Hip-hop, la discothèque idéale

L'Ancienne Belgique fête les 40 ans d'un mouvement musical dont l'influence a été capitale. Pour l'occasion, la liste des dix incontournables.

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La reformation de Starflam (sans Baloji), un DJ set d'Afrika Bambaataa, pilier de la Zulu Nation, un live de Mos Def, des lectures, des battles, des graffitis… Voilà le menu non exhaustif des réjouissances mises sur pied du 12 au 15 novembre par l'Ancienne Belgique à l'occasion des 40 ans du hip-hop. Si les spécialistes se disputent sur la date exacte de l'acte fondateur du mouvement, tout le monde s'accorde à la situer à New York en 73/74. C'est à cette époque que le DJ d'origine jamaïcaine Kool Herc organise des blocs parties dans les rues du ghetto du South Bronx. Herc a alors l'idée de brancher deux platines sur lesquelles il fait tourner le même disque en léger décalage. Le hip-hop est né.

Grandmaster Flash And The Furious Five – The Message – 1982

Premier artiste hip-hop à être intronisé au Rock And Roll Hall Of Fame, Joseph Saddler, alias Grandmaster Flash, signe avec "The Message" une critique sociale sur fond de misère du ghetto. La chanson-titre est un hit mondial,Scorpio est considéré comme l'un des premiers morceaux électro tandis que sur le magistral The Adventures Of Grandmaster Flash On The Wheels Of Steel, le maître impose sa technique du scratch et du mix. Old-school mais indémodable.

N.W.A. – Straight Outta Compton – 1987

Album fondateur du gangsta rap, "Straight Outta Compton" décrit le quotidien d'un des quartiers – Compton – les plus désœuvrés de Los Angeles dont sont originaires les membres de Niggers With Atttitude. Dr Dre, Ice Cube et Eazy-E se relaient derrière le mic, plantent le décor de leurs chroniques urbaines en ajoutant à leurs "lyrics explcits" des rafales de Uzi, des sirènes de flics et des jingles radio. N.W.A. écoulera trois millions d'exemplaires de ce disque aux Etats-Unis, dont plus de 80 % achetés par des Blancs issus de la classe moyenne.

Dr Dre – The Chronic – 1992

Après avoir quitté N.W.A pour une question de thunes (et d'ego), Andre Romelle Young, alias Dr Dre, s'enferme en studio avec Snoop Dogg pour pondre ce brûlot qui va changer l'histoire de la production. Très dur dans ses textes, "The Chronic" séduit par ses trouvailles sonores, son mélange de samples et d'instruments traditionnels et, surtout, ce groove typique du son West Coast. Après ce chef-d'œuvre, Dr Dre deviendra milliardaire en produisant Eminem, Snoop Doog, 50 Cent, The Game ou encore Kendrick Lamar. 

Public Enemy – It Takes A Nation Of Millions To Hold Us Back – 1988

Avec un DJ baptisé Terminator X, le MC Professor Griff autoproclamé ministre de l'Information, un service de sécurité qui parade en béret noir et Uzi, et un leader Chuck D grand passionné des médias et d'histoire. Public Enemy est bien plus qu'un groupe hip-hop à la fin des années 80.  C'est une armée de révolutionnaires. Réponse intransigeante au "What's Going On" de Marvin Gaye, ce deuxième album est un manifeste social et politique qui sent le soufre et l'urgence. Aujourd'hui encore, Don't Believe The Hype,Bring The Noise etRebel Without A Pause sonnent toujours comme des appels à la désobéissance civile.

Beastie Boys – Paul's Boutique – 1989

Boudé à sa sortie, ce deuxième album du trio new-yorkais aura mis presque dix ans à atteindre le statut de classique mais c'est entièrement mérité. Avec l'aide des producteurs Dust Brothers, les Beastie Boys montrent qu'ils ne sont pas seulement des sales gosses qui foutent le boxon dans les surboums. Croisant métal, soul, textes humoristiques mais aussi critiques sociales, "Paul's Boutique" est un bijou sur un plan technique. Rien que sur le morceau B-Boy Bouillabaisse, on entend vingt-quatre samples différents.

Wu-Tang Clan – Enter The Wu-Tang (36 Chambers) – 1993

Emmené par quelques sacrées têtes de mule (RZA, Ol'Dirty Bastard, Method Man, Ghostface Killah), le collectif new-yorkais donne une réponse cinglante au gangsta rap de la Côte Ouest avec ce disque suffocant qui mêle dialogues de films d'arts martiaux, beats saccagés, samples jazz et soul. Malgré sa production hardcore, "Enter The Wu-Tang" s'écoulera à plus de dix millions d'exemplaires.

Nas – Illmatic – 1994

Quand on l'interviewe dans les loges de Forest National en 1994 alors qu'il assure la première partie des Fugees, Nas nous décrit son premier album "Illmatic" comme "une nouvelle odyssée new-yorkaise". Il ne croit pas si bien dire.  "Illmatic" est le "West Side Story" de sa génération.  Les narrations de Nas écrites à la première personne dépeignent une Grosse Pomme rongée par le crack, la pauvreté, la corruption et le racisme anti-Noir. Vingt ans plus tard, n'en déplaise à Jay-Z, "Illmatic" reste la référence new-yorkaise en matière de hip-hop.

DJ Shadow – Endtroducing – 1996

Premier album de l'histoire à avoir entièrement été réalisé à base d'échantillons (samplings), "Endtroducing" est aussi le disque qui a réconcilié toutes les tribus (rock, hip-hop, électro) au milieu des années 90. Avec sa collection de disques impressionnante, son sampler Akai MPC60 et ses deux platines Technics SL-1200, le DJ californien fait s'entrechoquer des dialogues de films d'horreur, le générique de Twin Peaks,une guitare de Metallica, un spasme de Björk et des faces B de 78 de jazz pour un trip hip-hop instrumental hypnotique. Incontournable.

Lauryn Hill – The Miseducation Of Lauryn Hill – 1998

Echappée des Fugees, Lauryn Hill rafle pas moins de cinq grammies (dont celui du meilleur album et de l'artiste de l'année) avec cet album solo enregistré entre New York et Kingston durant sa première grossesse. Pacifique, féministe, profondément humaniste mais toujours militant dans ses thématiques, "The Miseducation Of Lauryn Hill" enchaîne les tubes (Doo Wop, Ex-Factor, Everything Is Everything)en mariant les influences néo-soul, hip-hop, reggae, soul.

Eminem – Marshall Mathers LP – 2000

Impensable aujourd'hui, ce disque s'est écoulé la première semaine de sa sortie à 1,8 million d'exemplaires aux Etats-Unis, ce qui constitue la vente la plus rapide de l'histoire pour un album rap. Impensable aujourd'hui, Eminem y appelle au meurtre de sa mère (Kill You),est à peine moins tendre avec son ex (Kim), évoque sans détour ses addictions (Drug Ballad), tient des propos homophobes (Criminal) et signe avec la ballade Stan la plus belle chanson sur les dérives de l'hystérie des fans. Impensable aujourd'hui, c'est un blanc-bec maigrelet qui domine alors le hip-hop, si pas le monde musical tout entier.

HIP-HOP 40, du 12 au 15/11. Ancienne Belgique, Bruxelles. www.abconcert.be

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