Homoparentalité: « Ces enfants ne vont pas plus mal que les autres »

Suzanne Heenen-Wolff est psychanalyste, psychologue et professeur de psychologie clinique à l'UCL. Elle vient de publier Homoparentalités (éd. Fabert).

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Existe-t-il des études scientifiques sur le développement des enfants de familles homoparentales?
Suzanne Heenen-Wolff – Oui, depuis une trentaine d'années aux Etats-Unis et depuis sept ans en Europe. Mais il faut s'interroger sur leur fiabilité car leurs échantillons sont réduits. Et puis, comment évaluer le bien-être d'un enfant en famille homoparentale? Avec quoi le comparer? Avec celui d'un enfant élevé dans une famille traditionnelle? Monoparentale?

Ces études n'apportent donc pas de réponse?
Si, pour des paramètres isolés. Par exemple, on sait que ces enfants sont aussi intelligents que les autres, n'ont pas plus de difficultés dans leur vie affective et ne sont pas plus souvent homosexuels que la moyenne. On peut comparer avec d'autres enfants, c'est fiable. Mais cela ne dit rien sur leur bien-être, car d'autres facteurs peuvent intervenir, comme la stigmatisation. Mais celle-ci tend à disparaître car aujourd'hui, ce sont les familles traditionnelles qui sont minoritaires.

Pour faire son complexe d'Œdipe, l'enfant n'a-t-il pas besoin d'un père et d'une mère?
On réalise que le complexe d'Œdipe est moins universel qu'on ne le pensait et qu'il est lié à une donnée culturelle, la famille traditionnelle. En psychanalyse contemporaine, on parle plutôt de "triangulation". Ce qui importe, c'est que l'enfant se fasse à l'idée qu'il n'est pas tout pour sa mère. On pensait que c'était le père qui tranchait le cordon ombilical. On s'aperçoit que d'autres éléments peuvent le trancher: l'autre parent, la crèche, les grands-parents, l'intérêt de la mère pour autre chose que son enfant…

Un enfant élevé par deux femmes fait-il la distinction entre les sexes?
Ses mères ne peuvent pas lui cacher qu'il y a eu, à un moment, un donneur. Dans l'inconscient de l'enfant, il y a un père quelque part, cela permet la différenciation des sexes. Pour comprendre d'où il vient, cet enfant aura, comme dans une famille monoparentale ou recomposée, besoin d'un effort psychique supplémentaire. Ce n'est pas forcément néfaste. Ce qui fait très mal à un enfant, c'est d'être arraché à des êtres qu'il aime profondément. Pas d'être élevé par des parents du même sexe. Bref, s'il grandit avec deux hommes ou deux femmes, dans un cadre sécurisant, il ne va pas moins bien que les autres.

Ces familles ne risquent-elles pas de mettre la pression sur les enfants en voulant être parfaites?
Ça peut arriver quand l'environnement vous prédit que cela ne peut être qu'un désastre. On observe la même chose de la part des belles-mères dans les familles recomposées. Cette pression sera levée quand on cessera d'attendre ces nouvelles familles "au tournant".

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