Hugh Laurie: « Mon âme est un peu datée »

Monsieur Docteur House s'embête presque à Hollywood. Alors, il nous prescrit son premier album blues, chaloupé et bien vintage. Comme lui.

31145

Médecin chevronné et cynique quand il enfile la blouse du Docteur House, Hugh Laurie est aussi, à 51 ans, un musicien débutant. Qui vient d’enregistrer son premier disque, "Let Them Talk". Une belle tranche de blues millésimé en compagnie d’artistes renommés comme Allen Toussaint, Irma Thomas, Dr. John et Tom Jones. Sur la pochette de l'album: ses standards favoris du genre. Au menu de notre entretien: sa vie d’exilé britannique à Hollywood, son double médical et une passion pour la musique qu’il nous avait bien cachée…

Après sept ans, vous en avez marre de Docteur House?
Hugh Laurie – Non, non. Il serait inimaginable que je me lasse un jour de ce personnage. J’ai eu l’occasion de faire de la musique pour le fun. Mais côté boulot, House, c’est l’essentiel. Depuis, je me demande encore chaque jour si je ne vis pas un rêve. Dont quelqu’un va me réveiller brusquement. Du genre: "Allez Hugh, retourne jouer la comédie. Tu n’es qu’un musicien raté". (Rire.)

Même si la musique c'est pour le fun, vous menez bien actuellement deux carrières différentes: pianiste-chanteur de blues et star de série télé.
De fait. Je suis très chanceux. Mais je sais aussi que personne ne m’aurait donné la possibilité d’enregistrer ces chansons si je n’avais pas été l'infâme docteur House. Les dirigeants des firmes de disques ne sont pas idiots. Ils savent que mon nom fait vendre. Mes deux carrières sont donc intrinsèquement liées.

Vous avez un jour dit vous sentir comme un éternel adolescent. Qu'est-ce que cela signifie?
Tous les acteurs, moi compris, sont de grands enfants. L’un des talents de ce métier consiste justement à ne pas complètement perdre votre part d’enfance avec les années.

[…]

Vous êtes marié avec votre épouse Jo Green et mère de vos trois enfants depuis 1989. Un sacré bail, non?
De fait. Mais nous vivons une situation difficilement conciliable avec ma vie d’acteur. Ma femme et mes enfants vivent toujours à Londres. Alors que moi, je travaille à Los Angeles. On se voit évidemment autant que possible, mais c’est parfois assez difficile. Aux Etats-Unis, je mène une vie très rangée. Je ne sors presque pas, je me lève tôt, ce qui veut dire que je me couche tôt. Bref, ma vie à Hollywood n’est pas particulièrement excitante. Je suis moins fêtard que forçat du travail. Je ne peux pas vous offrir d’anecdotes croustillantes à la Charlie Sheen. Cette sorte de folie ne fait pas partie de mon caractère.

Bref, vous êtes un artiste très discipliné…
Pas du tout! Je suis totalement bordélique. Et paresseux de nature. Mais j’essaie d’arriver à l’heure au travail et de m’y investir du mieux que je peux.

Vous vous verriez mener une vraie vie de musicien? En tournée d’une ville à l’autre avec un concert chaque soir?
Je suis sûr que j’adorerais! Je trouve ce style de vie très romantique. Et c’est une belle idée d’arriver à gagner sa vie en vendant de l’art et de la beauté, de faire de la musique qui plaise aux autres, même à l’autre bout du monde. Ce doit être un extraordinaire sentiment de liberté. Mais je ne sais pas si je resterais toujours aussi enthousiaste après un mois de tournée. Beaucoup de musiciens expliquent qu’à la longue, cette routine de voyage devient très lassante.

Vous aimez le blues depuis votre plus tendre enfance. Mais vous avez dû attendre vos 50 ans pour avoir la maturité nécessaire et vous approprier cette musique de manière crédible?
Oui. L’occasion d’enregistrer mes chansons favorites sur CD ne se représentera sans doute pas souvent. Il a donc fallu en profiter sans hésiter. Donc, quand une firme de disques (Warner) m’a tendu la perche, je n’ai pas attendu une seconde. Si ça ne marche pas, tant pis. J’aurai au moins essayé! Je ne regrette pas d’avoir pris un risque, pour une fois.

