Howl

Enfin publié et à peine sorti de l’ombre grâce à la lecture publique de Howl, son long poème en prose, Allen Ginsberg, jeune écrivain new-yorkais, est attaqué en justice pour obscénité littéraire. Nous sommes en 1957, juste après la période noire du maccarthysme.

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Et si l’Amérique ne rigole pas avec les communistes, les écrivains homosexuels et anticonformistes n’ont pas davantage l’heur de provoquer son hilarité. Qu’importe, l’histoire est en marche. Avec Kerouac, Allen Ginsberg est une figure de proue de la Beat Generation, qui a déjà fait vaciller l’Amérique de papa et ses certitudes sur ses fondations.

À l'heure d’aujourd’hui où ces "messieurs les censeurs" et les soldats monotones de la bien-pensance conformiste reviennent en force et pointent vilainement la truffe sur nos vies privées et sur tout ce qui paraît suspect de déviance, voilà un film qui ose les chemins de traverse, en appelle à tous nos sens et notre cœur, clame son indépendance, plaide pour les libertés fondamentales d’expression et de sexualité. En prime, il ne se drape pas, mais se vautre carrément dans la poésie!

Car il serait réducteur de résumer Howl à un biopic sur un poète stellaire mal dans sa peau et fer de lance des élans libertaires de la jeunesse américaine des années 60. "Poésie". Le gros mot est lâché. Elle est le cœur même du film et va le contaminer, éclater sa structure linéaire en un somptueux kaléidoscope d’images. Le récit s’entrecoupant de fausses interviews face caméra d’Allen (interprété avec une intimité troublante par un exceptionnel James Franco), de lecture en voix off du poème, d’étranges animations morbides évadées du cerveau torturé de l’écrivain et d’extraits véritablement édifiants du procès.

Avec ce film déconcertant et audacieux, les réalisateurs du fameux The Celluloid Closet (film provocateur mais très sérieux contant 100 ans d’homosexualité au cinéma), suscitent une réflexion intense sur l’art et la vie et les vaches qui nous picorent tendancieusement l’imaginaire au lieu de le laisser tranquillement s’envoler.

Howl
Réalisé par Rob Epstein et Jeffrey Friedman (2010). Avec James Franco, Jeff Daniels, David Strathairn – 84'.

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