein, n'oublie pas". Le bloc-notes contient tous les petits messages que les auditeurs veulent faire passer à leurs proches. Et pour 2,50 euros, les preuves d'amour ou autres déclarations d'amitié sont déclamées sur les ondes une dizaine de fois entre certains morceaux choisis. Encore une fois, Frank Michael remporte tous les suffrages. La farde bleue surmontée de deux petits cœurs est remplie à craquer de ces attentions à transmettre. C'est un rituel. A Arsimont, ces messages remplacent les sempiternelles cartes d'anniversaire ou de prompt rétablissement.

Reportage complet dans le Moustique du 26 juin.

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