Pour une fois?
Ces derniers temps, je me suis prélassé dans mon confort. Je ne vis que pour House au moins six mois par an depuis 2004. Voilà pourquoi j’ai voulu essayer quelque chose de nouveau, d’inconnu et de risqué. La différence entre des séries comme Docteur House et mon disque de blues "Let Them Talk" est assez simple: si House n’avait pas fonctionné, la série aurait disparu en douce sans que personne ne s’en aperçoive. Puisque personne ne me connaissait. Voilà pourquoi ma participation à ce projet n’a jamais été considérée comme un risque. Par contre, si "Let Them Talk" fait un flop, tout le monde va s’en rendre compte puisque maintenant on sait qui je suis. Mais bon, je ne vais pas m’inquiéter non plus…

On sent qu’entre vous et le son de ce vieux blues made in Nouvelle-Orléans, c’est une vieille histoire…
De fait, nous sommes de vieux amants. Beaucoup de gens se demandent pourquoi je me lance là-dedans maintenant. Mais pourquoi pas, en fait? (Rire.) "Pourquoi pas?" ferait d’ailleurs un beau titre de disque, non? Le piano fait partie des activités qui me détendent le plus. Si j’arrive, en outre, à émouvoir quelques personnes au passage, tout en leur montrant en plus à quel point la musique est importante pour moi, je serais très honoré. Je connais toutes ces grandes chansons depuis un moment, mais je n’avais pas envie de les reprendre à ma sauce. Puis, récemment, j’ai changé d’avis. Je suis un encyclopédiste du blues. Je connais bien son histoire et ses classiques…

Donc, "Let Them Talk" ne restera pas votre seule excursion dans la musique blues?
J’espère que non. J’aimerais exhumer d’autres titres encore. Éventuellement pour un autre disque. Mon enfance a été bercée par le blues.

Alors que, vu votre âge, on vous imaginait plutôt écouter du punk durant votre enfance…
J’en ai écouté aussi. Mais le punk ne m’a jamais autant remué intérieurement que le blues. Et je n’ai aucun album de Bowie dans ma collection. Pas que j’aie quelque chose contre lui. Si vous avez un ticket en trop, je vous accompagne à son concert avec plaisir. Mais je n’ai jamais été fan des artistes que mes camarades d’école écoutaient en boucle. Le seul groupe de rock à m’avoir vraiment touché était les Rolling Stones. Peut-être pour leurs racines blues bien profondes. Ils ont par exemple joué avec des gens comme Muddy Waters. Mais ne vous y trompez pas. Je ne suis pas pour autant un élitiste qui se vante de ne pas suivre les goûts mainstream. Le blues fait juste partie de mon ADN musical, au contraire de la musique pop en général.

Bref, vous étiez un jeune homme, mais déjà doté d’un esprit d’un certain âge…
C’est un peu ça. (Il réfléchit un moment.) C'est même exactement ça! Mon âme est un peu datée. C’est pour cette raison que j’étais un jeune homme un peu solitaire. Je n’appartenais par exemple à aucun cercle d’amis réunis autour de goûts communs. J’étais toujours à part, un enfant un peu étrange. Je n’avais encore jamais pensé à mon enfance en ces termes avant cet entretien. Merci d’avoir défloré le sujet. Ça va me coûter 30.000 euros de psychothérapie! (Rire.)


Traduction et adaptation: Frédéric Vandecasserie

Dr House
Dimanche TF1 16h10 et 17h00
Mardi TF1 20h45, 21h30 et 22h20

<object data= »http://www.wmuk-apache.co.uk/widgets/hughlaurie/guessimafool/foolwidget.swf » height= »460″ type= »application/x-shockwave-flash » width= »320″> This free download widget requires Adobe Flash </object></p>

Sur le même sujet
Plus d'actualité