Grizzly Bear: Les griffes du plaisir

Le groupe de Brooklyn se surpasse. Attention, chef-d'œuvre.

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Pour brouiller les pistes et semer les pirates, c’est sous le nom de "Toddies" que le dernier album de Grizzly Bear a été transmis aux journalistes au début de l’été.

Peine perdue puisque, renseignements pris, "Shields" était déjà disponible sur le web, trois semaines avant sa sortie. Ce leurre prouve que le groupe de Brooklyn, depuis le succès de "Veckatimest", est devenu une priorité pour sa maison de disques. "Ce piège nous a surtout permis de nous marrer en cherchant des faux titres de chansons", sourit le chanteur/guitariste/claviériste Daniel Rossen.

Les quatre membres de Grizzly Bear savent donc s’amuser. Une précision qui nous semble utile tant leur musique peut sembler tourmentée sur ce nouvel album. Si le lumineux "Veckatimest" fait figure d’album estival, "Shields" nous ramène plutôt à la mélancolie automnale. Dix plages tout en clairs-obscurs sur lesquelles aucun instrument ne joue les faire-valoir, et les effets sont dosés avec subtilité.

Ce qui n’exclut pas quelques moments plus électriques ou, au contraire, plus sereins.
Tout au long de "Shields", le groupe réussit une synthèse étonnante, et jamais répétitive, entre technicité et émotion – A Simple Answer est aussi empathique que les meilleurs morceaux d’Arcade Fire -, entre précision de la production et fluidité des arrangements.

"Nous avons essayé de composer des morceaux qui font naître des images. Pour nous, cet album est plus direct que les précédents. Et oui, c’est le bon mot, plus émotionnel", résume Chris Taylor (bassiste et producteur).

Avec ses trois potes, il apporte ainsi la meilleure réponse possible à ceux se demandant comment le quatuor allait survivre au succès – un poison parfois mortel -, tout comme aux anciens combattants qui se plaignent du manque de groupe majeur à notre époque. Grizzly Bear fait indubitablement partie de ceux-ci. Et la plage de sept minutes qui clôt l’album, avec un début au piano qui se transforme en hymne intrigant et soufflant, laisse à penser que le meilleur est peut-être encore à venir. Le 4/11 à l’AB.

 

 

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