Hôpitaux belges, le diagnostic

Le Belge est prêt à débourser un peu plus pour vivre un peu mieux et, surtout, un peu plus longtemps. Mais la qualité des soins est-elle à la hauteur de son investissement?

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Bien que coûteux, notre système de soins de santé fait des envieux. A raison? Une délicate question à laquelle le Centre Fédéral d’Expertises (KCE) et l’Institut scientifique de santé publique (INS) ont tenté de répondre dans une récente étude.

Il en ressort que nos hôpitaux et centres médicaux enregistrent des résultats très variables, surtout en matière de prévention. Bon élève sur le terrain de la vaccination, la Belgique est en revanche recalée pour le dépistage du cancer du sein et du col de l’utérus. On apprend aussi que les campagnes de sensibilisation passent mieux dans certaines régions que dans d’autres. Question de budget? D’organisation? De culture?

Quant à leur fiabilité, ils n’affichent pas les mêmes performances dans tous les secteurs. Alors quelle porte pousser quand on souffre d’allergies, d’un cancer du pancréas, d’une bronchite chronique ou d’un ulcère?

Que ce soit en France, au Danemark, en Allemagne ou en Angleterre, établir un classement des meilleurs hôpitaux selon les spécialisations ne pose aucun problème éthique. En Belgique, par contre, ça coince! Pieter Van Herck, expert santé chez Itinera Institute nous éclaire: "Nos institutions se montrent très frileuses lorsqu’il s’agit de rendre publiques leurs données, surtout concernant les erreurs médicales. Elles craignent que leur réputation ne soit entachée". Depuis septembre 2012, le Fonds des accidents médicaux (FAM), centralise toutes les demandes d’indemnisations et y répond, favorablement ou non. Un mois après sa création, la nouvelle structure fédérale avait déjà ouvert 439 dossiers. Nos chirurgiens auraient-ils la tremblote?

En fait, non. Nos blouses blanches et bleues ne font pas plus d’erreurs que leurs voisins européens. Si 20% de tous les actes médicaux posés dans nos hôpitaux comporte une erreur, seulement 6% de ces erreurs sont dommageables pour le patient. "Au Nord du pays, on a compris qu’il valait mieux jouer la transparence et les mentalités sont en train de changer. On serait partant pour communiquer les chiffres mais à conditions que leur interprétation prenne en compte la complexité de la patientèle".

Un palmarès "clandestin" des meilleurs hôpitaux de Belgique existe pourtant. Il est signé Test-Achats et s’appuie exclusivement sur un sondage mené auprès de 250 généralistes et spécialistes. Du moins, ceux qui n’ont pas répondu à l’appel au boycott lancé par l’Ordre des Médecins…
L’organisme de défense des consommateurs leur a demandé de citer l’hôpital qui, selon eux, excelle dans un panel de 13 spécialités. And the winner is: les cliniques universitaires Saint-Luc pour un nombre non négligeable de spécialisations (neurologie, gastro-entérologie, urologie, etc. – voir tableau). Au total, 26 centres hospitaliers ont été cités. Cinq d’entre eux figurent dans presque toutes les catégories : les cliniques universitaires Saint-Luc (Bruxelles), le CHU de Liège, le site Edith Cavell à Uccle, l’hôpital universitaire Erasme et le CHR de la Citadelle de Liège. Mais d’autres classements, tout aussi officieux, existent. Sur le Net par exemple, on trouve la liste des "Centres of Excellence" destinée aux touristes ou aux expatriés. A quelques domaines près, c’est toujours Saint-Luc qui occupe le haut du tableau.

La Belgique, paradis médical

Si les touristes européens ne sont guère sensibles aux charmes de la mer du Nord, ils cèdent volontiers aux sirènes ne notre système de santé. En 2006, on estimait déjà à 35.000 le nombre de patients issus du tourisme médical. Ils ne sont pas forcément fortunés ni ne viennent toujours de Katmandou: plutôt des des Pays-Bas, d’Angleterre ou d’Italie… Même si on voit débarquer à l’occasion quelques riches patients venus de Russie ou des pays de l’Est. Ceux-là ne viennent pas pour nos infrastructures ou nos formidables innovations technologiques mais pour être auscultés par une sommité dont la réputation a dépassé les frontières.

C'est que le "savoir soigner" belge a le vent en poupe et s’exporte! Après le Koweït et le Kazakhstan, la Belgique a officialisé en 2011, un accord de coopération en matière de soins de santé avec l’Arabie saoudite. Chiffré à 500.000 euros, il inclut notamment transfert de technologies médicales et la formation de spécialistes. Bien joli tout ça mais le patient belge, il en retire quoi de ces grands accords? C’est surtout dans le futur que ça va se jouer. D’ici quelques années, estiment les analystes, la Belgique ne sera plus en mesure de former assez de spécialistes pour gérer tous ses malades. En établissant des ponts avec d’autres pays, un nombre croissant de cerveaux étrangers devrait faire leur apparition dans les blocs opératoires. "Profiter des connaissances des médecins étrangers n’est pas une mauvaise chose", mesure Pieter Van Herck. "Mais l’idéal serait de les former directement chez nous".

Pour les infirmiers, il est déjà trop tard. L’espèce est quasi en voie de disparition. Et les rares spécimens restants préfèrent se réfugier dans le privé que de faire des piqûres dans les homes du CPAS. Qui les remplace? Tendez l’oreille, ils arpentent déjà les couloirs de nos hôpitaux… vous les entendez, ces accents français, espagnol, hongrois ou africain?

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