Hunger Games – Les raisons d’un carton

Alors que sort l'avant-dernier épisode, retour sur les raisons qui ont envoyé la saga tout droit vers les sommets du box-office.

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Boostée par les livres dont le succès était déjà établi, l’adaptation cinéma de Hunger Games n’a pas fait dans la dentelle quand il a fallu affoler le box-office. 691 millions de dollars de recette pour le premier volet, près d’un milliard de billets verts pour le second. Et il ne faut pas avoir fait l’école des sorciers pour en déduire que ce nouvel épisode devrait à nouveau tutoyer les sommets et rassasier l’appétit sans limite de ses producteurs, qui ont pensé le passage de l’aventure Hunger Games au cinéma à la façon d’un plan de bataille ne laissant rien au hasard. Décryptage…

#1 Une base solide

Hunger Games ne sort évidemment pas de nulle part. La série adapte la trilogie éponyme de romans signée Suzanne Collins. Depuis la parution du premier tome en septembre 2008, les bouquins ont été traduits en 26 langues et publiés dans 38 pays. Et, dès l’annonce d’une adaptation ciné, les ventes ont explosé, passant d’une moyenne annuelle de 9,6 à 24 millions d'exemplaires, et ce rien qu’aux Etats-Unis. Pour anticiper la baisse des recettes inévitablement liée à la fin de la saga l’an prochain, les détenteurs des droits de Hunger Games annoncent… une comédie musicale à Londres pour 2016. "Dans des décors époustouflants, spécialement créés pour l’occasion." Bref, on n’a pas fini de chanter son bonheur du côté du District 13.

#2 Une alliance stratégique

Les producteurs de la série n’hésitent pas à délier les bourses quand les circonstances l’exigent. Petit exposé de cuisine interne qui illustre parfaitement l’adage anglo-saxon "If you can’t beat them, join them/Si vous ne savez pas les battre, ralliez-vous avec eux". Bien avant le début du tournage du premier Hunger Games, les studios Lionsgate, propriétaires des droits d’adaptation des bouquins, poursuivaient un objectif on ne peut plus stratégique: racheter le studio Summit, producteur de la saga Twilight. En 2012, Summit est bel et bien avalé par Lionsgate pour la somme de 412,5 millions de dollars. Un paquet d’argent, certes. Mais pas grand-chose pour s’assurer la paix des blockbusters. Car, en rachetant Summit, Lionsgate neutralise de facto son principal concurrent sur le terrain des films adaptés de romans pour ados. Et, surtout, harmonise les promotions croisées de Hunger Games et de Twilight, puisque les deux séries sont désormais usinées par le même studio. Résultat concret de cette association: la première bande-annonce de Twilight 4 – partie 2 fut diffusée juste avant les projections américaines de Hunger Games, qui visait exactement le même public cible. Un exploit qui aurait été impossible à exécuter si Twilight et Hunger Games avaient été produits par des structures concurrentes.

#3 Des acteurs très identifiés

Même si le projet Hunger Games avait, sur papier, toutes les chances d’agiter la planche à dollars, un premier épisode ne bénéficie jamais d’un budget mirobolant (le volet un n’a coûté "que" 80 millions de dollars, le montant étant passé à 250 pour le film suivant). Et les producteurs ont donc tiré profit de cette situation. "Nous n’aurions jamais eu les moyens de nous payer de grandes têtes d’affiche", expliquait le réalisateur Francis Lawrence au moment de la sortie du premier film. La solution quand on ne sait pas se payer une vedette? On la construit de toutes pièces! L’élue qui prendra les traits de Katniss Everdeen s’appelle donc Jennifer Lawrence (qui touchera 500.000 dollars pour le premier film, mais palpe aujourd’hui 2,5 millions par épisode). Révélée par l’excellent mais confidentiel polar Winter’s Bone, Lawrence a explosé dans Hunger Games, au point d’être totalement identifiée à son rôle, puis de recevoir l'oscar pour Happiness Therapy et de devenir l'une des actrices les plus en vue à Hollywood.

#4 Des thèmes rassembleurs

Si les livres font surtout référence au mythe de Thésée (le tribut annuel des jeunes filles données en pâture au Minotaure), par contre, au cinéma Hunger Games élargit l’angle. Il multiplie les références, notamment esthétiques, à des films de science-fiction millésimés (Running Man, Battle Royale), et réussit donc le délicat équilibre de plaire à tout le monde, fans de mythologie comme geeks cinéphiles. Lawrence s’explique: "Nous ne voulions pas simplement mettre les livres en image, mais il ne fallait pas non plus dénaturer le propos, ce qui nous aurait mis les lecteurs des romans à dos. Bref, nous avons choisi le meilleur des deux mondes. En essayant de rassembler le public le plus large possible derrière les films". Voilà qui a le mérite d’être clair.

#5 Un ancrage actuel

Le premier roman de la série est sorti en 2008, en pleine récession économique et débâcle irakienne pour les Etats-Unis. "Qu’est-ce que le Capitole si ce n’est une métaphore de Washington et de l’impopularité de l’Administration Bush?", s’interroge un sociologue. Cette atmosphère a rendu le public plus réceptif à des œuvres complexes, aux personnages et à la morale ambigus. Autre tendance contemporaine assimilée par Hunger Games: la téléréalité. Puisque Suzanne Collins se sert de cet élément pour dénoncer la violence de la société de consommation et de la société médiatique. Et que les films sont sortis exactement en pleine période faste pour les amateurs de réjouissances cathodiques du genre.

Frédéric Vandecasserie

Les maux de la fin

Action

Hunger Games: La révolte – Partie 1

Réalisé par Francis Lawrence. Avec Jennifer Lawrence, Josh Hutcherson, Liam Hemsworth – 123’.

Devenue symbole de la rébellion depuis qu’elle a détruit l’Arène et ses Jeux, Miss Everdeen passe à la vitesse supérieure. Soutenue par le peuple à qui elle a redonné espoir et qui n’en peut plus des maux que lui font endurer ses dirigeants, elle entend se battre jusqu’à l’épuisement. Le décor est planté. L’intrigue est solide, même si le tout est forcément devenu assez prévisible au fil des épisodes.

Le réalisateur Francis Lawrence ne se contente toutefois pas de dérouler! Notamment au niveau des décors, toujours aussi soignés et impressionnants. Le scénario, lui, reste d’une belle densité: on ne s’ennuie pas devant cette apocalypse pop, aux couleurs tantôt sombres, tantôt très psychédéliques. Quant à Jennifer Lawrence, elle est au sommet, mélange parfait de muscles et de sensualité, tandis que Philip Seymour Hoffman, décédé alors qu’il ne lui restait qu’une semaine de tournage, fait l’objet d’un hommage aussi sobre qu’intelligent. A noter, cerise sur le blockbuster, la présence de Stromae sur l'excellente bande-son. Rendez-vous l‘an prochain pour le feu d’artifice final… – F.V.

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